12/02/2011
Il était une fois...l'organisation d'un mariage
Avant l’épilogue “Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants”, se cache une organisation titanesque. Cette phase cachée du mariage, Isabelle Ghosez en a fait son métier. Une passion au service des futurs mariés.
Reportage: Fanny Leroy
Reportage photo: Philippe Fauvel (st. LLB)
ROBE BLANCHE À LA TRAÎNE INTERMINABLE, marche nuptiale, lancé de riz et première danse…, les traditions ont beau s’émousser, il y a des rêves qui ne s’érodent pas. Seules les formes prises et les envies évoluent. Mais passé le moment émotionnel et romantique de la demande en mariage, l’organisation de la cérémonie s’avère parfois un véritable calvaire. Certains futurs mariés, pris de cours, n’hésitent désormais plus à faire appel à une organisatrice de mariage; cette sorte de marraine la bonne fée qui, en un coup – ou plutôt plusieurs – de baguette magique, donne vie à leur mariage idéal.
Suivre Isabelle Ghosez au fil de ces rendez-vous, c’est aller à la rencontre d’une organisatrice hors pair, d’une perfectionniste du détail, d’une oreille et d’un œil attentifs, d’une source inépuisable d’idées. Ingénieure civile de formation avec une vingtaine d’années de management dans une entreprise américaine derrière elle, Isabelle n’a pas échappé à la crise de la quarantaine qui l’a amenée à redéfinir ses envies professionnelles. "Je désirais m’orienter vers le domaine créatif. Organisatrice née, je me suis impliquée dans l’univers de la décoration jusqu’à ce que des amis me demandent de m’occuper de leurs mariages. De fil en aiguille, je suis devenue wedding planner dès 2006”, explique-t-elle. Tout droit migré des Etats-Unis, ce concept est pourtant loin de coller à l’image véhiculée par les films glamour du continent américain. “95 % de mon temps consiste à établir des devis, rencontrer les fournisseurs, les futurs mariés, etc. Le jour de la cérémonie n’est que la partie émergée de l’iceberg”, avoue-t-elle.
Pour Isabelle, l’organisation d’un mariage représente en moyenne une centaine d’heures de travail. Sans cette aide précieuse, comptez le double, voire le triple pour planifier un tel événement. Un luxe temporel que ne souhaitent pas se permettre certains futurs mariés, comme Ursula et Thierry. A respectivement 39 ans et 47 ans, ces deux indépendants ont fait appel à Isabelle “pour profiter au maximum de leur journée”, argumentent-ils. Le nom de sa société, “Be your guest”, semble dès lors leur convenir à merveille. “Nous avions peur de nous faire arnaquer en payant très cher pour peu de services. Isabelle nous a néanmoins directement mis en confiance et nous allons de surprises en surprises avec tout ce à quoi elle nous fait penser”, explique le couple.
Près de six mois avant la date fatidique de leur union, le 31 juillet prochain, ces deux Tubizois rencontrent leur wedding planner à plusieurs reprises pour détailler certains pans de l’organisation du jour “J”. Les rendez-vous sont toujours productifs et Isabelle a tout prévu au préalable. Les points à discuter s’enchaînent donc les uns à la suite des autres : faire-part, location de voiture, château gonflable pour les enfants, fleurs… Lors du passage en revue de ces aspects de la cérémonie, l’organisatrice use d’une technique imparable pour détecter les goûts des futurs mariés. “Lorsque je leur montre les books comprenant les variantes de compositions de fleurs, par exemple, je scrute leurs réactions plus que je n’écoute leurs commentaires. Cela me permet de recueillir leurs premières impressions pour leur faire rencontrer le fleuriste qui leur correspond le mieux. Je me trompe rarement”, souligne-t-elle.
L’attention portée aux futurs mariés semble dès lors l’une des qualités premières du wedding planner qui apprend à sonder les envies intimes de ses clients. “Afin de cerner les époux, je leur demande toujours de pouvoir les rencontrer chez eux. Leur environnement de vie livre, à leur insu, de nombreuses informations sur eux-mêmes”, ajoute-t-elle. A l’image donc de leur intérieur classe mais chaleureux, Ursula et Thierry ont choisi d’animer leur mariage par le thème “Black and white. Années 50”. "Nous imaginons notre mariage élégant et convivial”, confie les futurs époux dont l’union forme une famille recomposée de quatre enfants. Tous deux aux alentours de la quarantaine, les deux Tubizois savent ce qu’ils veulent. “Avant, les mariages donnaient l’impression d’être organisés par les parents. Aujourd’hui, c’est nous qui décidons”, expliquent-ils.
A l’instar de cette affirmation, les mœurs évoluent et bouleversent quelquefois les traditions du mariage, comme celle de la composition de la
table d’honneur, par exemple. Si, ancestralement, celle-ci était composée des parents des mariés et d’autres membres proches de la famille, nombreux sont désormais les couverts d’honneur attribués aux témoins et amis proches. Mais Isabelle reste malgré tout attentive à toutes les sensibilités. “La mère de la mariée doit dans tous les cas être proche de la table principale pour avoir impérativement un œil sur sa fille et son gendre”, raconte-t-elle d’expérience. Casse-tête par excellence, l’organisation des tables est d’ailleurs l’une des étapes cruciales – et souvent délicates – de la phase avant-mariage.
