05/10/2009
Le CSA se soucie-t-il vraiment du public?
Après avoir consacré ses premières années d’existence à bâtir de solides fondations et à asseoir son indépendance, le Conseil supérieur de l’audiovisuel de la Communauté française multiplie actuellement les initiatives envers les usagers de la télé et de la radio. Alors, opération de com’ ou souci réel du public ?
Pierre-François Lovens
SI L’ON EXCEPTE UNE PREMIÈRE décennie (1987-1997) où le Conseil supérieur de l’audiovisuel de la Communauté française fut confiné dans un rôle de pure instance d’avis, le CSA tel qu’on le connaît aujourd’hui – c’est-à-dire en tant qu’autorité administrative indépendante chargée de la régulation du paysage audiovisuel francophone belge – est une institution jeune, toujours incomprise (voire ignorée !) d’une poignée d’acteurs du secteur (qui ne supportent pas son indépendance) et largement méconnue du grand public.
Mais le CSA a grandi et mûri. Et face à l’immaturité initiale du pouvoir politique et des éditeurs de services – essentiellement les chaînes de télé et de radio, publiques comme privées – en matière de régulation audiovisuelle, l’organe présidé jusqu’en 2007 par la (très) tenace Evelyne Lentzen est parvenu à imposer son expertise et sa légitimité démocratique, mais aussi, et surtout, à faire accepter tant bien que mal son indépendance en matière d’autorisation et de contrôle de tous ceux qui composent notre petit “Pab” (soit près de 120 éditeurs, distributeurs et opérateurs audiovisuels, ce qui n’est pas mince).
Malgré l’évidente maturité acquise par le CSA depuis 1997, il reste un domaine où l’institution suscite encore et toujours la perplexité : c’est celui de sa relation avec le public. Le CSA continue en effet d’être perçu comme un cénacle où “les professionnels de la profession” se parlent et s’arrangent entre eux, sous le contrôle plus ou moins ferme du régulateur mais, en tout cas, à l’abri des regards indiscrets de la population.
Pour Bernard Hennebert, citoyen très actif en matière d’audiovisuel et témoin de la première heure du travail accompli par le CSA, le régulateur ne prendrait toujours pas suffisamment en considération le point de vue des usagers du petit écran ou de la radio. “Il n’est pas normal que ceux qui font les médias audiovisuels soient consultés alors que ceux qui les consomment ne le sont pas”, résume-t-il.
M. Hennebert dénonce le “déséquilibre flagrant” qui règne au sein du Collège d’avis, l’un des deux organes du CSA, où sont donc rendus des avis sur toute question relative à l’audiovisuel et ce, à destination du pouvoir de tutelle (gouvernement de la Communauté française). “Quand ce collège parle de publicité, par exemple, une association telle que le Crioc peut donner son avis, mais elle est tout à fait minorisée par rapport aux représentants des médias audiovisuels et de la pub. On est dans un rapport de force 80/20 ! Comment voulez-vous, dans ces conditions, faire entendre la voix des citoyens ?”, déplore Bernard Hennebert.
Au CSA, on admet que le fonctionnement du Collège d’avis va devoir être amélioré dans le sens à la fois d’une meilleure représentativité et de la “co-régulation”, c’est-à-dire engageant réellement les intervenants (lesquels ne siègent aujourd’hui qu’à titre personnel). La nouvelle Déclaration gouvernementale de la Communauté française y fait d’ailleurs explicitement allusion. “Nous réfléchissons aussi à établir des liens plus structurés avec différentes associations (Crioc, Centre pour l’égalité des chances…) afin de ne pas être déconnecté des préoccupations de la population”, explique Marc Janssen, président du CSA depuis deux ans.
Marc Janssen est le premier à reconnaître que le CSA, après avoir travaillé longuement à bâtir ses fondations, doit aujourd’hui entamer une “phase de déploiement” vers le monde extérieur. L’institution sortirait-elle enfin de sa coquille pour aller à la rencontre du public ? “Nous le faisons depuis plusieurs mois, avec la volonté de mieux dire qui on est et ce qu’on fait. Cela passe notamment par l’organisation de forums et de colloques publics, d’outils de communication plus performants (revue, newsletter, sites Internet), de relations nouvelles avec les milieux universitaires, de l’ouverture prochaine d’un centre de documentation…”
Le président du CSA évoque également l’organisation, dans les semaines et mois à venir, de rencontres-débats avec le milieu associatif. “Il est très important pour le CSA, au-delà des plaintes que nous recevons et traitons, des positions prises par le Collège d’avis ou bien des interpellations parlementaires, de prendre le pouls auprès des gens de terrain. Ils ne doivent vraiment pas hésiter à nous contacter !”
Tout cela est fort bien, commente à chaud Bernard Hennebert. “Le CSA communique mieux que par le passé, mais il devrait surtout veiller à mieux informer et mieux dialoguer avec le public. Récemment encore, on a classé sans suite une plainte que j’avais déposée à l’encontre de la RTBF sans me fournir le moindre argument.”
A douze ans seulement, le CSA n’a pas encore fini de grandir.
Ph: Christophe Bortels
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