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09/07/2011

Ces plantes qui nous soignent

15_18_25_826764770_Reporters_61616400030_55462.jpgAmères, analeptiques, analgésiques, aphrodisiaques, cathartiques, diurétiques, fébrifuges, hypnotiques, laxatives, somnifères, etc., les plantes médicinales sont classées selon leurs propriétés thérapeutiques. Si l’on en connaît le bon usage, elles aideront à nous protéger et à nous soigner de nombreux maux.

Dossier: Louise Culot


IL EST TEMPS DE REDÉCOUVRIR ces végétaux trop longtemps oubliés, dont nous pouvons mettre à profit les multiples vertus dans notre vie quotidienne.” Pour François Couplan, un ethnobotaniste d’origine parisienne, l’usage des plantes médicinales n’est pas une fin en soi ou un substitut aux médicaments conventionnels, mais plutôt un moyen de prendre soin de nous et de renouer avec notre environnement. “Je ne connais pas meilleure thérapie que d’aller explorer son environnement pour en ramener quelques herbes sauvages qu’on pourra ensuite déguster en salade ! Et si on ne vit pas dans la campagne profonde, il existe encore des bois à proximité des villes.” François Couplan répertorie, en Europe, à peu près 1 600 plantes, fleurs, herbes et autres végétaux que la nature met à notre disposition pour nous nourrir, nous guérir ou simplement nous maintenir en bonne santé.

De plus en plus souvent, nous nous intéressons aux plantes comme remèdes à nos maux quotidiens. Migraines, insomnies, douleurs musculaires, rhumes, etc. : la médecine naturelle peut aussi les traiter. Si son action est généralement moins expéditive que ne l’est la médecine conventionnelle, elle est aussi moins agressive pour notre organisme. Les principes actifs responsables de l’effet thérapeutique sont davantage dilués dans les plantes que dans les médicaments classiques. François Couplan a passé les 40 dernières années de sa vie à explorer et à répertorier les végétaux que recèle la nature. “Pour moi, il y a deux approches à l’usage des plantes. L’une, c’est celle à laquelle on pense le plus souvent, c’est l’approche purement thérapeutique. On est malade, et on va se soigner avec des plantes. L’autre, celle que je promeus, est une approche préventive : on va se servir des plantes qui nous entourent, au quotidien, pour nous maintenir en bonne santé et éviter de devoir nous soigner.”

Rien de tel qu’une soupe d’orties chaque jour pour se garder en forme de manière continue !”, s’exclame-t-il. Cette mauvaise herbe vertueuse peut aussi apaiser les douleurs arthritiques et est connue pour traiter les problèmes liés à l’hyperplasie bénigne de la prostate. Et pour celui qui n’a pas envie d’orties tous les jours, il existe des plantes et des fleurs comestibles en abondance sous nos pieds, accessibles à tous, sans ordonnance ni licence d’exploitation. La démarche est un peu hasardeuse pour le novice, mais en s’armant de patience et de quelques connaissances basiques, chacun peut bientôt aller faire son marché dans les bois environnants. Au gré des saisons, les végétaux prennent d’autres tons, d’autres goûts et c’est enfin tout un monde, le nôtre, qui éclot devant nos yeux avertis. “On finit par percer cet “écran vert” qui nous entoure, on redevient familier avec notre nature devenue si étrangère. On peut, bien sûr, aller acheter des herbes sèches, des gélules ou des essences chez un herboriste, mais pour aller au bout de la démarche dans l’usage des plantes, je préconise d’aller soi-même en exploration.”

François Couplan peut tout de même renseigner quelques incontournables aux malades désireux de se soigner par les plantes. Les maux de notre société proviennent souvent du stress, d’une alimentation déséquilibrée et d’un environnement pollué, quels sont donc les remèdes à envisager ? “Contre les coups de blues liés au stress, il existe plusieurs plantes calmantes. La spirule, par exemple, est souvent conseillée. Le millepertuis ou la valériane sont d’excellents antidépresseurs dont on méprise souvent les bienfaits thérapeutiques, car ils pourraient faire concurrence aux antidépresseurs conventionnels.

Contre l’insomnie : l’aspérule, le coquelicot, la passiflore; contre l’acné : la bardane, la chicorée, le pissenlit; contre les maux de tête : la lavande, la marjolaine, le tilleul; contre l’impuissance : la cannelle, la menthe verte, le céleri, etc. La liste est longue ! La pharmacopée européenne comprend des quantités de plantes, d’aromates, d’huiles essentielles, d’épices, de fleurs aptes à aider notre organisme et notre esprit affaiblis à se rétablir. Sans oublier les recettes issues des traditions orientales, de la médecine arabe, chinoise et ayurvédique (indienne). Pour accumuler le savoir dont nous disposons aujourd’hui, il a fallu des siècles d’observation et d’expérimentation à nos ancêtres. S’il n’existe pas de panacée universelle, certaines habitudes de vie plus ou moins saines nous garderont à l’abri des maladies. Parmi d’autres, une expédition dans la nature et la récolte des végétaux sont certainement un remède contre le mal de la ville et les déséquilibres qu’il cause à notre organisme.


