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14/05/2011

La ville sculpte la mode

12_29_32_522629702_Page_4.jpgUne expo à la Galerie des Galeries, à Paris, met en scène la “Parisienne”, à la fois femme incarnée et personnage issu de l’imaginaire; elle est érigée en mythe culturel et artistique. Une occasion, également, de proposer une comparaison raisonnée avec la Bruxelloise, pas moins mythique que sa voisine.

Visite guidée: Aurore Vaucelle, à Paris


L’IDÉE SIED particulièrement bien à l’endroit : la Galerie des Galeries (Lafayette) offre de pénétrer, en catimini, dans l’appartement d’une Parisienne. Un biais pour entrer dans son intimité, une occasion d’étudier la substantifique moelle d’une coquette par essence, la Parisienne fantasmée. Dans le bel espace de la galerie, l’appartement type de la Parisienne a été imaginé, sous l’œil affûté de Sofia Achaval, styliste, et Thibault de Montaigu, écrivain.

Appartement type ? Pas tout à fait, un appartement parisien n’est jamais aussi spacieux, ou alors ça se saurait. La jolie Parisienne a quitté les lieux quelques minutes avant notre arrivée. Dans la chambre, le rideau n’a pas été ouvert, le lit est défait, aurait-elle oublié de se réveiller ? En tout cas, elle a hésité lorsqu’elle a dû choisir sa toilette. La preuve, les bas et dessous de robe dépassent des tiroirs, comme éventrés. Sur les pans du mur qui nous accueille, une révélation sur cette femme que l’on a peut-être croisée dans l’escalier : elle a capturé et dompté sa féminité. N’est-ce pas ce que l’œuvre d’Annette Messager – ce filet disant “Désir” – signifie, se demande le visiteur au débotté.

Au cours de la visite, on se fait la remarque que l’équipe de la Galerie des Galeries a de nouveau réussi le pari de mélanger art et mode, sans que le rapprochement ne donne lieu à des compromissions. Habilement choisies, les photographies d’Annelies Strba sont une évocation de l’intimité à travers le cliché de famille. Dans l’appartement, les signatures artistiques d’une Bettina Rheims, illustre photographe, ou d’une Catherine Millet, grande spécialiste de l’art contemporain et directrice d’“Art Press”, disent que la Parisienne est sensible à l’art et la culture – chose des plus réalistes quand on observe les Parisiennes et les Parisiens courir les expositions de la capitale du soir au matin. Continuant à fureter dans l’intérieur de cette femme, on se prend à vouloir essayer son rouge à lèvres, dont elle a laissé une trace sur la tasse à café, ou se parfumer avec le Chanel n°5, nonchalamment posé sur la coiffeuse de la salle de bain. Et puis, on se balade dans son dressing – incontestablement bien fourni, trop peut-être –, c’est une autre entorse à la réalité – mais comment pourrait-il en être autrement, on est au cœur des Galeries Lafayette. Dans un coin du salon, la Parisienne a laissé ouvert “Le Monde” à la page du jour, prouvant qu’elle vit pourtant bien dans cette réalité. Sur le pas de sa porte, son vélo, un panier et des petits mots déposés dans le couloir pour prévenir les voisins qu’elle organise (encore) ce soir une petite fête. C’est Valérie Mréjen, plasticienne, qui a imaginé, à travers des petits mots et post-it posés dans les divers lieux de vie, cette pipelette qui raconte sa vie à ses voisins et son petit ami. On rit à ce message posé sur le frigo qui dit : “J’ai terminé les macarons, ils me faisaient de l’œil, de toute façon tu ne les aurais pas mangés.” On se rassure la Parisienne est une fille tout ce qu’il y a de plus normal, elle est en retard, mais elle est charmante, elle a une cuisine équipée mais ne mange pas forcément équilibré. Pas si éloignée finalement de la Bruxelloise, et des autres filles en capitale.

“La Parisienne, Roman”, jusqu’au 4 juin, à la Galerie des Galeries, Paris IXe. Entrée libre. Infos sur galeriedesgaleries.com
A Paris avec Thalys, en 1h25. Infos et réservations sur
www.thalys.com


Ph.: Tibaut Voisin

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