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14/02/2010

Le rendez-vous dominical

15_30_45_478686000_CHB_4402.jpgChaque semaine, le débat dominical de “Mise au Point” analyse les grands sujets de l’actualité de la semaine.
L’émission a considérablement évolué depuis sa création.

Reportage: Grégoire Comhaire
Reportage photo: Christophe Bortels


IL EST DE CES INSTITUTIONS QUI, tel le “taillage” de haie ou le “poulet frites” chez Belle-Maman, font partie des incontournables d’un dimanche digne de ce nom. Et parmi ces incontournables dominicaux, le débat télévisé de “Mise au Point”, à l’heure du midi, est sans conteste l’un des rituels les plus immuables pour nombre de familles belges aux quatre coins du pays.

Voilà près de quarante ans que l’aventure a commencé à l’antenne de la télévision publique. Quarante ans que des générations d’hommes et de femmes politiques s’y bousculent pour venir y affronter leurs adversaires sur les grands sujets qui font l’actualité de la semaine. Quarante ans qui ont vu se succéder les présentateurs, et l’émission évoluer considérablement au point de se rajeunir et d’adopter, ces dernières années, une toute nouvelle formule avec deux présentateurs et quatre parties différentes, le débat proprement dit n’étant que l’une d’entre elles.

15_30_53_757341000_CHB_4489.jpg10h, boulevard Reyers. Il n’y a guère d’animation dans le grand couloir central qui mène aux studios de l’arrière du bâtiment, et marque la ligne de démarcation entre la VRT, qui occupe l’ouest du bâtiment, et la RTBF, à l’Est. Dans le studio 6, le décor est planté, prêt à accueillir les invités du jour. Depuis plus d’une heure, l’équipe technique est à pied d’œuvre et s’affaire autour de lui pour effectuer des essais et s’assurer que tout fonctionne comme il faut pour assurer deux heures de direct sans anicroche.

Olivier Maroy, l’un des deux maîtres de cérémonie, fait son entrée dans le studio quelques minutes plus tard. Avec le réalisateur Mouhssine El Badaoui et le régisseur, il examine la “conduite” de l’émission qui reprend notamment toutes les entrées et sorties des différents protagonistes qui se succéderont sur le plateau.

Ceux-ci seront d’ailleurs particulièrement nombreux aujourd’hui, et l’émission s’annonce particulièrement “rock’n’roll”, prévient d’emblée Olivier Maroy. “On me demande souvent ce que je fais de ma vie en dehors du dimanche”, explique-t-il en rigolant. On devrait plutôt lui demander s’il parvient à conserver un peu de temps libre en animant une émission comme “Mise au Point”.

Préparer un débat hebdomadaire, et le mener en direct une heure et demie durant, est en effet loin d’être une mince affaire, surtout quand on n’est que deux et demi pour s’atteler à la tâche.

Deux et demi ou Olivier Maroy et son assistant Kevin Dero, ainsi que Thomas Gadisseux qui conserve un mi-temps au Journal Télévisé en plus de sa fonction de coprésentateur de l’émission depuis le départ de Sacha Daout.

Ensemble, et dès le dimanche après-midi, il faut parvenir à cibler le bon sujet pour constituer le thème du débat de la semaine suivante. Il faut ensuite identifier les bons interlocuteurs pour incarner ce débat et obtenir de ces derniers la promesse de venir sur le plateau de l’émission un dimanche. Et, en cas d’actualité très chaude, il faut évidemment être particulièrement rapide pour ne pas se faire doubler par la chaîne concurrente qui se livre, elle aussi, au même exercice pour son émission “Controverse” qui a lieu le même jour à la même heure.

Lorsqu’il s’agit d’intervenants de la société civile, la tâche est moins ardue que quand il s’agit de solliciter la présence d’un politique. “Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ils font souvent les difficiles”, explique un membre de l’équipe. La décision de venir ou non sur le plateau se prend, notamment, en fonction de l’identité des autres invités. “Il y a ceux qui refusent d’être confrontés à certaines personnes, de peur d’être mis en difficulté dans leur argumentation. Il y a aussi le problème des grades : par exemple, un président de parti ne débattra pas avec un simple député…” Les règles du jeu du monde politique sont parfois un casse-tête pour les journalistes.

15_30_25_985516000_CHB_4285.jpgLe jour de notre visite (dimanche 31 janvier), c’est la catastrophe de Liège qui occupe l’essentiel de l’actualité depuis quelques jours. Un événement incontournable pour l’équipe qui ne pouvait évidemment pas choisir un autre thème pour le débat du jour. “En quittant le plateau la semaine dernière, on pensait peut-être faire l’émission suivante sur l’affaire Daerden. On s’était dit qu’on surveillerait ça, et on avait déjà pris quelques contacts”, raconte Olivier Maroy. Puis, l’incendie et l’explosion de l’immeuble de la rue Léopold, survenus mercredi dans la nuit, ont un peu bouleversé les plans.