AUX RACINES DE LA MEDECINE

L'homme est omnivore, il s’est toujours nourri de végétaux à côté des produits d’origine animale. “Que ton aliment soit ton remède”, enseignait Hippocrate, le père de la médecine occidentale. Cet aphorisme résume très bien les origines et le fondement de la médecine par les plantes. Hippocrate vécut en Grèce antique sous le siècle de Périclès, au Ve s. av. J.-C. En la dissociant des croyances superstitieuses, il révolutionna la conception de la maladie dans la société antique. Il est persuadé que le corps contient en lui le pouvoir de s’autoréguler et que la médecine peut au mieux l’aider dans cette tâche. Il n’est donc pas adepte des traitements thérapeutiques agressifs, mais plutôt de la prévention aux déséquilibres du système. Dans cet esprit, il préconise une alimentation riche en végétaux. Un siècle plus tôt, au IVe s. av. J.-C., Théophraste rédige “l’Histoire des Plantes”, l’ouvrage fondateur de la botanique. Il dresse une première classification des plantes et de leur usage.

Au Moyen Age, les moines et les moinesses cultivent des plantes médicinales dans les jardins des abbayes qui font aussi office d’hôpital. Petit à petit, la science se développe et un clivage apparaît entre la médecine populaire et la médecine savante. L’une fait usage des plantes dites “simples”, employées individuellement, sous forme de tisanes, par exemple. L’autre est réservée aux riches et basée sur des compositions mixtes, des potions élaborées dont les ingrédients ne sont pas à la portée de tous.

Au siècle des Lumières, Nicolas Lémery, apothicaire et chimiste français, publie la “Pharmacopée universelle”, un ouvrage réédité à plusieurs reprises et qui compile toutes les connaissances de son temps sur les plantes médicinales. Cet ouvrage est encore la référence principale à notre époque. A partir du XIXe siècle, les sciences se modernisent; les chimistes et les médecins entreprennent de rationaliser la phytothérapie. L’un de leur défi est de parvenir à isoler les substances actives des plantes pour mieux les utiliser. L’efficacité des médicaments classiques repose sur une substance active contenue dans leurs composants chimiques. L’activité de cette substance, en interaction avec l’organisme, est responsable de leurs propriétés curatives. L’élaboration d’un médicament commence donc par la reconnaissance d’un composant thérapeutique pour traiter une maladie ou un symptôme. Si la notion de principe actif s’applique à des molécules synthétiques, elle est aussi employée pour désigner des substances contenues dans les plantes. Il s’agit alors d’isoler les composants responsables de l’activité curative des végétaux. Par exemple, la morphine a pu être isolée de l’opium au début du XIXe siècle. Une fois que le principe actif d’une plante médicinale est défini, il reste à le reproduire synthétiquement pour pouvoir élaborer un médicament davantage efficace que son analogue naturel. En effet, l’activité thérapeutique d’une plante est souvent diluée parmi d’autres composants et difficilement quantifiable. Le développement de la chimie organique a permis la reproduction synthétique des principes actifs selon des dosages précis et en grandes quantités. Peu à peu, l’industrie pharmaceutique a ainsi pris la place des plantes médicinales dans notre quotidien.


DIRECTIVE EUROPENNE, UN HARO SUR LES PLANTES?

En mars dernier, une pétition circulait sur Internet pour contester la disparition des plantes médicinales, suite à une directive de l’UE. Cette nouvelle avait ému une partie de la communauté des internautes et récolta vite plusieurs centaines de milliers de signatures. Les informations communiquées dans la pétition étaient ensuite démenties par un porte-parole de la Commission européenne et certains journaux. En substance, cette directive, adoptée en 2004 et mise en application en avril dernier, stipule que les plantes médicinales devront faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché pour être commercialisées en Europe. En somme, les plantes ne devraient donc pas disparaître, mais plutôt être réglementées, à l’avantage du consommateur. Toutefois, l’enregistrement des plantes et des remèdes naturels auprès de la Commission européenne relève d’une procédure compliquée et coûteuse. Un herboriste devra débourser à peu près 60 000 euros pour se mettre aux normes de l’UE. Au risque de ne voir que les plus gros producteurs accéder au commerce légal. Les défenseurs de la directive considèrent qu’il n’y a pas lieu de la contester, car 7 ans sont passés depuis son adoption, suffisamment de temps pour s’y adapter. En tout cas, cette pétition aura eu le mérite de mettre en lumière cette directive aux citoyens européens et de lancer le débat sur la pertinence et l’adéquation d’une réglementation à tout prix.


Ph.: Reporters

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