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29/07/2011

Tout est bon, sauf l’avion !

Ils ont peur du crash, du vide sous leurs pieds, de l’enfermement ou d’être pris d’une crise de panique. Rien qu’à l’idée d’embarquer pour voler dans les airs, les phobiques bloquent. Panique à bord.

Même pas peur
Laurence Dardenneavion.jpg

CE SONT LES ARAIGNEES, pour les uns ; les serpents, les poissons, les oiseaux ou les crapauds, pour d’autres. La vue du sang, le noir, la foule, le vide, l’ascenseur, l’eau, les tunnels, le métro… ou l’avion. Les sujets ou objets de peurs sont aussi variés que les formes que peuvent prendre les phobies. Lesquelles se manifestent par des réactions de panique en présence d’un objet concret ou en fonction d’une situation donnée. En leur absence, l’angoisse disparaît.
En cette période de vacances, c’est vers les phobiques de l’avion que va notre pensée. A toutes celles et ceux qui, bien au-delà d’une légitime et légère appréhension ressentie par beaucoup à l’idée de voler dans les airs, sont en proie à une véritable attaque de panique, avec malaise général, sueurs, sensation de mort imminente, et autre crise de tachycardie.
Comme l’explique très bien dans le magazine “Saint-Luc” Geneviève Cool, psychologue et psychothérapeute à la clinique des troubles anxieux : “C’est toute la différence entre une peur et une phobie, laquelle entraîne des mécanismes d’évitement. Le patient s’efforce en effet d’échapper à la situation angoissante. Il préférera, par exemple, repousser, annuler son départ ou faire 4 000 kilomètres en voiture plutôt que prendre l’avion.”
Lorsqu’il y est y toutefois contraint, “avant le départ, il traverse une phase de vive appréhension, anticipe la peur qu’il éprouvera, poursuit la psychologue, il dort mal, peut faire des cauchemars, ressent des angoisses… La perspective de voler peut occuper ses pensées de façon persistante. Et le jour “J”, cette personne peut présenter des symptômes anxieux : tremblements, bouffées de chaleur, transpiration, hyperventilation, vertiges…
On parle d’une “attaque de panique” ou d’une “crise d’angoisse” dès que ces symptômes persistent une dizaine ou une quinzaine de minutes de façon amplifiée. Comble de la situation, le fait d’avoir vécu pareille panique provoque une hantise : que cela se reproduise… Bienvenue dans le cercle vicieux !
Si, en avion, c’est précisément la peur de paniquer qui hante Elisabeth, Benjamin, lui, est obsédé par l’accident tandis que Chloé redoute le vide sous ses pieds. Quant à Paula, elle anticipe la perte de sa vie. Panique du crash, du vide ou de l’enfermement, les phobiques de l’avion n’ont pas tous peur de la même chose (voir par ailleurs).
Quelle qu’en soit la nature, la phobie peut apparaître brusquement, à n’importe quel âge, suite à un événement précis, ou alors s’installer de façon insidieuse. Cependant, toujours selon Geneviève Cool, “il est rare qu’elle soit liée à une expérience réelle, un traumatisme, comme un vol très agité avec des trous d’air ou le décès d’une connaissance dans un crash aérien”. Pour la psychologue, “bien souvent, la phobie de l’avion recouvre en fait des problèmes plus profonds et plus inconscients : des soucis conjugaux ou familiaux quand on part en vacances ; des incertitudes professionnelles quand on voyage pour le travail ; une peur de l’inconnu ou de la séparation quand on retourne dans son pays d’origine, etc.”
Arrivé sur le tarmac, il est é-pui-sé !
A 48 ans, Philippe a beau se raisonner, il panique. A fond !
LE DOS PLAQUÉ CONTRE LE dossier de son siège avec lequel il fait corps, Philippe s’agrippe aux accoudoirs. Tendu comme un string, ce grand garçon de 48 ans n’a cure du sourire peps aux dents qu’affiche l’hôtesse en expliquant machinalement les consignes de sécurité que plus aucun passager ne prend la peine d’écouter. A côté de lui, son ami plaisante. Insouciant, Bernard se voit déjà dorer sous le soleil de Gran Canaria.
S’il avait pu, Philippe, lui, y serait bien allé à la nage. Sans rire, puisque pas possible en voiture ou en train, à choisir, il aurait mille fois préféré le bateau
à l’avion. On a beau lui répéter que, chaque année, 2 milliards de personnes prennent les airs et que ce moyen de transport reste le plus sûr, il n’arrive pas à se raisonner. Chaudes ou froides, les sueurs s’emparent de lui. Le long
de la colonne jusqu’à ce que perle son front.
L’avion, quand il le prenait à 17 ans pour se rendre à Los Angeles, c’était un plaisir. En tout cas pas un problème. Avec les années, c’est devenu un cauchemar pour cet enseignant. Petit à petit, la phobie s’est installée, nous confie-t-il. Et cela va de pire en pire .” Si c’est en avion que cette grande frayeur atteint son paroxysme, elle l’a en réalité gagné pour tous les moyens de transport dès qu’il n’en a plus personnellement la maîtrise. Lorsqu’il n’est pas aux commandes, en quelque sorte.
