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24/04/2010

Dans la peau de ce bon vieux jeans

17_51_27_728936000_d_n_g_ss10_0005.jpgPuisque les créateurs de tout poil et décideurs de tendances ont mis, pour la saison, le jean sous toutes ses formes en tête de gondole, on ne se gêne pas pour l’épingler. Mieux que cela, on lui tire le portrait.

Déboutonnage: Aurore Vaucelle


UNE FRINGUE SI ÉVIDENTE, si portée, si universelle, en un mot si “habituelle” à l’heure actuelle, nous ferait presque oublier qu’elle a une bien longue histoire et qu’un tel succès vestimentaire – que l’on peut qualifier de mondialisé – n’est pas l’effet du hasard. Tout le monde porte un jean, de New York à Dakar, accoquiné avec des mocassins vernis ou des tongs avachies, qu’importe. Ce vêtement a non seulement su conquérir les marchés vestimentaires masculin et féminin, mais aussi tout type de population, du bébé au jean élastiqué avec maxi postérieur à la grand-mère qui met un jean pour prendre l’air. Que nous dit l’étude plus pointue du jean ? D’abord, son nom anglicisé est bien loin de ses origines plutôt latines. La toile de “jean” se nommait à l’origine toile de Gênes, là où elle était fabriquée.

La préhistoire du jean est européenne, se confondant avec une histoire du textile plus globale. A Gênes, au XVIe siècle, on fabriquait une épaisse toile de coton, dont l’usage initial était des moins nobles : protection et recouvrement. Le jean jouait le rôle d’une “bâche” (snif pour lui), pas question à l’époque d’en faire des vêtements jusqu’à ce que les migrants italiens l’emportent dans leurs bagages sur le nouveau continent. Le dictionnaire de la mode nous rappelle que “c’est en observant les déplacements des Italiens que l’industriel Levi Strauss remarque la solidité de la toile, qui ne se déchire que rarement”. Il a alors l’idée de créer un pantalon pour cow-boys et chercheurs d’or, ces grands garnements n’étant pas des plus tendres avec leur garde-robe. Au début du XXe siècle, le jean ayant fait preuve de sa solidité – voire même de sa virilité  ! – est adopté par le monde ouvrier. Arnaché d’un plastron, ou tablier – qui protège des tâches (et pas des taches) du travail manuel –, le jean se transforme en salopette, vêtement pratique et d’autant plus symbolique lorsqu’il est porté par Charlin Chaplin dans “Les Temps modernes”. Si l’imagerie des travailleurs manuels continue d’utiliser le jean comme “costume” d’appartenance, la mode, à travers ses tendances les plus en pointe, ne l’a pas moins relegué au vestiaire. Porté par la jeunesse américaine qui veut imiter le beau James Dean, dans les années 50, le jean, auréolé de la gloire de quelque sex-symbols, fait preuve depuis lors d’une grande adaptabilité, cuisiné qu’il est à toutes les sauces. Il est patte d’eph’ dans les seventies, “carotte” et blanchi, ou au contraire découpé punki dans les années 80, fuselé et coloré dans la décennie qui suit, strech et archi-delavé enfin, au passage des années 2000, ne cessant jamais de voir sa taille baisser ces dernières années. Il fut alors le curieux témoin d’un phénomène à effet ciseau, plus les “tailles basses” descendaient, plus les dentelles des strings s’exhibaient le long du rond des reins.

Matière élastique, qui associe, et ce n’est pas rien, tendance et confort, bleue d’origine – ça tombe bien, c’est la couleur la plus commune d’un vestiaire mondialisé et presque normalisé –, le jean n’en finit pas de connaître des variations. On l’a vu raccourcir, le mini-short ayant atteint sa limite maxi, il semblerait que les tailles soient en train de remonter. La mode est décidément une affaire de courbe. Et le jean son sujet de prédilection. Que restait-il donc à inventer ? Plus rapide que les créateurs et les marques, les filles amoureuses ont inventé cette nouvelle tendance qui consiste à piquer le jean de leur copain.

 

Ph: Etienne Tordoir

14:00 Publié dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, tendance, jean, jeans | |

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