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04/06/2011

L'expérience qui intrigue

11_49_05_686837365_Reporters_5000006109r.jpgUn samedi d’avril, quelque part en périphérie liégeoise. Pendant que d’autres s’apprêtent à parcourir les allées de leur supermarché en quête des meilleures promotions, je me déconnecte de la société de consommation pour participer, le temps d’un week-end, à un stage d’initiation au chamanisme… à la découverte de mon animal totem.

Expérience: Liliane Fanello


J’ATTENDS CE JOUR AVEC IMPATIENCE depuis plusieurs semaines. Impatience, et aussi un peu d’appréhension… Que va-t-il se passer ? A quoi ressemble un voyage chamanique ? Allons-nous devoir danser, crier, chanter ? Mon cerveau vogue au fil des clichés. Encore une autre question sans réponse : comment vais-je en parler, après, aux autres ? J’ai bien vu dans leurs yeux ronds, comme des tambours chamaniques, que ce ne sera pas facile. Quelque part entre le “attention où tu mets les pieds !” et le “encore une de tes idées loufoques !”. Je n’oublie pas que le chamanisme, bien que suscitant un intérêt croissant, tant de la part du grand public que des scientifiques, reste une pratique controversée.

Mais c’est pour écrire un article…” Ma casquette de journaliste justifie un peu facilement une envie réelle de découvrir une des plus vieilles pratiques spirituelles de l’humanité. “Une tradition pratiquée par tous les peuples naturels depuis des millénaires, et qui existait bien avant toutes les institutions religieuses et politiques”, affirme le… Dois-je dire l’animateur ? Le chaman ? Gilles Wurtz insiste : “Dans la pratique chamanique, personne n’a le droit de s’autoproclamer chaman ou guérisseur, car c’est contraire au premier précepte du chamanisme, à savoir rester simple et humble. Le chamanisme n’est pas une religion et le chaman n’est ni prêtre, ni sorcier, ni gourou.” Alors, praticien chamanique, ce sera parfait.

Gilles Wurtz affirme qu’une des raisons pour lesquelles le chamanisme a traversé les âges est que, dans cette tradition, il n’existe aucune hiérarchie. Et puis, pour un nombre croissant de gens, celle-ci semble répondre à la quête très actuelle d’une vie accordant plus de place à la spiritualité et au respect de la nature, fondements du chamanisme. “Celui-ci repose sur l’unité de toutes choses; la prise de conscience que, dans l’univers, tout est relié. C’est dans cette réalité que les traditions chamaniques de par le monde ont établi des contacts puissants avec les esprits de la nature, plantes, arbres, animaux, pierres, formes géologiques, sites, galaxies, éléments et autres manifestations naturelles.”

Gilles Wurtz met les points sur le “i” chamanique. Il pratique les traditions d’Europe occidentale, d’origine celtique. Pour effectuer les voyages chamaniques, il se sert uniquement du son des tambours. “Et aucune substance psychoactive, tout comme c’est d’ailleurs le cas d’au moins 80 % des pratiques chamaniques sur la planète.” Visiblement, ceux qui réduisent le chamanisme à la prise d’Ayahuasca, ce breuvage aux effets psychotropes utilisé principalement par les tribus indiennes d’Amazonie lors des rites chamaniques, l’agacent un peu… “Le problème est qu’aujourd’hui, le chamanisme a beaucoup de mal à être crédible, car il y a pas mal de pseudo-guérisseurs qui font n’importe quoi. Et ce sont très souvent les cas qui partent à la dérive que l’on voit dans les médias.”

Toutes ces précautions introductives me mettent en confiance. Une confiance basée, j’en conviens, sur une bonne part d’intuition. Mais après tout, l’intuition sera le vecteur de la plupart des expériences chamaniques qui vont rythmer ce week-end, où le mental et la raison sont priés de ne pas chercher à prendre constamment le dessus.

La salle de stage est pleine. Vingt-neuf participants assis en cercle, prêts à partir à la rencontre des esprits : c’est l’axe fondamental de la pratique chamanique. “Des personnes de tous horizons”, m’a expliqué Martine Struzik, coach-thérapeute en psycho-énergie et organisatrice de ce stage à Liège. “Des gens qui travaillent, des professions libérales, des chômeurs, des chefs d’entreprise…” Et aussi quatre enfants.

