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02/07/2011

La Nouvelle-Zélande en stop

NZ_2662.jpgL’autostop a ses fidèles et ses détracteurs, oscillant entre frilosité et enthousiasme, esprit d’aventure, nécessité économique et conscience écologique. Quoi qu’il en soit, hitch-hiking in New Zealand, paradis du genre, mérite de figurer sur toute bucket list qui se respecte. Récit d’un mois sur les routes.

Le pouce en l'air: Frédérique Masquelier


UN CHOUÏA PLUS ÉTENDUE que le Royaume-Uni, qui y planta un temps son étendard colonial et avec qui elle partage aujourd’hui la souveraineté d’Elizabeth II, la Nouvelle-Zélande se décline tout en longueur et au pluriel. Deux îles majeures, North Island et South Island, ainsi qu’une flopée d’autres rejetons d’îlots, dont tous ne sont pas habités. Aotearoa, “le pays du long nuage blanc”, comme l’ont baptisée les Maoris, premiers hommes à l’avoir foulée du pied, tout droit débarqués de leur Polynésie natale, offre un spectacle haut en couleur. Et l’autostoppeur, qui l’observe depuis la vitre de ses lifts successifs, partage le frisson de l’explorateur à la vue des différents actes, entre collines, montagnes, volcans, lacs, cascades, plaines, plages, criques et forêts. Depuis la lumière jusqu’aux décors, baignés dans un camaïeu de bleu et de vert, le résultat est théâtral.

L’aventure commence dans l’île du Nord, à Auckland, qui concentre à elle seule plus d’un quart des Kiwis, ainsi que s’autosurnomment les Néo-Zélandais. Véritable métropole, la ville en ferait de l’ombre à Wellington, la capitale. A la descente de l’avion, le premier tableau est donc urbain. La soif de paysages pousse cependant à un départ prématuré. Le temps d’écrire la prochaine destination au feutre noir et de lever le pouce, la ville est déjà loin derrière… Cap au Nord, avec, d’un côté, la Bay of Islands, ces quelque 144 bouts de terre ferme, éparpillés sur un fond turquoise, et, plus loin, l’extrémité nord du pays, habitée par une symbolique maori palpable; de l’autre, la péninsule de Coromandel, plus proche, dont l’horizon côtier est perturbé par de fantastiques îlots rocheux et ses plages sous lesquelles le ventre de la terre s’agite, jusqu’à faire surface par endroits, multipliant les sources d’eau bouillante, comme à Hot Water Beach.

NZ_2895.jpgCommence ensuite un long périple en ligne droite vers le Sud, dont les premières étapes sont lovées au pied des lacs Rotorua et Taupo. Le premier devance la ville éponyme, renommée Sulphur City par les locaux qui semblent ne pas être sensibles aux relents d’œuf pourri qui prennent le voyageur à la gorge des kilomètres à l’avance. En cause ? Une activité volcanique qui bat son plein, multipliant les effets de fumée, de boue bouillonnante, de geysers et de roches aux couleurs futuristes. Plus loin, passé Taupo, le Tongariro National Park marque les esprits par ses paysages tourmentés, hérissés de volcans noirs et tapissés de lacs aux eaux d’un vert quasi phosphorescent. Des visions apocalyptiques qui se méritent, à la clé d’une longue journée de randonnée.

Enchaînant les écarts à droite – New Plymouth – ou à gauche – Hawke’s Bay, Napier et ses accents Art déco, Hastings –, il est déjà temps de gagner Wellington, porte vers South Island. Et, après avoir consacré un jour entier à la visite de l’excellent Te Papa Museum, pour découvrir la Nouvelle-Zélande de N à Z, d’embarquer sur le ferry. La traversée du détroit de Cook et du dédale de bras de mer des Malborough Sounds fait office de sas, préparant le bourlingueur à son entrée au “pays de l’eau des pierres vertes”, en maori dans le texte.

15_58_34_883357730_Franz_Joseph_Glacier_Hike_340.jpgSur l’autre rive, la nature règne en maître, éclipsant la faible empreinte de l’homme. En empruntant la boucle ouest-est, après avoir parcouru de long en large Abel Tasman National Park à pied, en bateau ou en kayak, cap sur Mount Cook National Park, dont le sommet domine le pays. Pendant que la voiture avale les kilomètres, la mer défile inlassablement, simplement parée de plages désertes. Puis, se suivent, avec l’entrée dans l’intérieur des terres, les rivières, les lacs et… les glaciers, Franz Joseph et Fox, dont l’ascension est mémorable. Avec force crampons aux pieds et équipement digne d’une expédition dans l’Antarctique, les groupes et leurs guides se frayent un chemin entre les crêtes de glace et les cavités sculpturales bleuissantes, évoluant dans un autre monde, le temps d’une journée. Un avant-goût gelé qui ouvre l’appétit, le meilleur étant à venir. En passant par Queenstown, au look hivernal, capitale sportive de South Island, le ruban routier file toujours plus profondément vers le Sud, à la poursuite de l’ultime étape : Fiordland et, surtout, Milford Sounds. Un monde isolé et hors du temps, peuplé de fjords majestueux, dans lequel on s’aventure par voie lacustre, à bord d’embarcations qui semblent bien frêles face à tant de grandeur.

Repus, reste à entamer une longue remontée de la côte est vers Christchurch, la plus anglaise des cités kiwis, néogothique jusqu’au bout des doigts. Le terminus idéal pour clore un mois de vagabondage.


Dimension sociale
C’est bien connu, les longs trajets en voiture sont propices aux grandes conversations. L’autostop en revêtirait presque une dimension sociale. Au gré des lifts, les rencontres sont cocasses, d’autres intrigantes. Comme cet homme d’origine maori, qui parcourt le pays de prison en prison pour enseigner aux détenus maoris leur Histoire, leur langue et leur culture, décelant dans leurs démêlés avec la justice une crise identitaire sous-jacente. Une initiative individuelle qui s’inscrit dans un mouvement plus large de renaissance de la culture d’un peuple qui a toujours su défendre son héritage. Le respect et la reconnaissance de ceux qui ont colonisé Aotearoa, dès le XIIIe siècle, constituent, en effet, la trame de fond de l’Histoire néo-zélandaise. Avec, en fer de lance, le Traité de Waitangi (1840) qui garantit aux Maoris la propriété de leurs terres et les droits propres aux sujets britanniques. Sept sièges parlementaires leur sont réservés, en plus de l’accès aux sièges généraux. Et ce, depuis… 1897. Plus récemment, les années 1980 sont synonymes de consécration pour la communauté maorie qui représente près de 15 % de la population. La pierre angulaire de cette révolution est le langage, “Te Reo Maori” étant proclamé langue officielle du pays, au même titre que l’anglais, en 1987. S’ensuit la création de près de 500 écoles et jardins d’enfants en immersion linguistique, de même que celle d’une chaîne de TV propre, en 2004. Une véritable politique de discrimination positive qui met fin à la pauvreté et la marginalité qui étaient le quotidien des Maoris voici 30 ans. Plus que jamais, la culture indigène est mise à l’honneur, que ce soit en matière d’art, de musique, de danse (dont le haka des All Blacks est pour beaucoup) et de tatouages, aux courbes qui rappellent le koru, fougère spiralée emblématique du pays.


Ph.: Frédérique Masquelier & Birgit Van Belle

Commentaires

Une bonne manière de partie à l'aventure, cette année 2012 sera une année pleine de bonheur pour tous!!!!

Écrit par : Arthur | 11/01/2012

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