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06/08/2011

Corset à vous couper le souffle

19_18_38_439296047_img511.jpgUn récent ouvrage dédié au corset revient sur cet objet qui, depuis longtemps, fait partie du vestiaire et qui, modelant et contraignant le corps, soutient par ailleurs certaines modes et certains modes de pensée d’une époque en particulier. Quand l’objet raconte l’Histoire avec un grand “H”. Délaçons le corset pour voir.

Dénouons le fil ténu du corset: Aurore Vaucelle


Les origines

La Madone au corset, version 1

Astucieusement, les auteurs de l’ouvrage dédié au corset entament une histoire de l’objet à travers ses multiples représentations symboliques. Au XVe siècle, Jean Fouquet peint Agnès Sorel, favorite du roi Charles VII, en Vierge nourricière au corset délacé. Déjà, la frontière est mince entre femme lacée et femme lascive.
Ph.: koninkloijk museum voor Schone Kunsten, Antwerp/bridgeman giraudon

 

19_18_29_089482392_img508.jpgXVe siècle

Un tuteur pour le corps

En cette fin de Moyen Age, le corset est surtout destiné à cadrer les corps des hommes et des femmes indifféremment. Chez les hommes, il est l’ancêtre du pourpoint, et cousin de l’armure/cote de maille. L’objet corset maintient les corps tout en soulignant les attributs sexuels des deux sexes : la poitrine féminine est magnifiée quand le torse musculeux des hommes guerriers est souligné. Le corset reflète les rapports entre l’âme et le corps, il concrétise cette nécessité d’être droit dans sa posture – qui est un miroir des actes – et non gauche et malséant.
Ph.: national portrait gallery londres, r.-u.,/bridgeman giraudon

 

13_45_56_561059941_cprset.jpgXVe – XIXe siècle

L’enfermement social

Les hommes cependant s’en sortent mieux. Le corset-armure devient bientôt pourpoint-parure, tandis que le corset continue à lacer, de plus en plus serré, le corps des femmes. Si l’objet apparaît comme une métaphore presque simpliste de l’enfermement des femmes, il est néanmoins un merveilleux moyen de maîtriser leurs écarts moraux. A l’époque, en effet, une femme ne peut lacer seule son corset. Le mari, jaloux et méfiant, qui habille sa moitié, saura vérifier si, entre le lever et le coucher, elle a ôté son corset, pourtant barrière de la chasse gardée.
Ph.: REPORTERS/Mary Evans PL

 

13_56_51_646976355_illu_corset.jpgFin XIXe siècle

Une satire du corps clos

Juste retour de manivelle, l’objet corset, coercitif, est moqué, dans son excès. Hommes et femmes cherchent à dompter toujours plus leur corps dans un souci d’assimilation des modes et d’appartenance à la société. On y décèle l’instinct grégaire de l’humanité qui suit une mode même contre-nature.
Ph.: REPORTERS/Mary Evans PL

 

13_56_47_423138639_corset__claverie.jpgAnnées 1920

Le corset, un sous-vêtement galbant

Le corset change d’image avec le développement de l’hygiénisme au début du XXe siècle. Les sous-vêtements – barrière aux microbes que M. Pasteur vient d’ “inventer”, ainsi que la nouvelle gestuelle de la pudeur bourgeoise – intègrent le corset dans le vestiaire du quotidien. Il protège, habille et accompagne la mode des corps affinés. La mode est à la minceur… et la mode est, depuis fort longtemps, soutenue par la publicité.
Ph.: Reporters

 

19_18_26_695777175_img512.jpgAnnées 1950

Marylin et la femme objet

Le corset dessine les courbes d’un corps généreux. Et parce qu’il accentue les attributs de la féminité, il fait partie intégrante de l’imagerie pin-up des années 50.
Ph.: ©ullstein bild/roger viollet

 

13_56_53_764951282_corset_madonna.jpgFin 1970’s, début 80's

La Madone du corset, version 2

L’objet corset qui a contraint l’intime, ce même objet qui avait contourné la première fonction d’enfermement au profit de la sublimation des corps féminins, continue son petit bonhomme de chemin. Et parce que la mode change d’horizon, elle n’est plus seulement couture mais expression d’une personnalité, les couturiers travestissent les codes. Un Jean-Paul Gaultier fait des dessous des “dessus”, et le corset devient une pièce de vêtement que l’on montre. Le corset se fait d’autant plus subversif qu’il ceint la Madone de la pop.
Ph.: Rue des Archives/REPORTERS

 

19_18_31_495993733_img514.jpgAnnées 1990 et 2000

Le corset habille

Dans la continuité de Gaultier, Christian Lacroix, Vivienne Westwood ou encore Thierry Mugler, adeptes d’une féminité aux formes marquées, vont exploiter le corset comme élément du vestiaire à part entière. Chez Galliano et Mugler (comme ici, dans le cadre de la collection automne-hiver 1998-1999), le corset est pièce d’apparat et devient même un élément pour érotiser la mode contemporaine.
Ph.: © Patrick Stable

 

15_34_29_614846850_img534.jpgAnnées 2000

Objet au pluriel

Comme le disent Hubert Barrère et Charles-Arthur Boyer dans leur ouvrage, le corset est, selon l’expression anglaise, “Mix and Match”, entendez : à la symbolique démultipliée. En démonstration ou dans la sphère de l’intime, sur les podiums ou dans les alcôves, chez les hommes – Galliano a révélé le corset dans une collection masculine à l’hiver 2010 – et chez les femmes, objet décoratif ou nécessaire – quand le corset devient orthopédique. En tant qu’objet contraignant physiquement, il fait aussi partie de l’univers fétichiste. Aliénant le corps, l’objet fascine évidemment. Certains s’y plient littéralement, c’est le cas du corsetier londonien, Mr Pearl, qui, à force de laçage, a dompté son corps et modifié sa silhouette, soudain déshumanisée. Corps de femme ? Corps mutant !
Ph.: © MICHAEL JAMES O' BRIEN

 

19_18_21_936801256_img515.jpgAujourd'hui

Entre pureté et subversion…

… le corset n’a toujours pas choisi son camp. Pas près de péricliter, il est trop signifiant pour qu’on l’oublie. Hubert Barrère, créateur de mode qui a participé à la réhabilitation du corset dans les 80’s et auteur d’un ouvrage éponyme, revient aux origines en réimaginant l’Agnès Sorel du XVe. Corsetée, le buste ceint du bol en porcelaine de Sèvres de Marie-Antoinette : la femme mère et la femme désirée.
Ph.: © Patrick Stable

 

“Corset”, Hubert Barrère et Charles Arthur Boyer, Rouergue éditions, 25 € env.

16:00 Publié dans Tendances | Lien permanent | Commentaires (1) | |

Commentaires

Félicitations pour ce billet.
Il s'agit de l'un des plus réussis à ce propos que j'ai eu la chance de lire.
Bye bye !

Écrit par : Cadeaux noel | 07/11/2012

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