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06/08/2011

Quatre jours corses

11_41_08_895654062_img499.jpgLa géographie n’est point trompeuse. La Corse n’est pas vraiment la France et pas vraiment l’Italie. Mais elle est vraiment “île de beauté”. Marine en apparence, montagnarde dans l’âme, elle surprend et séduit. Avec des possibilités de découvertes à ne pas savoir où tourner la tête en un temps minimum. Top chrono !

Découverte: Paul Piret


Lundi.

Sur le coup matinal de 8 heures, le ferry au nom de “Napoléon Bonaparte” (qui ?) entame délicatement son approche de Bastia. La baie s’offre, tranquille, dans un bleu déjà intense. Au fond, quoi de plus naturel que d’aborder une île par la mer ?

Trois kilomètres suffisent pour gagner la campagne et ses reliefs, dès l’heureux village de Cardo qui est à l’origine de la cité. Si on dépasse les 1 000 mètres, on découvrira la mer des deux côtés de la crête en ce début du Cap corse, l’index levé de l’île. Mais restons à mi-hauteur entre mer et montagne. Soudain la vue se dégage sur la ville et le cordon lagunaire qui la prolonge. Plus loin, cinq îles se détachent ; Elbe est la plus vaste. A l’arrière, par horizon limpide, la Toscane se laisse deviner. On apprend les rudiments botaniques du maquis, marque de fabrique insulaire chargée de sens autant que de végétation – colorée des corolles blanches ou mauves des cistes (qui poussent en premier), parfumée des odeurs d’immortelles (dont on produit une huile essentielle).

11_40_52_214375920_img496.jpgRetour à Bastia, qui passe trop vite pour une ville de passage. Car on apprécie ses couleurs. On apprécie surtout les hauteurs pittoresques de sa citadelle, lovée autour de sa place rénovée du Donjon. On appréciera encore ce sentier champêtre qui mène à la chapelle de Monserato, abritant une Scala sancta à gravir comme au Latran à Rome : contrits et à genoux. Des chanteurs aiment s’y retrouver. Au fait, leur caverneuse polyphonie requiert trois voix : celle de tête qui entame, celle de la basse en tierce, celle d’harmonie. “Pas de roucoulades à la Tino Rossi”, prévient le premier avant de lancer un hymne à la Vierge que même les touristes mécréants doivent écouter debout. Eh, si les mâles machos font les fiers, la société corse est d’abord matriarcale.

Mardi.

Matinée dans la zone la plus montagneuse de l’île, celle de son point culminant, le Monte Cinto et ses blancheurs éternelles. Où l’on reconnaît que si mer, criques et côtes n’y cessent de faire joujou, la Corse est d’abord intérieure et montagnarde dans ses tripes. Sa cuisine en fait foi, bien plus prodigue en charcuterie et fromages qu’en poisson. Mais on mangera plus tard : l’heure est au “tyrotrekking” (voir plus bas) !

Après-midi, le désert des Agriates et ses 15 000 ha de chaos rocheux. Désert en population, pas en végétation. On n’ira pas voir ce village de bergers abandonné fin XIXe : une charte des bons usages interdit de sortir de l’une des deux pistes, pour protéger le site au mieux. Terminus à la plage de Saleccia, qui serait la plus belle de Haute-Corse. L’une des plus préservées aussi ; on n’y accède que par la mer ou après 12 km en 4x4. Surprise : un taureau contemplatif vient paisiblement se coucher sur le sable. On ne tombera pas dessus en été : quand il fait plus chaud, ce bétail dit sauvage monte dans les hauteurs pour trouver la fraîcheur. Pas bête, lui…

Mercredi.

Vite, la Corse de haut en bas, par la route. On s’arrêtera une autre fois à Corte que domine son campanile mauresque, fief de l’identité corse. Parenthèse : “La notion d’identité reste très forte”, explique Hélène, une responsable du tourisme. Ne dites pas au Corse qu’il est un peu italien, même si sa langue redevenue vivante a du sang italien dans les veines, en plus guttural. Français, alors ? Euh… “On dit que le Corse est français pour la vie, et corse pour l’éternité.”

On atteint Bonifacio fin de matinée encore. On se dit d’abord que le port de plaisance bordé de restos est charmant, mais limite carte postale. Afin de mesurer toute la beauté singulière du lieu, un tour en bateau s’impose. Pour les grottes marines toutes proches ; pour ce chenal aux eaux turquoise dans la calanque ; surtout pour étreindre d’un regard transi la vieille ville juchée sur sa falaise et ses surplombs calcaires dans toutes les nuances du beige doré. Bonifacio est une presqu’île ; que dis-je, c’est un cap incontournable, c’est une péninsule magique.

Jeudi.

Courte balade en bateau de Propriano à Campomoro. La calanque de granit dévoile ses espèces de sculptures naturelles : tiens, un hibou ; tiens, un phoque… Sur place, un chemin adorable grimpe jusqu’à la plus grosse des tours génoises balisant l’île, la seule avec enceinte à étoile, l’une des rares à visiter. Elle vient d’être rénovée. La vigie patrimoniale se veut aussi lieu de mémoire : aux alentours et dans tout le bassin méditerranéen, du XVIe au XIXe, mais oui, plus d’un million d’Européens auront été enlevés et vendus comme esclaves… Le vieil atavisme méfiant des insulaires n’y serait pas pour rien. Baptiste, notre chauffeur, confie après lente maturation : “Quand on fait confiance, vous devenez de la famille. Quand on n’a pas confiance, nous sommes des murs”...

Halte à Sartène, toute grise de granit mais au petit centre riche en venelles, escaliers et culs-de-sac. Puis, déjà, Ajaccio, pour retrouver le ferry. De la mer à la mer, si Bastia rappelle les côtes italiennes, Ajaccio, plus fière, évoquerait plutôt la Côte d’Azur. On vous dit ça à première vue toujours : il y aurait encore tant à goûter, sentir, voir… Allez, ce n’est qu’un “A vedeci”.


11_40_47_647379841_img494.jpgDrôles d'oiseaux

“Tyrotrekking”. A l’écoute des consignes, on sourit jaune. En enfilant le harnais comme un short (les messieurs seront soucieux de leur entrejambe), on se concentre. Mousquetons et poulie sur les épaules, la montée est un brin raide. Voici déjà, dans cette grandiose vallée de l’Asco, la première des descentes montagnardes que l’on effectuera en tyrolienne. Elle est la plus longue (300 mètres), haute jusqu’à 150 m de vide sous les pieds. On la parcourt en 25 secondes environ ; les plus légers (admis à partir d’1m 40) et les plus lourds (jusqu’à 120 kilos) iront plus vite… Le plus impressionnant est le départ. Mais ouf, là, ça roule, en suspension, comme en apesanteur, dont fait foi ce crissement singulier de la poulie sur le filin d’acier. Nous voilà parés pour les autres étapes du parcours, adrénaline garantie. Chaque atterrissage sera spécifique ; jusqu’au dernier, le plus rapide, sur matelas. Unique en Europe, disent-ils. On veut bien.
Plusieurs formules en demi-journée à plusieurs niveaux, adaptées à chacun, encadrées ou non. Renseignements et autres activités sportives aux alentours via www.interracorsa.fr


Ph.: Paul Piret

13:30 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | |

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