Lors d’un rendez-vous pour l’un des autres événements qu’elle a sur le feu, Isabelle sort ses fiches “Plan de tables” pour faciliter la tâche. Rien n’y fait pourtant, les discussions sont fastidieuses et souvent pimentées par des commentaires – plus ou moins gratuits – à propos des invités. Car à côté des caractères incompatibles et donc incasables à la même table, il y a aussi les électrons libres, ceux qui ne rentrent dans aucune catégorie préétablie. Pendant que les futurs époux palabrent, Isabelle, elle, tempère. “Cet aspect de l’organisation génère toujours les mêmes discussions. Le tout devient encore plus compliqué lorsque les parents s’en mêlent”, murmure-t-elle.
Les invités de dernière minute ne sont désormais plus une surprise pour Isabelle qui s’est habituée aux imprévus. “Il faut anticiper au maximum ce genre de changements, tout comme un orage ou un ourlet décousu”, raconte-t-elle. C’est pourquoi le coffre de la voiture de l’organisatrice contient des parapluies blancs, des trousses de couture, de maquillage, de pharmacie ou encore de bricolage. Ce n’est pourtant
qu’une partie du stock d’Isabelle, dont la majeure partie se situe dans sa cave… une véritable caverne d’Ali Baba du mariage. En dessous de la volée d’escaliers menant dans l’antre, s’exposent avant tout les chaussures de cérémonie de l’organisatrice. "M’habiller est devenu tout un art, car je dois savoir passer inaperçue au sein des invités tout en sachant me faire repérer au besoin”, confie-t-elle. Dans les deux salles attenantes, des boîtes de rubans, perles, fleurs, vases et autres photophores se succèdent, un vrai dépôt de décorateur. “Il m’arrive souvent de construire des prototypes pour les futurs mariés afin de leur montrer concrètement ce que pourrait donner la décoration d’une table.”
Même si Isabelle a toujours été attirée par l’esthétique et l’ornement, elle a dû acquérir des compétences de décoratrice et même de fleuriste. Ainsi, le jour venu, elle s’occupe quelquefois elle-même des montages floraux qui apportent couleur et personnalité au lieu de fête. Le cas échéant, la cadence va bon train, la veille des festivités. C’est à bout de bras qu’Isabelle déplace les bacs de fleurs, les verdures et les vases, de sa voiture à la salle de réception. Une fois entourée de son matériel, s’ensuit un rituel bien huilé et presque inné. Tulipes et herbacés entourés dans des vasques s’en vont ensuite trôner joliment au milieu des tables déjà habillées de menus aux rubans assortis.
Deux autres mains efficaces s’affairent à l’organisation de l’événement, celles de Stéphanie, la jeune stagiaire d’Isabelle. Agée de 22 ans,
l’étudiante en création d’événements semble conquise par cette profession même si certains aspects l’ont sensiblement surprise. “Tout n’est pas que glamour comme je me l’imaginais. De plus, il est essentiel de toujours bien écouter les futurs mariés et de se soucier du moindre détail”, souligne-t-elle. Depuis les débuts d’Isabelle, Stéphanie est son unique stagiaire, une heureuse élue pour six mois d’immersion dans l’univers d’un wedding planner. Il faut dire que l’organisatrice met la barre très haut et ne lésine ni sur la qualité ni sur les compétences de ses collaborateurs. Pour ces derniers, comme pour les futurs mariés, avec qui elle travaille, cette ex-manager met un point d’honneur à la connivence et aux bonnes relations entretenues. “Une seule fois, j’ai accepté d’organiser un mariage alors que le contact avec les clients ne se passait pas bien. Je l’ai amèrement regretté”, souligne-t-elle.
Avec près de treize mariages par année, Isabelle semble gérer d’une main de maître son business. Douée d’un sens commercial développé, son expérience en entreprise lui sert chaque jour à faire prospérer son affaire. Après avoir évalué au cas par cas les demandes du couple intéressé par ses services, l’organisatrice établit une charte entre elle et ses clients, soit une fourchette de prix en fonction de l’investissement souhaité.
“L’organisation pure avant mariage revient entre 800 et 2 000 € et la coordination de la journée de mariage grimpe jusqu’à environ 500 € en moyenne”, évalue-t-elle. Mais pour cette ingénieure civile reconvertie, ce sont les retours émus et comblés des mariés qui sont impayables. “Lorsque les époux s’émerveillent d’avoir eu un mariage qui leur correspondait entièrement, j’ai convenablement effectué ma mission”, dit-elle, le sourire aux lèvres.
Ironie du sort, Isabelle n’a jamais été mariée. Un choix qu’elle assume et qui ne lui vaut aucune frustration. “Si j’éprouvais certains ressentiments, je ne pourrais professer de manière convenable. Mais c’est merveilleux, j’ai droit à l’émotion et à l’amour toute l’année”, affirme cette passionnée dévouée.
18:15 Publié dans 24h avec... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : la libre, momento, 24h avec, organisateur de mariage




Commentaires
C'est pour ca que je ne suis pas mariée malgré l'envie. L'organisation d'un tel évenement me dépasse. Et faire appel à une tierce personne en rajoute au cout total. Bref, cette dame exerce un métier qui ne doit pas être facile car il n'y a pas de rattrapage pour cette journée!
Écrit par : faire part | 06/07/2011
une phase importante dans l'organisation du mariage est : les faire-part ! et ce n'est pas de tout repos...
Écrit par : huile de moringa | 15/09/2011
Oulala ça me rappelle de mauvais souvenirs. On devrait se marier qu'avec les amis en fait à on avis.
Écrit par : thé rooibos | 05/11/2011
Moi c'est pareil, l'organisation ce ne fut vraiment pas mon truc. J'ai délégué le plus possible, je l'avoue ;-)
Écrit par : comment devenir comédien | 05/11/2011
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