N’ayant pas l’intention de renoncer
à de lointaines destinations sous ce prétexte, il se conditionne mentalement quelques jours avant le départ. Je me dis que j’ai déjà souvent pris l’avion et qu’il ne s’est rien passé. Je prends des Fleurs de Bach et je m’enfile un demi flacon de Sedinal, rit-il, mais cela ne m’empêche pas de me cramponner au siège dès que je crois percevoir un semblant de turbulence. Une fois l’appareil sur le tarmac, je suis vi-dé, é-pui-sé. Il me faut plusieurs jours pour récupérer. Et je me demande, à chaque fois, comment j’ai pu me mettre dans un tel état . Tout en me jurant que je dois me soigner, sérieusement, pour ne plus revivre cet enfer. Après quoi, il soignera son autre phobie : les souris !
Épinglé
Thérapie.
Techniques de relaxation, anxiolytiques, psychothérapie… pour remédier à la phobie de l’avion, la prise en charge peut, selon les cas, être envisagée sous diverses formes. “Mais, à long terme, un suivi spécialisé et notamment une psychothérapie s’imposent, note Geneviève Cool, de la clinique des troubles anxieux de Saint-Luc, car c’est en travaillant sur tout ce que cache et recouvre une phobie que l’on peut véritablement la gérer… et la vaincre.”
Pour sa part, face aux questions récurrentes qui étaient posées par les passagers, Brussels Airport a mis sur pied, en collaboration avec Brussels Airlines et des spécialistes de la faculté de psychologie de l’université de Gand, un programme complet d’initiation pour les passagers soucieux de vaincre leur phobie de l’avion. Les deux journées de cours comprennent notamment une présentation sur les aspects techniques d’un avion, la visite d’un appareil dans un hangar, un exposé sur l’angoisse (pourquoi avez-vous peur, comment réagir et comment y remédier); des exercices de respiration à effectuer pendant le vol.
Le deuxième jour : une préparation du vol, le check-in, le vol aller-retour sur une destination en Europe assisté par un thérapeute, une évaluation et un débriefing du vol… avant un drink ! A l’issue de cette formation (env. 1 000 € !), il semblerait que 80 % des participants aient vaincu leur phobie.  Rens. : ww.volersanspeur.org
En librairie
Tocs et phobies.
Dans “Tocs et phobies” (1), Maryvonne Leclère, psychologue clinicienne, membre de l’Association française de thérapie cognitive et comportementale, consacre quelques pages à la phobie des transports, dont celle de l’avion. Son ouvrage est illustré de nombreux exemples, vécus dans ses consultations. Ainsi celui de ce gamin : “Benjamin a dix ans lorsqu’il est emmené à ma consultation par sa mère. L a famille doit prendre l’avion pour aller passer des vacances en Espagne. Elle redoute l’attitude de Benjamin, dont ce sera le baptême de l’air, et qui, à cette seule pensée, exprime une forte angoisse. Il ne comprend pas comment l’avion tient en l’air et il a peur qu’il tombe. Il nous relate tous les crashs des derniers mois avec moult commentaires.”
Que lui propose la thérapeute ? Se documenter sur les lois de la physique et se faire expliquer par un adulte ce qui lui paraît compliqué. Lors de la consultation suivante, il lui est demandé de restituer son savoir. S’il ne comprend pas tout, il accepte de “faire confiance aux physiciens qui ont construit l’avion”. Plusieurs fois, il se rend avec son père dans un aéroport et observe les atterrissages et décollages des avions. “Benjamin s’habitue ainsi à la vision d’avions dans les airs sans que rien de catastrophique ne survienne. Il prend conscience que toutes les personnes qui prennent l’avion n’ont pas envie de mourir, tout comme ses parents avec qui il va partir. Il consent à faire confiance aux autres en se faisant confiance à lui-même et croit en sa capacité à gérer une inquiétude qu’il juge normale.
(1) “Tocs et phobies, comprendre pour mieux guérir”, Larousse, Poche, 5,90 €.
Trucs et astuces.
Au chapitre “peur”, dans “Trucs et astuces pour voyager en avion”, l’auteur, Astrid Eslan, une hôtesse de l’air dans une grande compagnie aérienne française, suggère, en cas d’hyperventilation ou de crise de tétanie, de “respirer quelques instants dans un sac en papier (par exemple un sac vomitoire) par tranches de quinze secondes afin de rétablir partiellement le taux de CO2 et ainsi voir les manifestations s’atténuer”. En amont, l’hôtesse conseille la sophrologie, “qui donne d’excellents résultats”.
(1) “Trucs et astuces pour voyager en avion et gérer le jet lag”, Astrid Eslan, Ed. Jouvence, 8,50 €.
Photo: Reporters

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