Bienvenue dans un monde où le langage rationnel n’est plus de mise ! “Dans le voyage chamanique, chacun va à la rencontre de ses esprits, il communique et interagit avec eux. Il y a une multitude d’esprits : ceux de la nature (des directions, des éléments), les ancêtres, les animaux de pouvoir, les maîtres et guides spirituels.” Dans ses stages, Gilles Wurtz côtoie de plus en plus de médecins, psychologues et psychiatres. “Certains praticiens se servent des outils du chamanisme dans leur cabinet, sans utiliser le mot “chamanisme”…  Au Québec, et dans certains hôpitaux américains, cette pratique spirituelle est même ouvertement tolérée”, affirme-t-il.

S’il devait résumer le chamanisme simplement, Gilles Wurtz retiendrait trois idées. Primo, apprendre à vivre en harmonie avec les êtres vivants qui nous entourent, à savoir les quatre règnes du vivant évoquées par le chamanisme : mondes humain, animal, végétal et minéral. Ensuite, apprendre à vivre en harmonie dans le lieu où l’on est, où que l’on soit. Enfin, apprendre à mieux se connaître soi-même, pour se respecter sans agir sous l’emprise des autres.

Rapidement, nous sommes plongés dans le bain des rites chamaniques. Enracinement, appel aux esprits, voyages chamaniques dans le monde d’en bas, puis dans le monde d’en haut, rite de guérison, rite divinatoire… Par son battement régulier, le tambour chamanique nous emmène naturellement dans un état méditatif. “Il est le passeur qui guide vers le monde non ordinaire, le métronome qui rythme le voyage chamanique.”

Notre tout premier voyage se fait vers le monde d’en bas. Nous sommes invités à aller à la découverte de nos animaux de pouvoir, ou animaux totem, à savoir “nos guides les plus proches sur notre chemin de vie sur terre”. “La pratique du voyage chamanique demande discipline, concentration et résolution. Entamer et poursuivre un voyage chamanique est essentiellement une question d’attention, d’intention, de confiance et de lâcher prise.” Pour les cérébraux que nous sommes, cette première expérience n’est pas forcément évidente.

Au retour de ce voyage “hors espace/temps”, les uns racontent leur rencontre avec serpents, araignées, méduses, écureuils, ours, pandas, tigres, chouettes, vers de terre… D’autres disent n’avoir rien perçu. D’autres encore se sont sentis bloqués par des “chuchotements”. Mais presque tous se posent la même question : comment distinguer le vrai du faux ? N’est-ce pas notre cerveau qui a fabriqué toutes ces images ? L’hémisphère de la raison proteste. Gilles Wurtz rassure. “Pour grandir spirituellement, il faut se remettre en question tout le temps. Le doute est très important.” Puis, il suggère de se poser la question suivante : “Est-ce qu’avant de rencontrer un animal totem, j’ai pensé à cet animal et aux choses qui se sont passées ? Si c’est oui, alors, c’est effectivement bien la tête qui les a fabriqués.” Non, je n’avais pas pensé sentir la neige tomber, puis parler à un ours polaire…


Quelques infos

Le chamanisme prend sa source dans les sociétés traditionnelles sibériennes. Cette pratique ancestrale s’est ensuite répandue à travers le monde. On observe des pratiques analogues en Extrême-Orient, en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique, en Australie, et même en Europe occidentale, dans les cultures celtiques.

Les scientifiques ont démontré les effets de la synchronisation des ondes cérébrales. Certains signaux lumineux ou sons, comme le battement régulier d’un tambour, permettent de synchroniser les ondes de l’hémisphère droit du cerveau (siège de la créativité et de l’intuition) avec celles de l’hémisphère gauche (siège de la logique et du rationnel). Parmi les effets, on parle d’une amélioration du sommeil ou des fonctions immunitaires, une diminution du stress, ou encore une amélioration de la créativité…


Ph.: Reporters/ Philippe Moes

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