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04/06/2011

Quand l'énergie négative devient positive

11_59_10_566920523_1D4_6656.jpgDavid Sonnenbluck est un danseur, chorégraphe bruxellois. Il a, notamment, réalisé la chorégraphie du spectacle “Casanova” avec le Ballet national du Théâtre Vanemuine en Estonie. En 1991, il a créé sa propre compagnie de ballet, le Brussels Ballet.


DAVID SONNENBLUCK EN 5 DATES

20 mars 1965 : naissance à Watermael-Boitsfort de père et mère sourds et muets.

1er septembre 1981 : entrée dans la compagnie de Maurice Béjart, la concrétisation d’un rêve.

5 janvier 1991 : je crée ma propre compagnie de ballet établie à Bruxelles.

1er juin 2006 : mort de mon labrador Ava quelques heures avant l’un de mes spectacles.

12 mars 2011 : jour de la première représentation du ballet “Casanova” en Estonie.

 

UN EVENEMENT DE MA VIE

Le fait d'être enfant de parents sourds et muets ne m’a pas empêché de vivre cette période avec insouciance. Dès cinq ans, j’ai pourtant été responsabilisé, car je traduisais ce que mes parents voulaient exprimer. Je peux réellement dire que ma langue maternelle est celle des signes. Au fil de ma vie, j’ai toujours dû défendre mes parents contre la cruauté d’autrui qui les a parfois touchés.
Cette attitude m’a rendu colérique et bagarreur. Une énergie négative que j’ai appris à canaliser grâce à la danse. A 8 ans, mon oncle et ma tante m’ont emmené voir un spectacle de Maurice Béjart. Une invitation qui a éveillé ma vocation. A 12 ans, je me présentais à la Monnaie dans le but d’entrer dans sa troupe du conservatoire de danse de Bruxelles. Je pratiquais alors cette discipline à l’académie. Mes parents s’étaient sacrifiés pour m’acheter un collant et des chaussons.
Je me rappelle très bien le jour de l’audition. Je n’avais pas prévenu mes parents, si bien que j’ai répondu à une dame qui me demandait où ils étaient : “C’est moi qui passe l’audition. Pas mes parents.” J’avais un tempérament trempé à l’époque… alors que je ressemblais au vilain petit canard par rapport aux autres enfants. Mes collants marrons et mes cheveux bouclés me donnaient l’air d’un ange. Qu’à cela ne tienne, je suis entré dans la salle en saluant le jury, alors que les autres candidats restaient timidement à la barre. Rapidement, ils ont remarqué ma grande souplesse… Cette année-là, j’ai été le seul à entrer dans la troupe de Maurice Béjart.

 

UNE PHRASE

“Il faut beaucoup de courage pour mourir, mais il en faut aussi beaucoup pour vivre.”
Ma grand-mère de cœur

 

TROIS LIEUX

Bruxelles
Bruxellois de souche et dans l’âme, cette capitale représente pour moi une ville que j’aime et que je déteste en même temps. Je m’y sens bien, car elle est à taille humaine. Il est aisé d’y éclore et de s’y exprimer. Mais quelquefois, cette petitesse m’étouffe. Je suis heureux de la quitter pour mieux la retrouver par la suite. Quoi qu’il advienne, je lui reste toujours fidèle. J’y ai d’ailleurs implanté ma propre compagnie.

Tallinn
Je me suis rendu en Estonie pour y présenter “Casanova”. Cinq semaines au cours desquelles je ne pensais pas aussi bien m’adapter à ce climat et à cette mentalité. Des températures inférieures de près de 20 degrés, je les avais très mal vécues à Saint-Pétersbourg. J’avais aussi très peur de la réaction du public conservateur estonien, car mon ballet dépoussière ses conventions. Il y est pourtant ovationné.

La Thaïlande
Tous les hivers, je m’exile quelques semaines en Thaïlande. Non pas pour le tourisme sexuel comme les mauvaises langues le pensent, mais pour y retrouver des amis. Depuis cinq ans, je me ressource toujours au même endroit. Adepte de la nourriture du pays, je profite de tous ces avantages, à commencer par le soleil qui me comble d’énergie lors de la période hivernale.

 

TROIS BALLETS

“Alice aux pays des merveilles”
Sans le savoir, j’ai réalisé un équivalent au film de Tim Burton avant que celui-ci ne sorte en 2007. J’avais aussi décidé de mettre en scène Alice, âgée de 35 ans, face aux maux qu’elle vit. Un thème avec lequel il m’a plu de travailler, alors que je n’aime pas le roman de Lewis Carroll. Il s’agit d’une de mes œuvres les plus abouties, car elle allie la musique, la danse, le chant, la comédie et la vidéo.

“Kolbuchowa”
Ce ballet est ma première création faite pour ma propre compagnie en 1990. Il puise sa source dans mon histoire familiale. Kolbuchowa est le village d’où est originaire mon père. Un lieu qui porte les stigmates de la déportation juive vers Auschwitz. Seuls deux membres de ma famille sont revenus des camps, mon oncle et ma grand-tante. Bercé par ces histoires depuis tout petit, je les ai exorcisées via cette œuvre.

“Casanova”
Mon dernier bébé que j’ai réalisé avec le Ballet national du Théâtre Vanemuine en Estonie. “Casanova” est un personnage intéressant à mettre en scène, à la fois hystérique et brillant. De plus, sa folie s’émancipe dans une époque luxuriante. Il me semble aujourd’hui essentiel de réaliser des ballets à partir de thèmes qui font appel aux références du public.

 

TROIS PERSONNALITES

Maurice Béjart
L’un de ses spectacles a éveillé en moi le désir d’être danseur professionnel. J’avais alors 8 ans. Quelques années plus tard, j’ai eu l’honneur d’entrer dans sa troupe. Travailler avec ce génie était un rêve qui devenait réalité. Créateur sublime qu’il était, il a su transformer la danse en art non élitiste. Tout en traitant des problématiques complexes, il a su rendre cette discipline accessible à toutes les couches de la population.

Lydie Brackeleer
Ce bras droit de Béjart a été mon professeur durant de nombreuses années. Une sacrée femme ! Forte, puissante, charismatique et pourtant, elle ressemblait à un moineau sur scène. Avec ses cheveux courts à la Zizi Jeanmaire et sa voix rocailleuse de fumeuse invétérée, elle était une magnifique danseuse. A l’image d’une mère, elle m’a totalement appris le métier. Par la suite, elle a assisté à nombre de mes spectacles.

Clair Thomas et Linda Duclos
Ce sont mes deux muses. L’une anglaise, l’autre française. Deux fabuleuses danseuses avec lesquelles il m’a été permis de travailler. Sans en être conscientes peut-être, elles m’ont permis d’atteindre de nouveaux horizons dans le paysage de ma création. Grâce à elles, j’ai été plus loin dans la recherche du mouvement. Elles m’ont fait l’honneur de participer à mes trois derniers ballets.

 

UNE DATE

Le 11 septembre 2001
Cette violence poussée à son paroxysme m’a extrêmement choqué. L’impensable s’est produit pour que l’on se rende compte que personne n’est en sécurité. Même si la cruauté des phénomènes naturels me touche, je suis davantage ému par la violence de l’acte humain. Depuis tout petit, je côtoie cette agressivité. Aujourd’hui, je l’interprète dans mes créations.


Ph.: Christophe Bortels

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