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21/05/2011

Tous unis contre la fiction chère

17_58_55_475836295_P1060411.jpgComme d’autres, “Super flics” prône la coproduction interpays. L’objectif est triple : circulation facilitée des séries, proximité plus grande avec le public et baisse du coût supporté par chaque pays.

Entretiens: Karin Tshidimba, à Ouagadougou (Burkina Faso)


AMINATA DIALLO EST UNE STAR au Burkina Faso, et bien au-delà. Reconnue et acclamée pour son rôle de “Kadi Jolie” dans la série créée par le cinéaste Idrissa Ouedraogo, elle est aujourd’hui réalisatrice et productrice d’un nouveau succès de la maison Jovial Productions : “Super flics”, une série où il est moins question de courses-poursuites et d’arrestations que d’observer les relations entre collègues masculins et féminins et les soucis quotidiens d’un quartier populaire (troubles de voisinage, vols, tromperies, polygamie, corruptions, etc.).

Grâce à CFI et à TV5 Monde, la série burkinabée connaît un grand succès dans toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà. Par le biais du Net et des DVD (pirates), diaspora et public européen se sont mis au rythme de Marc et Malika, duo de flics confrontés aux voleurs et magouilleurs de tous poils évoluant entre quartiers chics et ghettos de Ouagadougou.

Pour sa deuxième saison en cours de production, “Super flics” s’internationalise ou plutôt “s’africanise”. Non pas que les scénarios requièrent une “black touch” supplémentaire, mais l’intrigue s’apprête à quitter les abords de Ouaga pour s’exporter au Niger, au Mali, etc. Techniciens et comédiens y seront recrutés spécialement pour la durée du tournage et certains feront le voyage retour pour des scènes supplémentaires à Ouaga. La Côte d’Ivoire était également sur le plan de prod mais les événements récents risquent d’entraîner un sérieux changement de cap. Les douze premiers épisodes sont déjà en boîte, dans cette saison 2 qui devrait en compter cinquante, au final. Une série qui jouit d’un joli buzz sur le Net. “Notre envie est que le résultat ne soit pas identifié burkinabé afin d’ouvrir aux autres territoires dont nous avons reçu des échos pour la saison 1. Mais le choix des pays coproducteurs s’est fait en raison de la proximité plus que de l’engouement, souligne Aminata Diallo. D’un pays à l’autre, le jeu des comédiens se conçoit de façon assez proche, même si les Ivoiriens ont plus l’habitude de l’improvisation et que le problème des Maliens est de jouer presque exclusivement en langue bambara. En règle générale, c’est le gros problème des comédiens en Afrique, dont on sent très clairement qu’ils éprouvent davantage de confort lorsqu’ils jouent dans leur langue nationale ou régionale plutôt qu’en français.”

J’ai fait annoncer notre venue dans le milieu, au Niger comme au Mali, renchérit Alain Hema, comédien (Marc, de “Super flics”) et directeur de casting. En fonction des essais, on verra quels personnages ils pourront interpréter car seul un petit nombre de techniciens et d’acteurs burkinabés feront le déplacement à Niamey. Il y a toujours un temps de répétition, qui permet de bien préparer la production. Au Burkina Faso, on a longtemps été envahi par les séries brésiliennes; ça nous fait rêver mais ce n’est pas notre quotidien et l’on sent bien que le public recherche des fictions qui lui parlent de lui. Même s’il continue à se laisser fasciner par les productions de Bollywood, dans le même temps. Aujourd’hui il y a plus d’une dizaine de maisons de productions privées qui tournent au Burkina Faso.”

Très en phase avec les soucis de la société burkinabée, “le scénario est écrit au détail près”, assure Aminata Diallo. “Mais il évolue de façon permanente. Et il y a une personne qui est désormais chargée de relire toutes les scènes et d’assurer la cohérence d’ensemble.” Comme on le fait en Europe ou aux Etats-Unis… Elle sourit. Il y a quelques années, Aminata Diallo a d’ailleurs suivi une formation en écriture de scénario durant laquelle elle s’était d’abord essayée aux films pour enfants.

On travaille beaucoup avec Canal France International, qui achète nos productions contrairement à nos chaînes nationales qui ne payent pas. On gagne peu, mais on est connu”, sourit-elle, légèrement amère. La productrice est en effet consciente qu’il fut un temps (toujours d’actualité dans d’autres pays) où les chaînes faisaient même payer la diffusion des séries sur leur canal !

Avant, les fonds de production venaient de l’Union européenne et du Fonds Images Afrique, aujourd’hui, seule l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) nous soutient. De plus en plus, nous essayons d’intéresser des investisseurs locaux mais ce n’est pas facile. Il n’existe qu’une toute petite cagnotte au niveau de l’Etat : 3 ou 5 millions de francs CFA, ce qui représente à peine une semaine de travail. Parfois, on arrive le matin et il faut libérer les techniciens car on n’a plus d’argent en caisse. Le compte de Jovial est permanemment coloré. Pour le moment, tout est écrit jusqu’au 33e épisode, car on ne sait pas si on pourra aller jusqu’au bout des 50. Souvent on frise la mendicité dans ce métier.” D’où l’obligation de se diversifier par l’organisation d’événements ou la location de matériel audiovisuel comme le fait Jovial Productions.

On est dans des pays où tout est prioritaire alors, forcément, la culture… Et le problème, c’est que les sponsors n’ont pas vraiment besoin de nous, s’ils nous donnent 1 ou 2 millions de francs CFA, c’est beaucoup. Il n’y a pas si longtemps, j’ai participé à un colloque en Argentine sur les telenovelas. En voyant notre budget global, ils ont ri parce que ce n’est même pas le coût d’un épisode chez eux ! Quand on discute avec les gens, ils trouvent que nous, au Burkina Faso, on est bien lotis parce que c’est une nation qui a une tradition de cinéma, mais cela reste très difficile de parler de financement. Notre démarche consiste justement à tenter de voir comment au niveau de la politique, on peut obtenir davantage de soutien. On pourrait être prêts pour fin 2011.” La flambée de violence qui s’est produite au Burkina Faso, début mars, a sûrement rendu ces questions encore plus obsolètes aux yeux du pouvoir. Nul doute que cette saison 2 connaîtra “un peu” de retard…

En attendant, la saison 1 reste accessible sur www.tv5monde.com/afrique


Ph.: Jovial Productions

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