27/03/2010
Into the Wild
Au-dessus du cercle polaire, Lofoten, cet archipel norvégien qui vit depuis toujours de la pêche, a su conserver un paysage vierge de toute civilisation ou presque. Une échappée arctique hors format pour les amateurs de grand large.
Nathan Darbon
SELON EDGAR ALLAN POE, c’est un décor de ténèbres créé un jour de colère par des dieux vengeurs. Vérification faite, au “68e degré de latitude dans la grande province de Nordland”, c’est bien l’aube de l’humanité qui se joue à 360 degrés. Vierges de toute intervention humaine, les montagnes déchiquetées semblent surgir de la mer, les roches lunaires figées depuis la nuit des temps.
Svolvaer, chef-lieu des Lofoten. Le cœur de cette bourgade de 4 500 habitants, dont on trouve les premières traces d’habitation en l’an 800, bat autour du petit port de pêche. De part et d’autre de son embarcadère s’y concentrent les boutiques, restaurants, terrasses de café et – signe d’un intérêt touristique croissant –, le Thon hôtel, un bâtiment de verre ultra-contemporain. Une construction qui a suscité la polémique, ravivée par la mise en chantier, à quelques mètres de là, d’un futur complexe hôtelier de même facture. “Ces murs de verre, ce toit plat, ce n’est pas dans les habitudes architecturales de la région”, lâche Roar, pêcheur d’une quarantaine d’années. “Ici, les maisons sont en bois avec un toit à double pente…”
Il faut dire que l’on vient de loin pour goûter au charme des rorbuer, ces traditionnels chalets de pêcheurs en pin, montés sur pilotis, construits depuis le 13<sup>e</sup> siècle, transformés depuis quelques décennies en gîtes pour touristes. Reconnaissables à leurs couleurs vives, ces maisonnettes peintes lie de vin ou jaune ocre contrastent magnifiquement avec la monochromie du paysage minéral. Modèle quasi unique de construction pour l’habitat privé sur l’archipel, le rorbu est aussi décliné en version chic à destination des résidents secondaires venus d’Oslo ou d’Angleterre. Il faut débourser jusqu’à 4,3 millions de couronnes (près de 500 000 euros) pour acquérir l’une de ces maisons de poupée d’à peine 100 m² avec vue sur la jetée de Svolvaer.
Qu’ils soient aménagés avec simplicité ou raffinement, les rorbuer ne seraient pas vraiment ce qu’ils sont sans leur inconditionnel séchoir à poisson, un assemblage pyramidal de rondins de bois qui sert à suspendre le stockfish, la fameuse morue séchée. Une pratique qui n’a rien à voir avec un quelconque folklore lorsque l’on sait que l’archipel en produit près de 3 000 tonnes par an, dont 85 % sont exportés au Portugal.
Ligotés deux par deux par la queue, à cheval sur les claies, le dos tourné vers les vents du sud-ouest, les poissons éviscérés sèchent par centaines à l’air libre de février à mai avant d’être détachés et affinés en cave. Une méthode garantie 100 % bio qui, en dépit de sa forte présence olfactive, fait partie du paysage local… Steinar Larsen, ancien exportateur de poisson, gère à A, le dernier village accessible par la route à l’extrême sud des îles Lofoten, un lieu dédié à l’histoire du poisson séché, le Torrfiskmuseum. “Aux Lofoten, toute la vie tourne autour du commerce du poisson. De janvier à mars, les bateaux de pêche affluent de toute la Norvège pour pêcher le skrei, le cabillaud qui migre depuis la mer de Barents jusqu’à nos côtes pour se reproduire. À 6h du matin, le signal est donné et c’est la ruée jour et nuit…”
Liberté et sensations fortes
Attirés par les paysages grandioses et la préservation exceptionnelle de l’environnement, les Allemands, les Anglais mais aussi une majorité de Norvégiens se pressent chaque été dans les campings et rorbuer du Nordland. Les îles, protégées par le Gulf Stream, sont toutes reliées entre elles par une route unique, la E10, assez large pour accueillir deux voitures. Les plus férus de nature s’installent parfois en toute liberté dans un paysage sans clôture ni contrainte. Comme Eirik, 25 ans, et ses amis, amateurs de sensations fortes. Venus de Bodo pour trois nuits au pied du Feslvagtinden, un pic rocheux de 514 mètres au sortir du village de Henningsvaer, ils ont décidé de gravir le flanc de montagne dans le courant de la nuit. “Il n’y a qu’ici que l’on trouve ces parois de granit noir très dures, explique Eirik. Et grâce au solstice d’été, on peut grimper ici en plein jour au milieu de la nuit.”
Cap sur le Spitzberg et la banquise
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Ph: N.Darbon
15:00 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la libre, momento, escapade, lofoten




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