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04/06/2011

Le cerveau de Dexter

15_32_58_268994916_Reporters_dexterfb70207_07.jpgClyde Phillips a tout imaginé, tout orchestré de la saison 1 à la saison 4. Rendre aimable un psychopathe était son défi. RTL-TVI, mercredi, 22h.

A la prise de notes: Karin Tshidimba à Deauville


DURANT QUATRE SAISONS, Clyde Phillips a veillé sur Dexter comme un père, assumant tous les choix artistiques qui concernaient la série : des décors aux musiques, en passant par les chemises à fleurs et les nouvelles victimes du serial killer. Depuis le début de la 5e saison, il a passé les rênes à d’autres, non sans faire un bilan des quatre années passées à l’ombre du tueur en série. Livrant une leçon scénaristique, il revient sur les choix qui ont présidé aux saisons 3 et 4, les dernières qu’il ait dirigées. RTL-TVI en propose les douze premiers opus à partir de ce mercredi.

Le showrunner est responsable de tous les choix artistiques. Ils voulaient quelqu’un pour le faire et quand j’ai vu le pilote, j’ai été passionné. J’ai accepté le job que je trouvais très excitant... Personne ne pouvait mieux incarner ce serial killer que Michael C. Hall. Il est fantastique et est parvenu à porter son personnage à un point d’insalubrité mentale incroyable à la fin de la saison 1.”

Le premier livre (“Darkly Dreaming Dexter”), de Jeff Lindsay, parle des relations de Dexter avec sa sœur et c’est là qu’apparaît la notion d’“Ice truck killer” (le tueur à la camionnette de glacier), utilisée dans la saison 1. “Nous avons beaucoup exploré ses cauchemars. On le voit perturbé par l’enquête et par ses pulsions, hanté par le souvenir de sa mère assassinée, aussi. Ce sont les éléments que nous avons repris du roman initial, tout ce qui permettait l’installation des personnages sans oublier le code établi par son père : “L’éthique du tueur”. Tout ce qui va au-delà vient de nous. Le livre fait une centaine de pages, nous l’avons beaucoup développé, mais nous n’avons pas repris les suivants. Grâce à la série, l’aura de Jeff Lindsay, auteur à succès, est encore plus grande aujourd’hui.”

Faire de Dexter une “sorte de justicier était le moyen de faire passer la pilule de tous ces meurtres. En revoyant l’épisode 2 (le premier qu’il a dirigé donc), je me rends compte de tout le chemin parcouru. Aujourd’hui, Dexter est un personnage beaucoup plus évolué. A l’époque, son potentiel restait en grande partie inexploité. L’épisode décrit son mode de fonctionnement et démarre alors qu’il est dans l’eau jusqu’aux yeux (comme le font les crocodiles), c’est une métaphore du fait qu’il a besoin de s’immerger dans la vie, de découvrir d’autres émotions. Aujourd’hui encore, il n’est pas totalement abouti, il a encore beaucoup de potentiel. Dans la première saison, il ne manifestait presque aucune émotion. On le constate, car la voix off est très différente de celle des autres saisons. Dexter n’a personne à qui parler. Il s’adresse à nous par le biais de la voix off, c’est cela qui le rend sympathique, qui provoque l’envie de l’aider et de l’écouter”.

Dexter parle souvent de son “passager sombre” qu’il sent à l’intérieur de lui. Il dit : “Je l’entends taper dans ma poitrine comme un mineur de fond qui veut sortir.” “Oui, parce qu’il ne peut s’empêcher de tuer. Dexter est un psychopathe, il incarne nos désirs les plus noirs. Parfois, on aurait envie de tuer quelqu’un, mais on ne passe pas à l’acte. Plus il évolue, plus ce qu’il fait devient compréhensible pour le public. C’est un antihéros qui a quelques points communs avec les héros classiques : ses parents sont morts, il est fort, alors qu’il paraît faible, et Rita, sa petite amie, le compare à Clark Kent, car il disparaît la nuit.”

Au cours de la saison 2, on découvre que Dexter est toujours hanté par le fait que son frère Brian n’a pas été sauvé et par le bain de sang dans lequel il baignait après l’assassinat de sa famille. “Il est aussi hanté par la question de la destinée. A la fin de la deuxième saison, on réalise qu’il parvient peu à peu à se détacher du souvenir de son frère. L’eau qui représente le subconscient est un thème omniprésent dans la série. On s’en est rendu compte après, en regardant tous les épisodes et en les analysant.”

Comme le père, personnage fantôme qui le suit tout au long de la série. “C’est vrai qu’à un moment, on s’est posé beaucoup de questions sur le rôle de son père. Certains auraient pu parler d’abus de sa part puisqu’Harry n’essaie pas de soigner les pulsions de son fils, il décide seulement de les canaliser en fonction des notions du Bien et du Mal. C’est ainsi qu’Harry devient son guide spirituel. C’est sa façon d’aider son fils à survivre, sa façon de le sauver. Comme l’image d’Hamlet guidant son fils vers le Bien. C’est ce thème qui fait la singularité et la force de la série, parce que dans la vraie vie, cela ne se passe pas comme cela. Dexter serait suivi par un tas de psys.”

La troisième saison est celle où, après avoir installé le personnage, on le secoue sur ses bases. “Il rencontre Miguel Prado (l’acteur Jimmy Smits) qui devient comme une figure fraternelle pour lui. Il est très perturbé à ce moment-là, car rien n’a fonctionné comme il aurait fallu. Il a bafoué ses propres règles : ni spontanéité, ni émotion, ni erreur. Nous avons voulu repousser ces règles et voir ce que cela donnait. C’est une piste que nous explorons plus encore dans la saison 4. C’est même Showtime qui nous y a poussés afin de voir comment le public réagirait. Dexter découvre qu’il a des émotions. Voir comment il interagit avec elles, c’est ce qui rend le personnage toujours plus intéressant à explorer.” La piste est tracée.


Ph.: REPORTERS / Capital

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