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14/03/2009

Texel, l'île aux oiseaux

texelDSC_4343.jpgL’île de Texel (prononcez Tessel), au large des Pays-Bas, est la plus grande et la plus occidentale de l’archipel frison. Malgré ses airs rustiques de pays de pâturages, l’île de Texel reste un refuge de la vie sauvage.

Découverte: Françoise Raes


DU FERRY QUI QUITTE DEN HELDER, nous rejoignons une petite bande de terre verte à la terrible platitude. Est-ce vraiment une île, cette langue de pâturages, séparée d’une mer de sable aux fonds qui semblent remonter au gré de la marée ? Premières visions de Texel. Clairement donc, nous ne sommes pas à Mikonos. Mais bien en route avec bottines de marche et gros pulls pour une retraite tonique (ici, le vent peut vous transpercer le meilleur des K-way), partie pour faire le plein de nature à l’abri de la foule des touristes.

A partir d’octobre, en effet, Texel accueille des millions d’oiseaux venus de Scandinavie et de Sibérie. Certains y séjournent l’hiver et nidifient sur place, d’autres poursuivent vers le Sud pour la péninsule ibérique ou l’Afrique, et y refont escale au printemps. La mer de Wadden – entre l’archipel et le continent –, celle-là même que nous traversions en ferry, représente leur garde-manger et une des réserves naturelles les plus précieuses d’Europe : 10 à 12 millions d’oiseaux passent par là chaque année. L’île se découvre à pied. Plusieurs bus desservent les cinq principaux villages, mais également les points de départ de nombreuses promenades.

Quand on regarde vers la mer, du sommet de dunes plantées d’oyats, on voit un paysage lunaire à l’étrange végétation. Le Slufter est une zone unique aux Pays-Bas, car la mer y est autorisée à inonder la terre. Les dunes plongent vers des espaces vallonnés plantés de buissons d’argousiers où la lumière du jour décline une palette, où le sable se mêle à des nuances de gris et de verts profonds. Au printemps, la lavande de mer et l’aster maritime y jettent leur couleur lilas. Là, l’air reste froid, mais heureusement, le vent, lui, est au repos. On entend la mer sans la voir. Elle se cache derrière l’horizon. Marais, vasières, canaux naturels parcourent le paysage jusqu’aux immenses plages de sable fin qui s’étirent à marée basse. En remontant le long de la côte vers le Nord, on aperçoit le phare rouge et blanc qui marque la pointe septentrionale de l’île.

La diversité ornithologique de Texel est connue dans le monde entier. Pas besoin d’être un spécialiste pour prendre plaisir à l’observation des oiseaux. Un mini-atlas, “Les oiseaux communs du bord de mer”, et une paire de petites jumelles dans la poche de la parka, et c’est parti. Pour un ornithologue en herbe, c’est une aubaine de se balader ici, les oiseaux y sont tellement nombreux… Goéland marin. Mouettes rieuses. Et bécasseaux sanderling qui fouillent le sable avant de s’enfuir devant la vague pour revenir avant la suivante. L’île accueille près de 300 espèces chaque année, dont un tiers d’entre elles s’y reproduisent. Pour découvrir les bernaches cravant et autres oies cendrées par dizaines, mieux vaut aller vers l’intérieur des terres, du côté de Hoge Berg, un relief doux au Sud-Est de l’île, qui date de l’âge glacière. Là, les oiseaux se collent les uns aux autres par centaines sur des sols humides comme pour se tenir au chaud, puis s’envolent avec grâce pour de plus vertes pâtures.

Au petit village de pêche de Oudeschild, comme sur le reste de la côte est de l’île, les allers et venues des courants marins de la mer de Wadden exposent ses paysages à des lumières magiques. Elle est si peu profonde, qu'à marée basse, on peut voir les fonds sableux séparés par un réseau de profonds canaux. C’est ici que l’on peut observer les phoques veaux marins et des phoques gris qui paraissent à marée basse. On compte désormais 11 000 phoques veaux marins et quelques milliers de phoques gris en mer des Wadden. On peut les observer à la longue-vue, depuis les côtes, ou lors de sorties en bateau organisées à partir de Oudeschild. Celles-ci demeurent réglementées pour occasionner un dérangement minimum.

Au sud de l’île, un bras de mer pénètre entre les dunes dans une vaste lagune nommée Mokbaaï. A marée haute, l’endroit devient un vaste étang et, à marée basse, une vasière. A deux pas, la réserve de De Geul est une grande étendue d’eau au cœur des dunes, qui est entourée d’arbustes où se cachent pinson, ibis et grive musicienne. La solitude du marcheur est ici réparatrice.

A la tombée de la nuit, entre chien et loup, c’est l’heure où les rapaces se mettent en chasse. Les balades se terminent par l’envol d’un faucon pèlerin ou d’un épervier qui quitte un arbre à la silhouette tordue par le vent.

Et, le premier café du matin, par le travail rythmique d’un pic épeiche dans le saule du jardin.

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