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28/08/2010

Dans les entrailles de la Wallonie

13_52_38_794971689_UBSSpeleologyDays2010_026.jpgPour la dernière sortie de l’été, c’est sous terre que nous partons explorer la nature. Dans ces cavités sculptées par le passage de l’eau, aux voûtes infinies et aux chemins parfois très étroits, il faut pouvoir ramper et escalader pour avancer.

Sous terre et dans le noir: Magali Mouthuy


LA SPÉLÉOLOGIE SE PRATIQUE TOUJOURS en équipe.” 19h30, Mont-Godinne. Richard, Philippe, Jean-Pierre, Carl ... la fine équipe des spéléologues s’apprête à descendre dans une des grottes-écoles de Belgique. Bottes de caoutchouc, salopette usée, gants, casque muni d’une lampe frontale, harnais, corde et mousquetons : lourds de cet équipement que l’on recommande imperméable, en prévision de l’humidité souterraine, les spéléologues dévalent la côte d’un petit bois. Direction le Trou de l’Église.

Quand un cours d’eau disparaît de la surface en terrain calcaire, on trouve fréquemment des cavités sous terre”, explique Richard en pointant un ruisseau qui s’enfuit sous terre, entre deux gros cailloux. L’un après l’autre, les membres du groupe s’engouffrent dans ce même passage, assurés d’une corde. Les pluies récentes ont gonflé l’écoulement. Tout le monde se retrouve sur une petite surface plus ou moins plane. Le faisceau des lampes éclaire par partie les parois caverneuses. La roche d’aspect brunâtre évoque de grosses coulées de caramel.

Dans les grottes, la température est constante, c’est une moyenne des températures extérieures annuelles.” En Belgique, la température de l’air varie donc entre 10 et 12 degrés. suivant les régions... Heureusement, la marche réchauffe. Carl en tête, la troupe avance en file indienne. “Les gens pensent souvent qu’une grotte a une entrée et une sortie de l’autre côté”, épingle Richard. “En réalité, elles n’ont quasi toutes qu’une seule issue.

13_52_41_584839206_UBSSpeleologyDays2010_017.jpgAu cours de la progression, les voies se tordent, rapetissent, montent et descendent. Transforment la marche en escalade, glissade ou rampement. A certains moments, il serait plus aisé d’être contorsionniste. “Sauriez-vous rebrousser chemin sans vous tromper ?” Derrière nous, trois issues : de laquelle vient-on, impossible de trancher. Une représentation mentale de la topographie des lieux s’avère bien difficile. “Eteignez vos lumières”, suggère un de nos moniteurs. On ne voit absolument plus rien. Seul repère, la chute des gouttes d’eau, qui résonnent dans ce noir intégral.

Dans les grottes, c’est le sentiment de claustrophobie qu’on apprend à maîtriser.” Le plus souvent, il semble que les angoisses cèdent la place à la curiosité. Certaines salles concrétionnées impressionnent, naturellement majestueuses. Plafonds ou gouffres infinis, grandes orgues: le tout formé par le calcaire cristallisé, dit calcite. “L’eau de pluie passe à travers l’humus – de la végétation en décomposition, des feuilles mortes –  qui contient du gaz carbonique. L’eau prend ce gaz et le transforme en acide carbonique. Elle descend dans les fissures des rochers et ronge un peu de calcaire.”

Quand l’eau parvient à la voûte d’une caverne, un processus d’évaporation a lieu avant qu’elle ne tombe au sol. Soit les gouttes restent longtemps au plafond avant de s’écraser : elles y laisse un dépôt de calcite qui crée alors les stalactites. Soit elles ruissellent et l’excédent de calcite se dépose au sol et produit des stalagmites.  Parfois stalactites et stalagmites se rejoignent, formant une colonne.

Dans le Trou de l’Église, grotte découverte en 1950, l’infiltration de l’eau se poursuit encore aujourd’hui. "Elle creuse les conduits de deux façons. De façon mécanique, l’eau s’écoule le long des parois, les use grâce aux particules de roches plus dures qu’elle contient : c’est l’érosion. Le second phénomène est chimique: au contact de l’eau qui est légèrement acide, le calcaire se dissout ; c‘est la corrosion. Des deux, c’est le second phénomène qui est le plus important. Ce processus est bien entendu extrêmement lent et se fait sur des milliers d’années.” Voilà qui explique pourquoi chaque couloir emprunté est unique.

De conduits en conduits, les repères de temps, d’espace et de profondeur se déforment. A la sortie, on apprend avec surprise que l’on s’est enfoncé à plus de 70 mètres, deux heures durant.

En Belgique, la spéléologie est pratiquée à travers une cinquantaine de clubs aux préoccupations très diverses. “Certains trouvent leur plaisir à parcourir des grottes connues, d’autres préfèrent se consacrer à l’exploration de nouvelles cavités.” Et le pays compte de nombreux sites à (ré)explorer. Chaque année, mis bout à bout, on découvre de nouveaux kilomètres dans les sous-sols de notre petit pays.

Personnellement je fais un peu des deux : si je vais dans une grotte que j’ai déjà souvent visitée, mon plaisir est surtout de la présenter à des amis qui n’y sont jamais descendus. Mais tous les ans, je pars plusieurs semaines, au Mexique, à la découverte de nouveaux grands gouffres. Notre équipe a mis à jour 200 kilomètres de galeries là-bas et quelques-uns des plus profonds gouffres du continent”, rapporte Richard, véritable spécialiste des milieux souterrains. Et ses explorations ne sont pas terminées...


Ph: Vincent Gerber et Vincent Kalut

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