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09/07/2011

Verts terrils

09_49_16_735836346_Azure_frele.jpgTémoins du riche passé industriel de nos régions, ces anciens crassiers sont aujourd’hui de véritables poumons verts dans des zones très urbanisées. Refuges pour de nombreuses espèces animales et végétales.

Au sommet: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


DES “GUEULES NOIRES” AUX terrils verts. Tel est l’étrange destin de ces sites où l’exploitation des mines et la métallurgie laissent en héritage ces chaînes de monticules stériles. Abandonnés lors du déclin de l’activité industrielle, ils ont connu depuis diverses reconversions et furent parfois brièvement réexploités.

Ces grandes ombres poussiéreuses dominant les paysages du bassin houiller se sont, au fil du temps, teintées de vert, et présentent, aujourd’hui, un tout autre visage. Flore et faune les ont peu à peu colonisées. Des biotopes très différents s’y côtoient, liés au relief, à l’orientation, à la perméabilité, à l’humidité, au type de sol, aux vents et à l’érosion. L’exemple le plus frappant étant celui des zones de combustion. Ces endroits chauds, voire très chauds, abritent une végétation bien particulière.

Sur certains d’entre eux, un plan de gestion rigoureux a été mis en place pour préserver la multiplicité des habitats, c’est le cas sur le terril du Gosson à Liège. Des espèces plus intéressantes, car plus rares, sont favorisées au détriment d’autres trop conquérantes. Pas toujours évident de trier le bon grain de l’ivraie… et pourtant nécessaire pour éviter une trop grande uniformisation des essences.

Les principales techniques de gestion sont le pâturage, la fauche, le débroussaillage, la mise à blanc ou l’abandon. Elles dépendent des caractéristiques du terril, des moyens disponibles et applicables. Elles impliquent des choix qui en modifieront ou non l’aspect. Les terrils pourraient à l’avenir devenir des maillons d’un réseau écologique de grande envergure et faire sortir la nature des réserves naturelles.

Au départ, la végétation s’installe sur ces milieux “vierges” selon son rythme. Les espèces pionnières sont suivies d’un cortège d’autres, au fur et à mesure que les conditions de vie s’améliorent. Tous les terrils n’offrent donc pas aux promeneurs le même éventail de découvertes. En simplifiant un peu, après les pionnières, viennent les pelouses sèches et les friches herbacées suivies des ronciers et des fourrés, puis de la forêt. Progressivement, la biodiversité des lieux très pauvres au départ s’étoffe… Le Rumex scutatus, oseille à feuille d’écusson, fait partie des pionniers. Cette plante typique des milieux rocheux n’est présente qu’en vallée mosane. Elle émet des souches rampantes et a la capacité de s’enraciner par les rameaux ensevelis. Elle fixe les terrils et permet à d’autres de s’établir à leur tour. Les premières plantes sont généralement des xérophytes, acidophiles et thermophiles, mais elles sont avant tout capables de faire face à la mobilité de la pente. Le tussilage est de celles-là, ses rhizomes se développent en profondeur dans les parties plus stables du sol.

Les zones herbeuses sont les plus riches et abritent quantité de plantes et d’insectes à privilégier. La vulnéraire, la campanule à feuilles rondes et la vipérine accompagnent la fétuque et la carline. Mais aussi l’orvet, l’azuré frêle, le Point-de-Hongrie, dont la chenille vit sur les lotiers corniculés, et le fameux criquet à ailes bleues, seul criquet protégé chez nous. Ces milieux, où les insectes et les plantes à graines sont abondants, accueillent de nombreux oiseaux.

Les fourrés viennent ensuite, étape intermédiaire entre les friches et la forêt, avec une flore et une faune typiques des milieux bocagers et des lisières. Paon du jour, carte géographique, cet étrange papillon qui produit par an deux générations morphologiquement différentes, fauvette des jardins, rousserolle verderolle sont quelques-uns des hôtes de ces lieux. Beaucoup d’entre eux se rencontraient autrefois dans les haies. Les terrils leur servent aujourd’hui d’habitat de substitution.

Les milieux forestiers sur les terrils présentent la grande originalité de ne jamais avoir connu de stade forestier auparavant. Les espèces observées ne doivent leur présence qu’à une colonisation naturelle ou une plantation artificielle.


Cover_Terril.jpgLECTURE

Nos terrils, leur vraie nature
Johann Delcourt et Pascal Hauteclair, respectivement docteur en sciences et licencié en sciences biologiques à l’université de Liège, mettent à la disposition du public leurs formidables connaissances de ces lieux dans un livre complet, clair et très documenté. Les auteurs passent en revue l’Histoire, la géologie, la biodiversité, la richesse patrimoniale et le potentiel des terrils. Ils apportent, au fil des pages richement illustrées, explications et réponses aux mille questions que le lecteur se pose à propos de ces énigmatiques géants désormais “verdurisés”. Un livre qui donne une irrésistible envie de partir à la découverte de tous les terrils, qu’ils soient du nord de la France, de Wallonie, de Campine ou d’Allemagne, car chacun d’eux est unique. Une aide merveilleuse pour vos futures promenades à la recherche de cette nature insolite.


Ph.: MNC & MPV

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