11/04/2009
La télévision de demain
Au MipTV, qui se tenait à Cannes il y a 15 jours, on a vu poindre une véritable révolution de la télévision et, plus globalement, de l’industrie du divertissement. Qui doit se réinventer pour s’adapter aux nouveaux comportements des consommateurs.
Analyse: Hubert Heyrendt, à Cannes
DU 30 MARS AU 3 AVRIL, LE MIPTV cannois n’a pas été uniquement un immense marché des programmes – le plus grand au monde –, c’était aussi le rendez-vous d’une industrie du divertissement avec son avenir. Un avenir qui, au fil des conférences et des rencontres publiques, a commencé à se dessiner plus clairement.
L’un des orateurs les plus instructifs fut Jeffrey Cole. Fondateur il y a 10 ans du Center for Digital Future en à la South California University, il étudie depuis une décennie les modifications de comportements induites par le développement des technologies numériques depuis l’arrivée d’Internet. Pour lui, les médias traditionnels ne sont pas menacés (sauf peut-être la presse écrite) mais verront leur rayonnement décroître. Ainsi, la radio a survécu à l’arrivée de la télévision mais son audience s’est tassée. De même, le cinéma est aujourd’hui tombé de son piédestal. En 2007, 1,3 milliard de tickets ont été vendus dans le monde anglo-saxon, contre 4,3 milliards quelques années auparavant. De même, alors que Michael Jackson ou Madonna pouvaient espérer écouler 30 millions de copies de leurs albums dans les années 80, le disque qui s’est le plus vendu l’année dernière était une compilation “High School Musical” de Disney, à seulement 2,4 millions d’exemplaires. En 2005, Maria Carey écoulait encore 4,9 millions de copies de “The Emancipation of Mimi”. Et, signe qui ne trompe pas, l’immense Virgin Megastore de Times Square à New York a fermé ses portes en janvier… Paradoxalement, on n’a jamais écouté autant de musique qu’aujourd’hui, grâce aux baladeurs numériques et au téléchargement.
Si la musique a vécu sa révolution, si le cinéma est en passe de le faire, il est un “vieux” média qui ne voit pas réellement son audience se tasser, la télévision. D’autant que d’ici peu, elle sera partout, sur les portables, dans les voitures, dans les avions… “Il s’agira en effet d’un compagnon permanent pour les jeunes générations”, déclarait Cole. Avant de livrer quelques constatations sur ces dernières. Selon lui, les jeunes ne liront plus la presse quotidienne (mais bien les magazines), n’auront plus de ligne téléphonique terrestre (ni de montre). Ils ne s’intéressent pas aux sources d’une info, ne croient plus les “experts”, préférant se regrouper en communautés type MySpace ou Facebook. Et il y a fort à parier qu’avec le développement des blogs, “les 15 min de gloire d’Andy Warhol se transformeront en 15 mégabits de gloire”…
Bref, la télévision n’est qu’un élément parmi tant d’autres dans l’offre globale à venir. Et la condition pour qu’elle reste un acteur majeur, c’est, selon Jeffrey Cole, qu’on entende le concept de “télévision” dans un sens nouveau, élargi à tout ce qui est son et image. Pour lui, YouTube ou Facebook, c’est de la télé… Il faut en effet compter dès aujourd’hui avec de nouveaux acteurs qui viennent concurrencer les chaînes traditionnelles, déjà affaiblies par l’explosion de l’offre avec la télévision digitale. Car la frontière devient de plus en plus floue entre les écrans.
Ainsi, alors que la vidéo cartonne sur Internet avec des sites comme YouTube, Dailymotion, Google Video ou MSN Video, les premières expériences sérieuses de télé en ligne ont fait leur apparition. L’année dernière, on a ainsi assisté au MipTV au lancement du site Hulu.com, au concept révolutionnaire. Un an plus tard, Hulu TV fait un carton aux Etats-Unis – pour une question de droits, le service est indisponible chez nous. Le principe est simple, revoir en streaming (sans téléchargement donc), le lendemain de leur diffusion sur les networks américains, des émissions, des séries comme “24 heures chrono” ou “Heroes”, des films, des clips, etc. Le tout gratuitement et légalement, les utilisateurs devant subir 5 publicités de 15 secondes par heure. C’est beaucoup mais cinq fois moins que la dose bombarbée au téléspectateur lambda par une grande chaîne américaine !
Un modèle imparable qui donne des idées. Ainsi, cette année, la grande annonce du MipTV à Cannes, ce fut celle de la naissance de Zillion TV aux Etats-Unis. Son fondateur, Mitchell Berman a participé à la création de HBO, à l’époque où personne ne croyait à la télévision à péage. Pour ce visionnaire, la télévision traditionnelle a vécu et il s’agit de remettre le téléspectateur au centre. Son idée est proche de celle d’Hulu TV : proposer une plateforme VOD destinée à l’écran du salon cette fois. Son “décodeur” (gratuit) n’est qu’une boîte vide puisqu’ici encore, aucun téléchargement n’est requis. A terme, Zillion TV aimerait d’ailleurs voir son logiciel intégré aux écrans de télévision et négocie en ce sens avec les constructeurs. Pas de location de décodeur, pas d’abonnement… Le business model est inédit. Le téléspectateur aura le choix entre payer l’émission, la série ou le film qu’il souhaite voir – Zillion TV a signé des accords avec tous les grands réseaux US : Universal, Disney, Fox, Warner… – ou regarder des spots publicitaires, ciblés en fonction de renseignements donnés à Zillion.
Nul ne peut prédire l’avenir d’une telle aventure basée sur le choix exclusif du téléspectateur ni si ce modèle innovant remplacera jamais l’envie de simplement s’asseoir devant la télé et de zapper… Les deux possibilités coexisteront d’ailleurs certainement. Mais ce qui ne fait aucun doute, c’est que la télévision et, plus largement, l’ensemble de l’industrie audiovisuelle va connaître dans les années à venir une véritable révolution.
Ph: Fotolia
17:55 Publié dans Derrière l'écran | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la libre, momento, derrière l'écran, télévision, demain




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