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30/04/2011

"Xanadu", empire du "X"

12_25_51_513809168_021114080.jpgArte frappe fort avec cette saga familiale dézinguée et addictive, sur fond d’industrie du X. Où le sexe, sans affect, n’est jamais une fin en soi. Episodes 1 et 2/8, ce samedi à 22h35.

Caroline Gourdin, correspondante à Paris


ATTENTION, SÉRIE CUL (TE). Passé le premier épisode de Xanadu , où le mélange de sexe, de violence et de fantasme morbide peut déstabiliser, cette série atypique s’oriente vers une saga familiale addictive ayant pour toile de fond le milieu de la pornographie. Sous la direction artistique du réalisateur canadien Podz (qui signe les trois premiers épisodes et impose son style), réalisme cru et onirisme se côtoient jusqu’à se fondre dans une forme envoûtante, sorte de rêve éveillé porté par la bande-son lancinante de Get Well Soon (Konstantin Gropper), auteur-compositeur allemand. Une seule règle pour apprécier l’univers à part de “Xanadu”, scénarisé par Séverine Bosschem : se laisser engloutir par les sensations, et la charge émotionnelle véhiculée par chacun des personnages, tous marqués au fer rouge par le milieu dans lequel ils évoluent. Autant de figures puissantes dont l’attractivité est directement proportionnelle à la profondeur de leurs fêlures.

Déclinée en 8 épisodes de 52 minutes, cette série sombre, mêlant érotisme froid, humour noir et poésie, met en scène une famille perturbée, à la tête d’un empire du X vacillant, bâti trente-cinq ans plus tôt autour d’une égérie : Elise Jess (Gaïa Amaral). Première femme du patriarche Alex Valadine (Jean-Baptiste Malartre), et mère de ses trois enfants, cette pornostar des années 1980 a tragiquement disparu en 1992. Son ombre continue de planer sur Xanadu, en décalage croissant avec les nouveaux codes du porno. Alors qu’Alex Valadine renâcle à passer la main, prisonnier des fantasmes de son passé, un événement brutal vient bouleverser la donne. Laurent (Julien Boisselier), le fils aîné censé reprendre les rênes, tombe dans le coma, victime des balles d’un porn fan désaxé. C’est sa sœur Sarah (Nathalie Blanc), de retour du Canada après avoir été bannie de la famille douze ans plus tôt, qui va prendre la direction de Xanadu. Pourra-t-elle compter sur le soutien de son cadet, Lapo (Swann Arlaud), artiste underground et réalisateur de génie ?

Autour de ce clan, gravitent des électrons pas vraiment libres : la seconde épouse d’Alex et ex-hardeuse Varvara (Nora Arnezeder), Vanessa Body, une superstar du X prête à tout pour devenir la future égérie de Xanadu (Vanessa Demouy), Lou (Mathilde Bisson), une fleur de caniveau au charme violent dénichée par Sarah, Marine (Solène Rigot), la fille de Sarah, ado perturbée, Anne (Judith Henry), la femme castratrice de Laurent, Bobby Mac (Jean-Louis Foulquier), globe-trotter du X, ou encore Brendon Hard On (Phil Hollyday), un hardeur qui vit une descente aux enfers…

Portant un regard libéré et sans aucun jugement sur le porno, “Xanadu” n’est pas une série pornographique. Les scènes de sexe, crues et sans affect, viennent souligner le propos, faire avancer la narration, sans jamais être une fin en soi. “Le critère recherché n’est pas l’excitabilité, comme dans le porno”, assure la productrice Caroline Benjo. Des précautions ont été prises et l’on ne verra un sexe en érection que flouté… Ce n’est pas non plus un documentaire sur le X, même si les problématiques des hardeurs et hardeuses sont évoquées : cadences infernales, impossible reconversion, maternité angoissée… Bienvenue dans un monde cruel et sans retour, dont la violence ne serait que le miroir grossissant du monde qui nous entoure. Un univers clos, mi-réel, mi-fantasmé, hanté par des cadavres et des âmes perdues, où la tendresse ne surgit qu’en de rares fulgurances. Jouissives.

Une saison 2 est déjà à l’écriture.


Podz, créateur hors-normes

Avec un budget global de 6 millions d’euros et 9 jours de tournage par épisode, la qualité formelle de “Xanadu” surprend. Aux manettes des épisodes 1 à 3 et directeur artistique de la série (tel un showrunner à l’américaine), le réalisateur québécois Daniel Grou, alias Podz, impose sa patte jusqu’au montage.
Il sculpte ses plans de manière instinctive, au gré de ses inspirations. Par exemple, il use et abuse du flou, mais ce n’est jamais gratuit.“En entrant dans les scènes, en faisant le point, on révèle les personnages d’une nouvelle manière. On les enferme en quelque sorte”, justifie-t-il. Repéré en France au festival Scénaristes en séries d’Aix-les-Bains, où il était venu présenter “Minuit, le soir” (diffusée sur France 2, en 2009), réalisateur pour Showtime, ITV ou Radio-Canada (où sa nouvelle série “19-2” cartonne), ce fan de Gus Van Sant défend une esthétique particulière. “Il tourne beaucoup en contre-plongée, avec beaucoup de fluidité. Il aime les gros plans extrêmes. Il use aussi des inserts autour d’événements passés ou fantasmés. Sa mise en scène sert toujours le texte. Il donne un sens au cadre”, précise Jean-Philippe Amar, réalisateur des épisodes 4 à 8.


Ph.: Arte

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