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25/06/2011

Le pays qui n'existe pas

15_12_58_721828274_DSC_0015.jpgLa République turque de Chypre du Nord souffre économiquement depuis des années, notamment en raison des restrictions au commerce international découlant de sa non-reconnaissance par l’immense majorité des pays. Elle se confectionne un parachute : le tourisme.

Démilitarisé: Gilles Milecan


LE TRAFIC AÉRIEN PEUT SE MONTRER IMAGINATIF. La République turque de Chypre du Nord (RTCN) n’ayant aucune existence officielle, hormis aux yeux de la Turquie, il est ainsi impossible d’accorder une autorisation de décoller pour cette destination. Des esprits retors y verraient sans hésitation un début de reconnaissance officielle.

Qu’à cela ne tienne, une escale à Antalya et le tour est joué. Les autorités turques, elles, ne font en effet aucun mystère de leur soutien à la petite république autoproclamée qui s’étire à 65 kilomètres au sud de l’Anatolie. A une présence militaire estimée à 30 000 hommes, la grande sœur protectrice ajoute une aide financière s’élevant à 860 millions de dollars (635 millions d’euros) pour l’année 2011.

Les liens indéfectibles unissant la RTCN à la Turquie se matérialisent d’ailleurs régulièrement au gré des paysages. Aux innombrables bases militaires qui hérissent les campagnes et les abords des centres urbains se joignent ainsi, dans la plupart des espaces publics, deux mats portant fièrement les couleurs des deux républiques.

Bien que, de l’avis général, la situation se soit singulièrement détendue depuis 2008, la présence militaire se veut encore très visible. Tout cliché pour l’immortaliser est cependant rigoureusement interdit. Hormis peut-être le champ de tir qui voisine le château de Saint-Hilarion. Le plateau rectangulaire accueillait autrefois les tournois de chevaliers francs. Les remparts et les bâtiments principaux de Saint-Hilarion conservent une fière allure et force l’admiration tant leur ancrage dans le piton rocheux laisse peu de marge à un assaut victorieux. Implanté par les Byzantins, le nid d’aigle ne sera d’ailleurs jamais pris. Bâti sur l’un des cinq “doigts” de la chaîne montagneuse Pentadaktylos, il offre une vue qui file jusqu’aux côtes turques, s’attarde sur les larges plages de sable et s’éternise sur la réserve naturelle de la péninsule de Karpas. Sur la route y menant, on trouve, comme à proximité d’autres sites historiques situés en dehors des agglomérations, de vastes aires de pique-nique aménagées où se ravitaillent les familles en excursion.

Lorsque le but de promenade se trouve en plein village, comme c’est le cas pour l’abbaye de Bellapais, ce sont les terrasses de restaurants touristiques qui offrent fort sympathiquement le réconfort. La plupart des exploitants compensant d’ailleurs la – relative – difficulté de parking par un service de taxi forfaitaire de l’hébergement à la table.

Si le nord de l’île concentre plusieurs centres d’intérêt, il serait pourtant dommage de ne pas pousser l’escapade jusqu’à Famagouste. L’imagination envahit en effet à coup sûr celui qui approche du quartier de Varosha. Abandonnée par les Chypriotes grecs lors de l’invasion turque de 1974, cette station balnéaire alors au top de la modernité est, depuis, murée et sous contrôle militaire. Quelques kilomètres plus au nord sur la côte, les vestiges de Salamis ravissent les amateurs de vieilles pierres, colonnes, mosaïques romaines. Le site regroupe un théâtre, des thermes, un gymnase et un amphithéâtre. Sur le parking, de nombreuses plaques minéralogiques prouvent la facilité croissante avec laquelle les touristes du sud se déplacent désormais vers le nord. Ils y passent encore peu souvent la nuit parce que les agences de locations de voitures se montrent, elles aussi, coquettes. Si elles n’interdisent plus à leurs clients de franchir la “ligne verte”, elles leur demandent, s’ils veulent être “couverts”, par une prime d’assurance supplémentaire. Car dans un pays qui n’existe pas, on ne sait jamais ce qui peut arriver…


Divertissement
Répertoriant pas moins de 28 casinos et 61 night-clubs, la République turque de Chypre Nord joue sans complexe la carte du tourisme de divertissement pour adultes. Les casinos se trouvent pour la plupart dans les grands ensembles hôteliers et sont accessibles après présentation d’une carte d’identité certifiant non pas 18, non pas 21, mais bien 25 ans à son titulaire.


Ph.: G. Milecan

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