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24/04/2010

Les eaux douces du lac Tanganika

11_45_31_562737000_IMG_1805.jpgPeu touristiques, les grands lacs de l’est de l’Afrique offrent une magnifique alternative à quiconque aime voyager hors des sentiers battus. Tanganika, le plus long d’entre eux, fait office de frontière naturelle entre la République démocratique du Congo et la Tanzanie, et se prête magnifiquement à la découverte des villages locaux lors d’une lente et fascinante descente à bord du MV Liemba.

Découverte: Valentin Dauchot


PRINCIPALE RÉSERVE D’EAU du continent, la région des Grands Lacs est aussi l’une des plus pauvres. Quelque 150 millions d’habitants y sont répartis dans neuf pays dévastés par les conflits et vivent dans une situation humanitaire préoccupante. Dans les environs, huit lacs alimentent en eau des milliers d’exploitations, dont le lac Victoria, bien connu pour être le plus grand d’Afrique et la principale réserve de la perche du Nil qui réjouit les amateurs de poisson occidentaux.

Quelques centaines de kilomètres plus bas, un autre lac, long de 670 km, s’étend entre le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Zambie. Isolé et vieux de 12 millions d’années, il abrite dans ses eaux claires une incroyable diversité de poissons aux couleurs vives qui n’existent nulle part ailleurs et incitent à la baignade. En surface, les paysages vallonnés qui le délimitent laissent régulièrement apparaître de petits villages paisibles, où les maisons de banco (mélange de terre, d’eau et de paille) parsèment des chemins de terre orange que les femmes grimpent chargées de sacs d’eau pendant que les hommes se reposent ou préparent la pêche du jour.

Reculé, difficile d’accès, le lac Tanganika est encore peu développé et y voyager demande un certain temps en raison de l’état des routes environnantes. Kigoma, la plus grande ville tanzanienne de la région, est toutefois accessible en avion depuis la capitale et constitue le point de départ du MV Liemba, seul et unique bateau qui assure la descente du lac jusqu’en Zambie.

Le long de la rue principale, les auberges et les restaurants accueillent essentiellement des visiteurs congolais qui fuient régulièrement les agitations du pays. L’instabilité du grand voisin pourrait traverser la frontière, mais l’ambiance de Kigoma est paisible et la vie s’écoule plus lentement encore que dans le reste du pays. En période d’instabilité par exemple, le MV Liemba est réquisitionné pour transporter les réfugiés, et le voyageur est prié d’attendre plusieurs jours que les transferts soient terminés. S’il questionne le responsable des tickets sur un éventuel départ, il se verra généralement répondre “peut-être demain”, jusqu’à ce que le jour tant attendu arrive et provoque un élan d’agitation tout à fait inhabituel.

11_45_37_257008000_P1010756.jpgLe lac, lui, est magnifique, et les quelques jours passés sur la rive permettent d’observer tranquillement la vie quotidienne des Tanzaniens. Dans le village voisin d’Ujiji, une route de terre cahoteuse mène directement à une superbe plage où des centaines d’hommes et de femmes lavent leurs vêtements dans ses eaux transparentes. Nus pour la plupart, les habitants ne s’indisposent pas le moins du monde de la présence des quelques visiteurs de passage et partagent volontiers leur expérience. Tandis que les enfants courent derrière un ballon de paille et que les femmes font sécher les vêtements colorés sur les hautes herbes, les hommes discutent âprement autour d’embarcations de fortune qu’ils s’échinent à réparer. La scène est d’un naturel à couper le souffle et procure au visiteur discret, le sentiment d’être un incroyable privilégié.

De retour à Kigoma, les passagers peuvent embarquer sur le bateau dans l’une des trois classes mises à leur disposition. Un petit restaurant offre une cuisine de base, et le robuste navire se met enfin en branle pour une descente jusqu’en Zambie qui durera trois jours.

Le lac est immense et le Liemba ne s’éloigne pas trop de la côte tanzanienne où plusieurs arrêts sont prévus pour charger et décharger les passagers. A bord, la vue est extraordinaire. Côté congolais, elle s’étend à l’infini dans un dédale de couleurs à couper le souffle lorsque le soleil se couche. Côté tanzanien, les côtes désertes défilent lentement et donnent au passager le sentiment jubilatoire d’être arrivé au bout du monde. Les villages sont éloignés, mais les populations locales se rassemblent en permanence sur le rivage à l’arrivée du bateau, qu’elles s’empressent de rejoindre à toute vitesse.

11_45_30_900384000_IMG_1841.jpgLes scènes qui suivent sont indescriptibles. La plupart des villages ne disposant pas de jetée, des dizaines de barques géantes se lancent à l’assaut du MV Liemba pour déposer et reprendre des dizaines de personnes. La compétition est telle que les propriétaires des bateaux n’hésitent pas à attirer les clients à grand renfort de cris et de gesticulations et évitent à peine la bagarre. Stupéfaits, les passagers assistent alors à ce qui ressemble furieusement à une attaque de pirates. En l’absence d’échelles, les nouveaux arrivants jettent leurs sacs par dessus bord et escaladent littéralement les quelques mètres qui les séparent du pont. Ceux qui s’en vont réalisent la même opération en sens inverse, et contribuent à créer un joyeux chaos qui dure, à chaque fois, plusieurs dizaines de minutes.

Une dizaine d’arrêts sont programmés dans plusieurs villages dont le petit hameau d’Ikola qui possède une sympathique guesthouse, et le plus développé Kipili où un luxueux hôtel propose suites, piscines et bateaux de croisière. Hormis ces deux endroits stratégiques pour les visiteurs étrangers, le Tanganika est un endroit calme où la nature reprend tous ses droits.

Le débarquement une fois effectué, plusieurs jours sont nécessaires pour rejoindre l’une ou l’autre ville disposant de routes correctes, à moins de séjourner dans un hôtel de luxe qui organise des transferts rapides. Des mini-bus attendent systématiquement les passagers mais ils sont souvent bondés et les routes sont exécrables. Mieux vaut alors descendre au premier village et organiser son transport soi-même. Fatiguant, le chemin du retour n’en est pas moins magnifique et passionnant, tant il traverse quantité de villages isolés où les visiteurs sont bien mieux accueillis que dans les endroits plus touristiques. Situé à quelques centaines de kilomètres à l’est, le lac Malawi vaut lui aussi le détour.

 

Ph: Valentin Dauchot

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