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21/05/2011

Sibérie, terre de découvertes

15_42_29_847496126_6Chuzir2.jpgC’est de Sibérie que sont partis les Indiens, les Inuits, les Incas, mais elle est aussi le berceau des Scythes. La Sibérie est bien davantage que la beauté de ses paysages.

Pascale Piérard


LE SOLEIL MÊLE LA BLANCHEUR des montagnes calcaires au bleu profond du lac Baïkal. Une langue de roches se détache de l’île Olkhon, quelques pins tourmentés par le vent côtoient la plage de sable sur laquelle se languissent quelques touristes tandis que d’autres, plus audacieux, partent à l’assaut des falaises, à moins qu’ils ne se lancent à la découverte de l’île, habilement conduits par des Bouriates sur des pistes cahoteuses. Stagnant en Sibérie centrale, le Baïkal est le plus grand réservoir d’eau douce du monde. D’une largeur maximale de 70 kilomètres et d’une profondeur de 1 600 mètres, il s’étend sur quelque 670 kilomètres, ponctués de charmants villages typiques, comme Chuzir ou Listvianka, sans oublier Irkoutsk, la plus grande ville de la région. La taille du lac et la diversité des attractions, de l’île aux phoques à l’ancien village cosaque ou au musée du Baïkal, préservent ses nombreux hôtes, russes et étrangers, des fléaux du tourisme.

La Sibérie centrale est marquée par un climat extrêmement continental : en hiver, les températures flirtent avec les – 50°, mais le court été est sec et agréablement chaud, du moins en journée. Le “pôle du froid”, la Iakoutie, où le mercure a déjà atteint – 70°, se trouve à environ 2000 kilomètres d’Irkoutsk. Au sud, très proche mais bien moins prospère, la Mongolie. Initialement peuplée de nomades de différentes ethnies, la Sibérie centrale, conquise par Gengis Khan puis par les Cosaques, est devenue le creuset de trois cultures qui cohabitent pacifiquement : la religion orthodoxe, le bouddhisme et le chamanisme. Les églises aux clochers en bulbes richement décorées côtoient les temples bouddhistes et les lamaseries, des étoles communes aux bouddhistes et aux chamanistes sont accrochées à des rochers, à des arbres et à des temples tandis que la largeur des routes et d’imposants monuments gris rappellent l’ère soviétique. Les Russes vouent un profond respect aux autres cultes : ainsi, nul ne tournera le dos au Bouddha dans un temple.

A 1 000 kilomètres d’Irkoutsk, le Transsibérien nous dépose à Krasnoïarsk, une métropole de 900 000 âmes, sur les rives du fleuve Ienisseï, que nous allons longer, en minibus, pour atteindre “le bout du monde”, la petite ville de Kysil, qui est aussi le centre géographique de l’Asie. La route y prend fin et, jadis, les Russes pensaient être arrivés au bout du monde. Les hôtels ont fait place aux camps de yourtes, en feutre ou en bois, et aux camps d’izbas, des huttes en bois. Etonnamment confortables, ces camps offrent une nourriture aussi délicieuse que les charmants restaurants typiques des villes et du bord des routes, mais la gentillesse infinie de nos hôtes et des touristes russes qui y passent leurs vacances nous imprègne encore davantage.

La steppe s’étend à perte de vue, ses hautes herbes ondulant au vent, comme les collines sablonneuses. C’est la terre des Mongols et c’est l’aventure, une découverte de tous les instants, des monuments aux temples, aux nombreuses promenades à pied, à cheval ou à… dos de vache. Au bout du monde, les Russes mongols ont retrouvé le choix entre le nomadisme et une existence sédentaire et, avec l’appui du gouvernement qui souhaite perpétuer ces coutumes menacées de disparition par le communisme, ils réveillent leurs traditions, sous forme de séances de chamanisme, de concerts et de danses et aussi de leur cuisine typique.

Ici et là, au bord des routes, des cercles de pierre attirent l’attention : ce sont les sépultures des terribles Scythes, tout d’or caparaçonnées. Cette région fut leur berceau et on peut admirer leurs armes et joyaux dans le musée de Kysil.

Est-ce là la terre d’exil si redoutée ? Oui. Les goulags ont disparu. Avant les Soviétiques, les tsars y envoyaient des dissidents, décabristes ou premiers bolcheviks, tout simplement pour les éloigner : il fallait alors quarante jours à cheval pour rejoindre Saint-Pétersbourg. Le village de Chouchenskoïe, où Lénine a été assigné à résidence pendant deux ans, s’est mué en musée en plein air et la demeure de Lénine était… très peu prolétaire.


15_35_58_429381320_6schamanenfels4.jpgLe dépaysement de l’Asie aux normes européennes !
N’ayant pas de problème linguistique, nous avons préféré nous joindre à un petit groupe de touristes russes qui nous a accueillis avec une chaleur touchante. Cette immersion complète nous permet de couper les ailes à maints (vilains) canards…
– Accueillants, les Russes sont contents de voir de nouvelles têtes et sont toujours prêts à aider les touristes égarés. L’accueil commence à la douane, où les formalités sont réduites au minimum, de même que la paperasserie d’antan, dans l’avion.
– Il n’y a plus de circuit obligé ni d’incessants contrôles : on peut se balader où on veut, sans que rien ne soit dissimulé aux regards étrangers. Une fois le contact noué, les Russes abordent tous les sujets et jouissent d’une réelle liberté d’expression.
– La Sibérie n’est pas délaissée par Moscou ni arriérée. Les villages les plus reculés disposent de l’électricité, les chancres de l’industrie soviétique lourde sont rasés et, si l’exploitation des ressources naturelles reste une manne, des industries de haute technologie s’installent à proximité des villes. Les Sibériens ont un niveau de vie moyen comparable au nôtre (rapport salaire/coût de la vie), ils sont bien habillés et manifestement heureux de leur mode de vie.
– On trouve de tout, les produits sont d’excellente qualité. Les marchés avec leurs piles de fruits, de viande, de poissons constituent d’ailleurs une attraction.


Ph.: P.Piérard

16:30 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, sibérie | |

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