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06/03/2010

Voulez-vous vraiment changer?

Bonnes résolutions.jpgPromouvoir des comportements sains semble une mission bien compliquée. Quels sont les défis à relever ? Tel est le thème d’un symposium qui a lieu ce samedi, à Bruxelles. Pistes de réflexion.

Facile à dire... Laurence Dardenne


IL FAUT PRENDRE TRES TÔT DE BONNES habitudes, surtout celle de savoir changer souvent et facilement d’habitudes”, dit le poète français Pierre Reverdy. Sans aucun doute a-t-il raison. Encore faut-il pouvoir le faire.

D’abord, connaître les comportements sains ou savoir; ensuite, tenter de les mettre en pratique… ou pouvoir; enfin, si de mauvaises habitudes se sont installées, essayer d’en changer : tout le nœud du problème.

Cette problématique est précisément au centre d’un symposium organisé, ce samedi, à Bruxelles par l’Unilever Health Institute Belgium. Le thème : promouvoir des comportements sains : quels challenges à relever ?

Ainsi, parmi les quatre sessions proposées, l’une sera consacrée aux changements comportementaux au niveau de l’individu.

Il est généralement admis qu’il est difficile de changer ses habitudes, concède Jan Vinck, Pr émérite, docteur en psychologie, spécialiste en changements comportementaux, lorsqu’on s’interroge sur la pertinence de ce principe, on est confronté à deux séries de constatations à première vue contradictoires : (1) les personnes qui tentent de changer durablement leur comportement à l’aide d’une thérapie “récidivent” souvent. Malgré tous les efforts consentis pour que la population adopte un mode de vie plus sain, on constate que les gens continuent à fumer, à bouder l’exercice physique, etc.; (2) à l’opposé, de nombreuses études indiquent qu’un certain nombre de projets, notamment la thérapie comportementale et cognitive (TCC), permettent bel et bien d’induire un changement de comportement, y compris sur le long terme”.

Mais où est donc le hic ? En d’autres mots, quelles sont dès lors les explications plausibles avancées pour éclaircir ce paradoxe ? Pour le psychologue, si les études publiées sur les effets de la TCC décrivent des projets de grande qualité, il n’en va plus nécessairement de même “sur le terrain”. “Dans la pratique de la promotion de la santé, on part trop souvent du principe que le comportement est réglé de manière rationnelle et que les personnes agissent selon leur conscience et dans le souci de préserver leur santé, explique encore le Pr Vinck, regrettant cependant que, pour une série de raisons, il est trop peu question de variables environnementales (physiques, sociales, motivation et sens). “Or ce sont elles qui maintiennent les habitudes et qui doivent donc être modifiées afin de donner une chance aux nouvelles habitudes”, poursuit-il. Accroître la qualité des projets sur le terrain serait donc, selon lui, la meilleure manière d’améliorer la promotion de la santé et d’ainsi favoriser des changements comportementaux durables.

Pratiquement, le psychologue suggère de faire par exemple appel à un projet tel Happy Body (voir par ailleurs), un outil de soutien que nous avons déjà évoqué dans nos colonnes.

Pour le Dr Patrice Gross, endocrinologue et nutritionniste au Centre Hospitalier de Douai, en France, qui intervient également dans le cadre de ce symposium, “la réussite d’un changement de comportement dépend schématiquement de deux facteurs : la motivation et le réalisme; deux concepts aussi complexes l’un que l’autre”. D’après le médecin, “la réalité des “choses” est probablement le facteur primordial du choix et du maintien de nos comportements et, plus largement, du déroulement et de l’organisation de notre vie quotidienne. Il faudra donc tenir compte des conditionnements acquis tout au long de la vie (notamment dans l’enfance), des contingences actuelles, et surtout des désirs profonds du patient, c’est-à-dire ceux qui relèvent de son humanité, réalité absolue s’il en est”.

Concrètement, toute proposition de changement de comportement à un patient devrait, selon ce nutritionniste, avant tout prendre en compte ses désirs, ce qui suppose de créer, au cours de l’entretien, un climat favorisant l’expression de ses besoins fondamentaux. Il s’agira en outre de savoir respecter sa volonté et d’éviter de s’obstiner déraisonnablement à exiger de lui des changements de vie qui ne correspondent pas à ses besoins prioritaires en tant que sujet humain. “Il est probable que ce que nous appelons des échecs à obtenir un changement de comportement corresponde le plus souvent à une inadéquation entre le projet des soignants (et des politiciens de santé ?) sur le patient et celui du patient sur sa propre vie”,  fait encore remarquer le Dr Gross.

 

Plutôt du genre “savoir mais ne pas faire” ou “ne pas savoir mais faire” ?

C’EST UN PETIT TEST simple et sympa à la fois, qui vous est proposé en ligne (www.happybodytoyou.be). But du jeu : déterminer votre profil d’exercices physiques et améliorer votre condition. L’idée : faire le point sur, d’une part, “ce que vous savez” et, d’autre part, “ce que vous faites”.
Etape 1 : répondre aux questions. Exemples de questions : d’après vous, combien de jours par semaine devez-vous faire de l’exercice physique ?; Combien de minutes d’affilée devez-vous bouger pour obtenir un résultat : 10 min, 20 min, 30 min, 45 min ou 60 min ?; Avec quelle intensité ?, etc.
Etape 2 : comparez vos réponses avec la grille des résultats exacts.
Etape 3 (la plus éprouvante ?) : comparez ce que vous savez avec ce que vous faites en réalité.
Etape 4 : lisez votre profil d’exercices physique et voyez quelle approche vous convient le mieux.

A quel profil vous identifiez-vous ?
Profil 1 : ne pas savoir, ne pas faire. Vous ne bougez pas assez et c’est normal car vous ne savez pas ce que “suffisamment” représente. L’approche : le but est d’arriver au moins à vous faire bouger davantage. Confrontez-vous avec tout ce que vous “ratez” et les effets néfastes de ce manque de mouvement.
Profil 2 : savoir, mais ne pas faire. Vous savez ce que bouger suffisamment signifie, mais vous ne le faites pas. Approche : pourquoi cela vaut-il la peine de bouger et qu’est-ce qui le rend si difficile ? Si vous pouvez déjà trouver une réponse à ces deux questions, vous avez déjà une solution (intermédiaire).
Profil 3 : ne pas savoir, mais faire. Sans le savoir, vous faites. Cette constatation positive est un stimulant pour poursuivre vos activités. Pensez concrètement à tous les avantages que vous apportent vos activités physiques, cela vous aidera à persévérer.
Profil 4 : savoir et faire. Vous savez ce que signifie bouger suffisamment et vous le faites. Approche : pensez en terme d’avenir. Comment puis-je faire en sorte de poursuivre les exercices physiques. Déterminez une stratégie pour maintenir les exercices physiques.

Alors, encore une petite question : ce test vous a-t-il donné envie de changer quelque chose à vos habitudes de vie sans pour cela changer catégoriquement toute votre vie ?

 

Illustration: Gaëlle Grisard

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