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22/07/2011

La cocotte-minute algérienne

Alger, nouvelle générationH H H , sur France Inter, le samedi de 19 h 15 à 19 h 50 et en podcast. Neuf épisodes captivants dans une capitale arabe bouillonnante.

Entretien Virginie Rousselalger.jpg Correspondante à Paris

SEPTANTE POUR CENT DES jeunes Algériens ont moins de 25 ans. Qu’ont-ils compris du “printemps arabe” ? Que vivent-ils aujourd’hui ? Caroline Gillet, Bruxelloise de 27 ans passée par la RTBF, coréalise avec Aurélie Charon un sujet sensible et vivant sur l’Algérie contemporaine. Enfin, la parole est donnée à une éclatante jeunesse algéroise, sur France Inter, cet été.
Comment avez-vous rencontré les jeunes Algérois ?
Nous avons beaucoup travaillé sur Skype pour créer une intimité fondée sur la voix. Chaque entretien nous a conduites à d’autres rencontres au profil différent. C’est ce qui nous a permis de comprendre la complexité de cette société très divisée qui vit en huis clos.
Cette jeunesse aspire à être entendue.
Elle veut reprendre sa dignité en main, avoir le sentiment de devenir adulte. A cause de la précarité, ils n’ont pas accès au logement, sauf s’ils sont en couple. Mais un couple ne peut se marier avant 35 ans, 38 ans, faute de moyens. Nous sommes très proches d’eux, nous avons regardé le “Club Dorothée”, nous possédons la même culture télévisée, livresque. Et en même temps, le fait d’être de l’autre côté de la Méditerranée les maintient à l’écart. Leurs parents ont connu cette ouverture avec la France, ils ont grandi avec la littérature française, et l’on refuse des visas à leurs enfants. Ils peuvent difficilement aller au Maroc, la frontière est bloquée avec la Tunisie, ils sont coincés au bord de l’eau. Ils vivent une véritable claustrophobie à l’intérieur d’Alger.
Quelle relation entretiennent-ils avec leurs aînés ?
Les jeunes sont sortis du complexe colonial. L’Histoire de leurs grands-parents pèse sur leur Histoire, mais ce n’est pas leur quotidien. Ils en ont assez de cette gérontocratie au pouvoir, pour qui la valeur du travail n’existe pas et qui ne laisse pas advenir cette jeunesse. Sofiane, que nous avons suivie, a vu son oncle égorgé, des gens pendus dans les rues. Tant d’autres, d’une vingtaine d’années, ont hérité de cette violence dont ils n’arrivent pas à parler avec leurs parents et leurs grands-parents. Ils ont été élevés à l’intérieur des murs, leur famille avait peur pour eux. La génération des parents a vécu un traumatisme après les révoltes de 1988. Et ils ont besoin de faire un travail autour de ça.
Qui freine la révolution algérienne ?
Cette jeunesse a regardé les révolutions tunisiennes, égyptiennes, en sachant qu’elle a été menée, en 1988, dans leur pays, sans avoir abouti. Ils savent qu’il ne suffit pas d’aller dans la rue. Leurs grands-parents ont vécu avec fierté la guerre d’indépendance. Ils ont connu la décennie noire, une guerre sale, avec une violence sans limites, entre eux. Et ils ne parviennent pas à dialoguer. Dans tout le pays, on assiste à des émeutes, des immolations, des manifestations. Mais grâce à la manne pétrolière, le pouvoir achète la paix sociale en distribuant des enveloppes. Pourtant, ces jeunes possèdent un réel potentiel avec des initiatives formidables comme celles des “Envoyés spéciaux” sur Facebook.
Photo: D.R.

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