02/04/2011
Les filles qui habillent la ville
Qui a dit que la semaine de la mode devait se concentrer sur les mannequins des défilés parisiens ? Durant la Fashion Week, le look des Parisiennes a été scruté au peigne fin. On vit alors qu’en matière de mode, les femmes habillent la cité de manière bigarrée. Les pieds plantés dans la réalité.
Récit: Aurore Vaucelle
Reportage photo: Johanna de Tessières
La Parisienne anime le jean
Quand on pense que le jean fut d’abord le costume des travailleurs… Le denim comme bleu de travail, c’est la prime histoire du jean qui, depuis, est passé par bien des identités : carotte, patte d’eph’, baggy, trompette, skinny, cigarette. Le jean – sous forme de salopette, de bob, de jaquette, bref –, de bas en haut, est une seconde peau. C’est ce que tendaient à démontrer les deux silhouettes moulées de leur toile de Gênes (l’appellation originelle du jean) qui descendaient en papotant le boulevard de Belleville. Les deux jeunes filles prétendent qu’elles ne sont pas bien sapées pour le cliché, mais dans un journal belge, “personne ne verra la photo”. Personne, excepté… les milliers de fidèles lecteurs.
On plébiscite le retour de la mini en jean – assortie de bottes cavalières pour pas en faire trop – et le slim glissé dans des bottines à chaînettes façon motard(e) ou conductrice de Vespa jaune moutarde.
La Parisienne au béret
Madame K. attendait son bus, le 26, qui remonte vers la Porte des Lilas, quand on l’a rencontrée assise sur un banc, place Gambetta. Le Français, son béret, sa baguette de pain et son camembert sont souvent tenaces dans l’imaginaire hors frontières. Ne nous a-t-on pas dit, à l’autre bout du monde, lorsqu’on déclinait notre identité : “Vous ne pouvez être que Française, vous avez des yeux clairs et un béret” – on tient à préciser qu’on ne portait pourtant pas un fromage sous le bras.
Qui dit Française, dit souvent Parisienne, pour les étrangers en mal de clichés. Madame K. est pourtant bien éloignée d’une idée toute faite, même si elle a les yeux d’un bleu très clair et un béret crème, posé bien droit sur la tête.
Côté tendances, on aime le charme de ce petit calot qui tient chaud, et qui donne un air angélique, même aux plus radicales d’entre nous. Pourquoi pas d’ailleurs un béret rouge, pour les anar’et les cocos coquettes ? La mode est langage après tout.
La Parisienne excelle dans l'art de l'accessoire
Coco Chanel ne mettait-elle pas en garde contre l’accessoire quand elle proposait aux femmes, d’un air péremptoire : “Le plus important, avant de sortir, c’est de toujours enlever le dernier [accessoire] que l’on a ajouté”? Mais chez la Parisienne, l’accessoire n’est jamais dû au hasard.
On souligne la panoplie complète de la citadine : écouteurs personnalisés (on a vu aussi pléthore de gros casques à motifs), sac en bandoulière – pour potentiellement pédaler, libre, en Vélib’–, manteau pratique mais en rien passe-partout. Enfin, un foulard pour habiller le tout.
La Parisienne ose le "Color Block"
Riita VdW. nous vit arriver de loin, avec nos gros sabots : appareil photographique et grands sourires en bandoulière. Finlandaise d’origine, elle vit depuis des lustres à Paris et représente, à ce titre, la Parisienne “défenderesse” d’un certain style : celui qui promeut la couleur. Les magazines tendances ne parlent plus que de Color Block – anglicisme qui consiste à dire que l’on met à l’honneur une couleur peps, ou de grands aplats façon Mondrian. Tout à fait dans le vent, mais pas poseuse pour deux sous, Riita pose, avec simplicité, là où on ne peut pourtant rien afficher – c’est marqué ! Mieux que ça, elle annonce la couleur !
On souligne pour mieux le recommander, le port du chapeau cloche, hors tendance, et alors ! Il habille une silhouette avec élégance. Pour s’en donner la preuve, il suffit de regarder quelques clichés de Coco C.
