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21/08/2010

Oh, c'est haut!

17_10_27_403142699_Escalade_13.jpgPour l’avant-dernière sortie de l’été, pourquoi pas une petite balade en nature, à la verticale ? L’escalade confronte le grimpeur à ses limites et le pousse à les dépasser. Et la Belgique recèle de très beaux massifs pour faire ses premiers pas.

A un fil: Magali Mouthuy


GAZOUILLIS DE VOLATILES, lointains bruits d’eau… et cliquetis de mousquetons. “Relais !” Le premier de cordée vient d’atteindre une halte dans l’ascension de la falaise. “Départ!” Encore au pied des arbres, les deux seconds s’engagent l’un après l’autre. Ils ne tardent pas à dépasser les hêtres, quittant verticalement la forêt.

La main tâte la roche dans l’espoir de trouver une prise. Le pied hésite : où se poser ? Le regard se tourne. Derrière, le vide. L’adrénaline de la verticalité. Les yeux se détournent, s’arrêtent sur la corde. “Quand même, on ne tient qu’à un fil.” Les jambes et les bras se figent, flageolent. Chasser cette pensée.

Grimper avec sa tête… et avec ses pieds”, répètent les moniteurs. Avec sa tête : on apprend à se contrôler. “Il y a bien un moyen de poursuivre puisque les autres sont déjà au sommet.” On ré-examine la surface de la roche de façon plus minutieuse. On reconsidère les possibilités refoulées la première fois. “Et si ce petit trou près du genou gauche était suffisant pour s’élever ?” Oser, se lancer. Faire confiance à ses appuis et à son matériel.

Des points d’ancrage implantés dans la pierre balisent la voie, baptisée  par l’ouvreur ­ – le premier qui l’ait jamais empruntée. “C’est la falaise qui décide où se trouvent les prises”, affirme Carl Declaye, moniteur au Club Alpin Belge. Pour chaque site, un “topo” recense les différents chemins en mentionnant leur niveau de difficulté. En général, les cotations s’échelonnent de 3 – pour les débutants – à 8. Au grimpeur de tête de retrouver l’itinéraire de la voie choisie, et d’y fixer sa corde, à l’aide des mousquetons.

Dans une cordée, les membres sont soudés physiquement et mentalement. Sans une confiance mutuelle solide, l’ascension est impossible. Unis par la même corde,  les seconds assurent la progression de leur premier grâce à un “huit”. Ils lui donnent “du mou”, de la corde au fur et à mesure de son avancement : s’il glisse ou tombe, la corde tendue le retiendra. Lors de leur ascension, les suiveurs se trouvent assurés par le haut, un dispositif plus confortable. Le dernier grimpeur libère sa corde et récupère les dégaines, lesquelles s’accumulent à la ceinture de son harnais.

Dans les échanges entre grimpeurs, il y a très peu d’élitisme”, apprécie Carl Declaye. Si les encouragements des autres ne manquent certes pas, au bout du compte, c’est en soi qu’on puise l’énergie pour progresser ; certains grimpent d’ailleurs en solo. “Se retrouver seul au milieu d’une nature beaucoup plus forte que soi, s’y confronter et s’en accommoder” : l’alpiniste Jean Bourgeois a plus de 52 ans d’expérience dans les jambes et ne se lasse pas. “En fait, on est face à soi. Soit on est pris au jeu, soit on est dégoûté. Ça peut être le cas après une expérience risquée. On a le sentiment d’avoir frôlé la mort, et certains stoppent, se disent ‘j’ai épuisé mon capital chance’”, souligne Jean Bourgeois.

C’est que la pratique de l’escalade révèle et pousse nos limites. “C’est une activité anormale du point de vue intellectuel. Il faut être un peu fou”, reconnaît Jean Bourgeois. “C’est l’entraînement qui amène à un bon niveau d’escalade. Ce sport, c’est 30 % de physique et 70 % de psychologique”, résume Carl Declaye.

Les conditions physiques jouent indéniablement. Certaines voies exigent de la force dans les poignets, d’autres davantage dans les pieds. Une bonne psychomotricité est nécessaire. Parfois, le corps prend appui sur un pied, une main… Ce sport de montagne inclut également une part de technique, et donc de réflexion : le positionnement dans l’ascension varie selon la configuration de la roche. Dans les cheminées, le grimpeur veille à ne pas trop s’engager dans la fente, au risque de se retrouver coincé.

Enfin, l’aspect psychologique occupe une place conséquente dans cette activité où se confondent le goût du risque et la peur de mourir. “Il ne faut pas vouloir brûler les étapes”, enseigne Dédé, notre premier de cordée, en l’occurrence un expérimenté de la grimpette. A chaque nouvelle longueur, nous nous retrouvons confrontés à de nouvelles difficultés, qui, une fois franchies, ne nous paraissent plus si insurmontables. Et on en veut davantage.

Cela fait quinze ans que je grimpe, raconte Carl Declaye. A chaque ascension, j’ai l’impression de ressentir et d’emmagasiner de l’énergie positive que la falaise me donne.” Il est vrai qu’en escalade, la difficulté renforce l’esprit... “Ce qui m’enthousiasme vraiment, c’est la notion d’engagement. On y met tout, il n’y a rien d’autre. C’est très naturel de grimper. Mais certains ne voient pas la nature, ils ne voient que la compétition. Il y a l’escalade des poètes, des sportifs, des compétiteurs… Autant de niveaux d’escalade que de grimpeurs.”

Côté risque, même s’il vaut mieux ne pas trop y penser en grimpant, ils sont évidemment bien réels. “95 % des accidents sont dus à des erreurs techniques ou à des chutes de pierres. Il faut avoir les aptitudes en matière de sécurité avant de se lancer dans l’escalade. Il faut oser aussi… Je ne peux pas compter le nombre d’amis qui ont grimpé et qui sont morts dans la montagne, suite à des glissades ou des cailloux qui tombent”, relate Jean Bourgeois.

Aujourd’hui, le matériel a évolué. Si on tombe, c’est en général moins grave : “On apprivoise la manière de tomber.” La Belgique compte de nombreux massifs, dont Freyr, connu internationalement, Marche-les-Dames, Dave… De nombreux endroits de charme que le Club Alpin Belge propose chaque année de (re)visiter. A la verticale.

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Ph: Alexis Haulot

11:00 Publié dans Sorties | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, sorties, escalade | |

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