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11/06/2011

Grand-mère au grand coeur

13_52_21_303249456__LLB9282.jpgLe temps des cheveux blancs, des odeurs de confiture et des baisers mouillés qui caractérisaient les grands-mères de jadis serait-il révolu ? La tendresse qui émane de ces figures maternelles reste bel <br></br>et bien intacte, mais les années ont aussi fait évoluer ces amours de grands-mères. Aujourd’hui actives, indépendantes et toujours coquettes, les mamies du XXIe siècle sont loin de ne se consacrer qu’à leur descendance.

Reportage: Fanny Leroy
Reportage photo: Philippe Fauvel (st. LLB)


MYRIAM KNIPPING EST L’UNE de ces mamies “nouvelle génération”. Silhouette svelte, démarche dynamique et cheveux colorés la dissocient des stéréotypes habituels. A 56 ans, cette Limelettoise est pourtant déjà six fois la représentante d’une troisième génération. Un statut qui ne l’empêche pas de poursuivre son activité professionnelle. Secrétaire à temps partiel aux cliniques Saint-Pierre, elle brave les bousculades des transports en commun et les intempéries d’un climat capricieux pour aller travailler plusieurs jours par semaine à la capitale. Adepte des cours de gymnastique depuis près de vingt et un ans, elle entretient aussi son corps avec soin. “Je ne conçois pas d’arrêter ma profession ou encore mes activités extérieures actuellement. J’éprouve encore le besoin de côtoyer d’autres personnes. Par contre, le pas de la porte de la maison passé, je me consacre entièrement à ma famille”, explique Myriam.

Une tribu qu’elle a d’ailleurs nombreuse avec son mari Yves. Les trois filles du couple ont en effet actuellement donné vie à six petits enfants. Agés de 8 ans à quelques mois, aucun d’entre eux ne raterait pour rien au monde le rendez-vous familial de la semaine : le mercredi après-midi chez mamy et daddy.

Appeler maman “mamy” est apparu comme une évidence. “Grand-mamy” est le surnom de sa maman et nous ne voulions pas de “bobonne” ou autre vieille appellation. Daddy par contre, il s’agissait d’une demande de notre père”, confient Bénédicte et Vanessa, deux de leurs filles. Pour aider l’une d’entre elles en plein divorce, Myriam a commencé à garder périodiquement Laurine, l’aînée des petits-enfants. “Voilà huit années que ce rituel s’est enclenché sans jamais s’arrêter malgré les nombreuses naissances qui se sont succédé. La famille s’agrandit, ce qui rend ce mercredi après-midi de plus en plus chargé mais je me suis toujours arrangée pour m’adapter”, déclare Myriam.

Et ce “jour mamy”, comme ils l’appellent tous dans la famille, débute par la sortie de l’école de Laurine et Aymeric. Agglutinés devant la grille, on compte nombre de grands-parents venus chercher leurs petits-enfants pour un après-midi. Au fil des mercredis, certains se connaissent d’ailleurs et entament un brin de causette ensemble avant que la ruée des enfants ne débute. Très vite, les discussions se portent sur les déguisements des bambins. Car ce mercredi, toute l’école a été prise d’assaut par des écoliers aux costumes de pirates et autres princesses.

Lorsqu’enfin une éducatrice ouvre les grilles, chaque parent est invité à aller chercher son petit dans sa classe. Myriam, elle, connaît par cœur le parcours pour aller chercher Aymeric, âgé de trois ans et demi. Les premiers bisous échangés et le cartable trouvé, le blondinet déboule dans la cour. Une énergie que Myriam tente de canaliser tant que faire se peut jusqu’à ce que Laurine, huit ans, apparaisse à son tour. Et de l’école à la voiture où daddy les attend, les deux enfants racontent, d’un seul souffle, le contenu de leur matinée. Des explications qu’ils réitèrent une fois parvenus à la maison des grands-parents où les y attendent leurs cousins, parents et tante.

Une priorité s’impose pourtant d’emblée : sustenter les appétits qu’ont creusés les activités scolaires. Pour combler ces faims de loups, Myriam est rodée à tel point que la table des enfants et leurs repas sont déjà fins prêts et ne demandent qu’à être réchauffés. Les mains lavées, Laurine, Aymeric, Clément et Valentin prennent possession de leurs places respectives. Au menu : boulettes sauce tomate et pâtes. Un programme qui ne plaît ni à Clément, non-amateur de “sauce rouge”, ni à Aymeric qui lorgne d’un mauvais œil les boulettes. Mais à force de persévérance avec notamment l’ancestrale expression “une petite bouchée pour mamy”, les plats se vident peu à peu. Il faut dire que certains attendent avec impatience le dessert : une friandise en chocolat. “Tu vas manger quand, toi, mamy ?”, demande Clément. “Après, mon cœur”, répond-elle.

A peine le repas avalé, les grands tapent la balle dehors alors que Myriam enchaîne avec le dressage d’une autre table, celle des adultes.

13_51_43_964829975__LLB9381.jpgLe fait que notre maman devienne grand-mère n’a rien changé à notre relation avec elle. Elle se veut toujours aussi disponible et à l’écoute même si sa polyvalence est poussée à son comble”, avouent Bénédicte et Vanessa. Mais durant cet “après-midi mamy”, les moments privilégiés sont rares. Heureusement que Myriam a pris le pli d’accomplir plusieurs actions simultanément. Les bras chargés de Lucie, 11 mois, elle retire le manteau d’Aymeric, fatigué par son football digestif. Un enchaînement rendu d’autant plus délicat que Valentin arrive pleurant à chaudes larmes. Le jet de balle n’a pas épargné son doigt. Un peu d’eau froide, un pansement et quelques gros bisous règlent l’affaire. “Je m’inquiète encore davantage pour mes petits-enfants car je ne suis pas là en permanence pour les voir ou les surveiller. Je ne suis en quelque sorte qu’une spectatrice de leurs vies”, souligne-t-elle.