Il a alors fallu prendre son téléphone et réagir plus vite que la concurrence pour solliciter des personnalités et leur proposer de participer à l’émission. Et, bien que disposant de très peu de temps, l’équipe ne s’est pas trop mal débrouillée.

Les invités du jour sont plus nombreux qu’à l’accoutumée. Parmi eux, le commandant des pompiers de Liège Jean-Marc Gilissen, le bourgmestre Willy Demeyer, la procureur du Roi Danièle Reynders, le ministre wallon du Logement Jean-Marc Nollet et même le propriétaire de l’immeuble sinistré, Mehmet Calik, qui a promis de venir témoigner sur le plateau. Mais pour ce dernier, Olivier Maroy a encore un doute. “C’est la RTBF qui a révélé qu’il n’était pas assuré. Il ne doit pas être très content sur nous.”

Pour en avoir le cœur net, le maître de cérémonie s’éclipse quelques minutes dans le couloir, et lui passe un coup de fil sur son GSM. Son intuition ne l’avait pas trompé : bien qu’ayant promis d’être présent aujourd’hui sur le plateau, l’homme cherche à présent une échappatoire en invoquant divers prétextes. Il est 11h10, il ne reste plus que 20 minutes avant le début de l’émission : trop peu de temps pour effectuer la distance Liège-Bruxelles en voiture, même en dépassant les limites de vitesses. Olivier Maroy tente alors une dernière manœuvre pour l’amadouer et le convaincre d’intervenir en direct dans l’émission par téléphone. Au prix de multiples palabres, la promesse est arrachée haut la main. Olivier Maroy raccroche et regagne dare-dare le studio.

Il est 11h25. Il ne lui reste que quelques minutes pour se faire installer son micro-cravate et avaler une dernière gorgée de boisson énergisante. Nos deux confrères Olivier Rogeau, du “Vif/l’Express”, et Gorian Delpâture, de la RTBF, ont déjà pris place autour de Pierre Kroll. 15_30_29_528523000_CHB_4431.jpgIls seront les intervenants du jour pour “Revu et corrigé.” Pendant ce temps, Thomas Gadisseux effectue un premier tri sur son écran d’ordinateur, des mails de téléspectateurs qui arrivent sur l’adresse de l’émission. Pour les SMS, c’est Kevin Dero, depuis la régie, qui s’occupera de la sélection non sans avoir au passage corrigé les fautes d’orthographe et le fameux “langage SMS”, “inmontrable” sur une chaîne de service public !

11h30, générique, lumière. Sans aucun prompteur, les deux présentateurs sont en direct et annoncent le sommaire. “Je n’ai jamais le trac”, confie Olivier Maroy. “Juste un peu de stress quant à l’organisation pratique de l’émission.” Pendant que le public découvre les “top” et les “flop” des trois journalistes, les invités patientent dans le salon ou passent en dernière minute à la loge de maquillage. Un endroit de conversations informelles où l’on peut bien souvent avoir un avant-goût des tensions qui exploseront ensuite face aux caméras, confie un habitué des lieux.

Midi. Les journalistes quittent le plateau pour laisser place aux invités. Seul à entrer en piste plus tard dans le débat, Jean-Marc Nollet profite de ce petit laps de temps supplémentaire dans les coulisses pour réviser ses notes avec son attaché de presse José Cordovil. “Les politiques sont de plus en plus briefés avant les débats télévisés”, explique l’équipe de l’émission. “A plusieurs reprises, il est arrivé qu’un invité oublie ses notes dans la salle de maquillage. Ils nous ont ainsi offert eux-mêmes les bâtons pour les battre.”

Alors que le débat commence, Pierre Kroll a rejoint son bureau dans un coin de la régie. A quelques mètres de lui, Mouhssine El Badaoui, le regard attentif sur les images prises par ses huit cameramen, donne ses instructions au mixeur d’images. De l’avis des animateurs, le débat d’aujourd’hui “prend bien”. On ne sait jamais ce genre de choses à l’avance et, pendant l’émission, il faut constamment être attentif à ne pas 15_30_17_963078000_CHB_4376.jpgs’égarer et à remettre en contexte ce qui doit l’être pour le grand public. “C’est pour ça qu’on interrompt les intervenants”, indique Olivier Maroy qui se souvient avoir été interpellé au supermarché par quelqu’un lui reprochant d’être grossier avec ses invités. Interrompre est pourtant indispensable pour éviter de s’égarer et pour empêcher l’interviewé de manier la langue de bois.

“Mise au Point” s’achève. C’est l’heure du JT de la mi-journée, suivi juste après de l’interview du “7e Jour”. Cette semaine, Olivier Maroy et Thomas Gadisseux reçoivent le député Willy Borsus, du MR. Après cette matinée particulièrement intense, l’équipe se réunira trois étages plus haut, dans la newsroom de la RTBF, pour scruter les sites d’infos et les dépêches, voir si l’une ou l’autre information, sortie durant l’émission, a été reprise par des confrères. Dès le lendemain, tous les trois commenceront déjà à réfléchir au thème de la prochaine émission. “Le lundi, on souffle à la maison. Mais on ne peut jamais se déconnecter des infos.”

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