Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

04/06/2011

Les mille et une vies d'Istanbul

10_42_41_681987227_IMG_2250.jpgLovée au creux d’un repli du détroit du Bosphore, Istanbul se partage entre deux rives. De l’une, prospère l’héritage des âges, de l’autre, s’émancipe un souffle de modernité. La dichotomie serait-elle devenue la seconde nature de cette cité à l’Histoire éternelle ?

Découverte: Fanny Leroy


CARREFOUR HISTORIQUE ENTRE l’Orient et l’Occident, Istanbul a certainement gagné en sagesse ce qu’elle a quelque peu perdu en prestige. Celle qui eut la grâce de porter les noms de Byzance et de Constantinople appelle, aujourd’hui, les voyageurs prêts à s’émerveiller. Dans le quartier historique de Sultanahmet, les merveilles se font face. A commencer par les deux plus célèbres et plus grandes mosquées de la ville : Sainte-Sophie et la mosquée bleue.

La première surpasse la seconde en âge. Si les murs de cet édifice – construit à la demande de l’empereur byzantin Justinien Ier et inauguré en 537 – pouvaient parler, ils raconteraient l’épopée passionnante des empires successifs qui ont pris possession de l’actuelle Istanbul. Tour à tour grecque, romaine, byzantine, ottomane, la métropole turque fut le théâtre de nombreux conflits. Cinq années, dix mois et dix jours furent nécessaires pour élever dans le ciel son audacieuse coupole de 32 mètres de diamètre, qui culmine à 56 mètres du sol. Sainte-Sophie – AyaSofya en turc signifiant sainte sagesse – fut donc une église avant de se convertir en mosquée, suite à la prise de Constantinople en 1453. Les stigmates de cette appartenance première sautent d’ailleurs encore aux yeux. Outre les quatre minarets ajoutés sous le règne de différents sultans, de larges panneaux circulaires décorent les arêtes des diverses nefs intérieures, et la chaire s’est transformée en minbar. Les plus attentifs peuvent scruter les bas-reliefs qui contournent les balcons, et distinguer encore la fin d’une croix chrétienne… la pointe ayant été consciencieusement grattée depuis des siècles.

Transformée en musée depuis 1934, Sainte-Sophie se visite aisément, à l’inverse de la mosquée bleue, sa voisine, d’un millénaire sa cadette. Encore en activité, les visiteurs n’y ont accès qu’en dehors des heures de prière. Derrière les barrières qui délimitent le passage, les mosaïques peintes de bleu, vert et rouge laissent ébahis les curieux. De la coupole descend un immense lustre qui se reflète dans les 260 fenêtres du sanctuaire. Reconnaissable à ses six minarets, elle se détache, lumineuse, de l’horizon dès le soir venu.

Les couleurs de l’endroit ravissent, tout comme celles du palais de Tokapi, ce centre névralgique des divers sultans ottomans. Sur une superficie qui dépasse l’entendement, ce palais fut initialement le centre administratif de l’empire. Du XVe au XIXe siècle, les propriétaires successifs ajoutent des dépendances à l’ensemble donnant tantôt sur la mer de Marmara, tantôt sur le Bosphore. Les charges étatiques côtoient ainsi les plaisirs charnels, suite à l’insertion du harem. Les visiteurs peuvent aujourd’hui pénétrer dans cet antre du plaisir, jadis accessible aux seuls sultans, courtisanes et eunuques scrupuleusement choisis. Loin de correspondre entièrement au fantasme occidental, le harem était aussi le théâtre de jalousies, de trahisons et de tristes destinées. Les atours et miniatures des sultans et favorites sont aujourd’hui exposés dans quelques-unes des innombrables salles de ce luxueux labyrinthe.

10_42_47_956418915_IMG_2761.jpgMais d’autres dédales émaillent Istanbul. Ceux des bazars, par exemple, sont inondés des ressources et productions artisanales du pays. Si le marchandage est de mise, les Turcs sont quelque peu difficiles en affaire. Une prospection est donc préférable avant tout achat, du bijou en or, en passant par les tapis, les écharpes ou les poteries. Au bazar dit égyptien, se regroupent les denrées culinaires. A la manière d’un marché couvert, on y trouve loukoums, noix, épices ou encore le traditionnel thé à la pomme que les Turcs offrent généreusement par pure sympathie ou pour faciliter la conclusion d’une affaire. On le déguste notamment à la sortie des bains, ces lieux dédiés au bien-être du corps. Après un long hamam – s’écrivant avec un seul “m” -, les visiteurs se plaisent à s’allonger sous une coupole maculée de trous lumineux. Certains s’abandonnent aux massages qui confirment la réputation des bains turcs.

La ville ne se résume cependant pas à ces pratiques ancestrales. Il suffit d’ailleurs de traverser la corne d’or pour s’en rendre compte. De l’autre côté de la rive, palpite l’Istanbul moderne, celle des bars, des commerces branchés et des discothèques. Traversée par un tramway débonnaire, la rue piétonne Istiklâl Caddesi délimite le shopping stambouliote. Ici, il n’est plus question de pénétrer dans des équivalents de bazars, les boutiques sont chics et modernes. Si bien que le cri du muezzin semble aussi lointain. Les voiles laissent d’ailleurs place aux minijupes. De ce côté de la rive, grouillent les activités culturelles contemporaines dont jouit Istanbul. Reconnue pour ses passages et ses coins réservés aux antiquaires, l’Istanbul moderne regorge de lieux – peut-être moins prestigieux –, mais tout aussi riches que ceux de l’autre rive. La nuit tombée, les jeunes envahissent les bars où ils entonnent les chants traditionnels, signes de leur fière appartenance à cette ville chargée d’Histoire.


10_42_39_598058127_Cappa2-1.jpgLa terre des cheminées de fées

Il n’est pas étonnant d’apprendre que l’un des épisodes de la célèbre série cinématographique “Star Wars” s’est filmé en Cappadoce. A 730 kilomètres d’Istanbul, des paysages mi-lunaires, mi-martiens s’étendent à perte de vue. De l’horizon, se détachent des cheminées de fées, ces amas de pierre volcanique friable. Erodés au fil des ans, ces blocs ont pris la forme de champignons ou de pigeonniers et entourent des cités troglodytes épatantes. Creusées dans la roche, se cachent des merveilles comme la ville souterraine Derinkuyu, construite sous l’empire hittite. Enneigée en hiver, à la flore foisonnante en été, la Cappadoce envoûte, quoi qu’il arrive.


Ph. F.Leroy

13:15 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, istanbul | |

Les commentaires sont fermés.