Le chagrin apaisé, la cadence continue à bon rythme car Myriam mène les petits à la sieste aidée de ses filles. Un moment salutaire d’une heure et demie pour les oreilles des membres de la famille. “Cette journée est un bonheur si l’on s’habitue au bruit”, dit en souriant Myriam.

Mais Laurine et Valentin, eux, ont passé l’âge de la sieste. Si les jeux de société sont l’un de leurs passe-temps favoris, le programme de cet après-midi se déroule à la cuisine. “Nous allons faire un gâteau aux pommes en suivant les instructions d’une recette que mes filles ont reçue à l’école lorsqu’elles étaient en maternelle”, confie Myriam. Première étape de cette recette qui a traversé les années : casser les œufs. Une mise à l’épreuve délicate à laquelle Laurine et Valentin s’essaient chacun à leur tour. Le mixeur aussi passe de main en main afin que les actions soient équitablement réparties entre les deux petits-enfants. Mais si les gestes s’enchaînent, les instructions de mamy restent précieuses. “Il faut toujours lire la recette avant de continuer la préparation”, explique-t-elle. Dès lors, l’atelier cuisine se transforme en exercice de lecture. Un apprentissage à haute voix que Myriam surveille tout en pelant et coupant les pommes. “Je peux les déposer sur la pâte mamy ?”, demande Laurine. La grand-mère débute alors le placement des rondelles de pommes avant de laisser les petites mains encore maladroites suivre son exemple. Une fois le gâteau enfourné, Myriam confie une mission aux deux marmitons. “Soyez attentifs à l’heure, notre préparation doit cuire 25 minutes”, informe mamy. “La grande et la petite aiguille doivent se positionner sur quels chiffres ?”, demande Valentin, titillé par la curiosité et la gourmandise.

13_52_35_791675663__LLB9430.jpgAprès l’exercice culinaire touchant plusieurs compétences, Myriam se met aux devoirs. Récitation, dictée de vocabulaire et autres demandes scolaires défilent sous ses yeux attentifs. Une supervision interrompue par Aymeric descendant à pas de loups de sa sieste. Les bruits assourdis dans l’escalier ont suffi à Clément et Lucie à se réveiller. Si bien que les devoirs se ponctuent des jeux de voitures des petits éveillés. “Regarde mamy, ma voiture a gagné la course”, souffle Aymeric qui imagine un parking entre deux chaises. Et Myriam de porter son attention simultanément aux activités scolaires et ludiques. Une dualité que n’apprécie pas Aymeric qui n’hésite pas à frapper sa grand-mère avec une petite voiture. La remontrance verbale ne se fait pas attendre mais le câlin suit aussitôt. “Il est très rare que je doive me fâcher”, insiste Myriam.

Une attitude pacifiste qu’elle applique par mimétisme. “Je m’identifie énormément à ma maman dans son rôle de grand-mère par rapport à mes filles. Grâce à sa manière d’être très maternelle, il était possible de tout lui demander”, confie Myriam. Encore aujourd’hui, elle maintient une relation forte avec cette exemplaire maman. “Nous nous téléphonons tous les jours”, ajoute Myriam. Sa propre grand-mère par contre, elle en a gardé peu de souvenirs. “Elle me paraissait extrêmement vieille. Pour ma part, je ne me sens pas si âgée mais peut-être mes petits-enfants ont-ils une vision similaire de moi ?”, s’interroge-t-elle.

Mamy, le gâteau !”, s’étonne Laurine. Moins une. Bien que les appétits se sentent émoustillés par l’odeur, la patience est de mise le temps que la préparation refroidisse. Mais la répétition d’une chorégraphie de Laurine dans le salon rappelle que son cours de danse approche. “Mamy, nous n’aurons pas le temps de manger ce goûter”, remarque Valentin qui se prépare, l’air dépité, pour son cours de piscine. Qu’à cela ne tienne, le gâteau est découpé en parts égales et emballées pour que chaque bambin puisse en déguster un morceau en route. En quelques minutes, les tirettes de manteaux se ferment, les lacets de chaussures se serrent et toute la famille s’évapore, non sans de grands au-revoir.

13_51_50_189092564__LLB9373.jpgVers 16 h, le calme revient dans la maison qui porte encore les stigmates des passages enfantins. “Dès leur départ, je range et nettoie la maison”, explique Myriam pour qui le mercredi après-midi de congé est devenu une institution familiale. “J’ai l’impression de réellement prendre le temps de m’occuper de mes petits-enfants. Une impression que je n’ai pas toujours eue pour mes filles car mon mari et moi étions pris dans le tourbillon de la vie. Mais cette fois, nous ne devons pas les éduquer, nous ne profitons que des bons côtés de leur enfance”, souligne-t-elle. Ces moments idylliques, Yves et Myriam les savourent aussi quelques week-ends par an ou encore pendant les vacances.

Que ce soit à la mer ou simplement dans le jardin familial, ces grands-parents prennent soin de combler leurs petits-enfants d’un amour inconditionnel. Chaleureux et disponibles, ils rejoignent ainsi, malgré eux, la majorité des adultes qui jouissent de la présence de leurs petits-enfants criant, riant et jouant dans leurs vies.

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