La Parisienne ou la classe incarnée
De loin, on l’a vue arriver, avec cette allure détachée, ce “non-narcissisme” revendiqué bien différent de l’étalage de préciosité qui fait la Fashion Week. De près, on n’a pas osé questionner, de peur d’être trop curieux, d’essuyer un refus, alors que la demoiselle était tout juste ce que l’on voulait montrer : la classe sans contrefaçon. A-t-on toujours besoin des “outils” tendance qui, souvent, virent à la fausse sophistication ?
On se demande si ça a été calculé, mais on a de suite remarqué les Clarks canard qui ont fait du chemin et la grande écharpe tissée tilleul qui répondent au vert des murs de la ville. La sacoche bleue électrique, enfin, dans laquelle on peut glisser sa maison – au moins.
La Parisienne se joue des longueurs
Pour quelques générations de créateurs, Paris et ses Parisiennes sont les motifs d’inspiration de la mode et de sa saisonnalité, que l’on nomme dans le jargon, la tendance. En se baladant dans Paris, ce que l’on observe cependant, c’est une grande diversité vestimentaire. Mieux que cela, une grande liberté dans l’appropriation du vestiaire, chacune trouvant à faire revivre un objet qu’elle chérit – ce cabas à pois ? – ou simplement réinventer la longueur des jupes à sa façon malgré les tendances qui prétendent décider quand elles montent ou descendent le long de la jambe.
On dit pourquoi pas à ce style qui pose les jupes sur les pantalons, qui modifie les images toutes faites et se moque des contre-indications venues d’en haut. Quant aux deux chèches noués ensemble, une bonne idée à noter, hiver comme été.
La Parisienne pare aux aléas du réel, pluie ou soleil
Mademoiselle l’inconnue a gardé pour elle son nom et ses inspirations, a livré un sourire, puis a filé sans se retourner, toute prête à gérer le quotidien dans son costume de citadine. Contre la pluie, ce trench aux allures déstructurées, des bottes de sept lieux pour courir s’abriter, des lunettes fumées pour le soleil retrouvé.
On aime cette silhouette androgyne composée de ce trois-quarts et des bottes cavalières toutes plissées, comme dans les films de cape et d’épée.
Le costume de la Parisienne est celui de la vie réelle
On observa, ce jour-là, de jeunes Parisiennes se baladant en brochette de trois. L’une d’entre elles, cheveux roses et keffieh passé du noir et blanc à la couleur. Si le foulard porté de tout temps par Arafat a d’abord été le symbole d’une identité palestinienne à la recherche de sa reconnaissance, il a su, depuis quelques années, parler aux jeunes gens dans sa signification politique. Et si on l’a vu gentiment se balader à Saint-Germain-des-Prés, on a surtout observé le keffieh manifester lors du printemps arabe.
On note le keffieh aux accents sanguins et les cheveux de feu pour aller de pair avec le sang chaud de la jeunesse qui a des choses à dire.
La Parisienne brigue le rétro pratico-pratique
Tandis que nos pas se perdaient sur les hauteurs de la rue Poulet, Agnès N. déboucha de nulle part, avec son p’tit caddie. “Celle-ci, il nous la faut dans le portfolio”, dis-je soudain tout haut. Mais la donzelle filait déjà, à l’autre extrémité géographique. Cette brusque embardée dans le paysage des rues parisiennes allait-elle arrêter notre photo reporter préférée ? Johanna de T. insista donc pour que nous la suivions de nos ardeurs photogéniques. Après quelques rues en mode filature, nous nous décidons à la héler, la voix hésitante pour lui dire tout le bien que l’on pense de son style. Affirmé, un peu rétro, à l’accessoire pile-poil idéal pour déambuler dans les rues parisiennes. Point photo devant une boulangerie qui sent le pain tout chaud.
Côté tendance, on adore le petit cabas à roulettes, fleuri, façon liberty. Où la jeune femme l’a-t-elle dégoté ? En ancienne voisine de Bruxelles – elle a vécu un an à Charleroi –, elle nous livre la fameuse info : son petit caddie provient… d’une boutique de cadeaux, aux alentours du Parlement de Strasbourg. O.K., son style ne sera pas facile à copier.
18:05 Publié dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la libre, momento, tendances, mode, rues, paris




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