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13/08/2011

Mühlhausen au coeur des forêts

la libre,momento,escapade,allemagne,thuringe,mühlhausenMühlhausen est une petite cité médiévale du Land central de la RFA, la Thuringe. La richesse de son patrimoine, ses musées aux couleurs locales, ses bâtiments anciens colorés, ses places et ses ruelles en font un lieu d’agrément en bordure de la forêt et du parc national de Hainich.

Découverte: Philippe Farcy


LA THURINGE, AHHHH QUELLE région épatante ! La diversité de ses sites, la beauté de ses villes grandes et petites, la richesse de son patrimoine bâti, et au-delà encore la foule de gens célèbres qui y vécurent ou la traversèrent, en font une région incomparable. Mühlhausen en fait partie mais se tient à l’écart. Son nom est relativement commun, valant celui de Mulhouse en France, et signifie “le hameau du moulin”. En cette année 2011, Franz Lizst occupe une place centrale de Weimar à Meiningen, car l’on fête son bicentenaire. Otto Dix, fameux peintre moderne est lui aussi mis en exergue dans ce qui fut sa maison natale à Gera, hors de la ville, dans un petit hameau situé en face ou presque de l’ancien château. Dix est né en 1891. Ces personnages illustres parmi tant d’autres, dont Luther et Bach, Goethe et Nietsche, sont devenus depuis vingt ans les aimants d’une région majeure de l’actuelle République fédérale d’Allemagne. La position médiane de la Thuringe, isolée par des forêts immenses dont celle de Hainich, est signalée par un monument, sans intérêt d’ailleurs, qui donne l’exacte place du cœur de ce vaste pays dont les régions, à l’intérieur même des “Länder”, conservent des caractéristiques propres. Churchill avait dit que l’Italie était une expression géographique. La phrase n’en est pas moins vraie pour la RFA dont la langue est certes commune mais dont les particularismes sont immenses. La Thuringe, plus que toutes les autres régions de l’ancienne DDR, s’est ouverte à l’Europe et au monde. Nous avons déjà, en ces pages, vanté naguère les beautés d’Erfurt et de Weimar, puis évoqué la personnalité de l’Anversois Henry Van de Velde, architecte, designer, professeur, fondateur à Weimar d’une école d’“art-chitecture” toujours en fonction qui allait devenir le Bauhaus; plus tard, il fut le fondateur de l’école de La Cambre à Bruxelles. Il y aura à Bruxelles en 2013 une grande rétrospective sur ce génie.

Cette fois, il s’agit d’aller à la rencontre d’une petite cité encore médiévale par certains aspects, où Bach fit un long séjour comme organiste à Saint-Blaise, entre 1707 et 1709. Il s’agit de Mühlhausen. On n’y compte que 36 000 âmes soit un tiers de moins que du temps des communistes. La fuite de la population vers l’Occident s’est arrêtée, mais les forces vives ne sont pas toutes revenues, loin de là. Du coup, même si les villes de l’ex-RDA sont animées et les piétonniers nombreux, on sent bien et l’on voit que des immeubles sont toujours à l’abandon, vides volontairement parfois, en déshérance car on ne sait à qui les attribuer. S’il devait y avoir un habitant à placer en exergue dans l’histoire contemporaine de la cité, ce serait sans nul doute Johan August Roebling. Il est né ici, le 12 juin 1806, dans une famille de marchands de tabac, comme l’étaient les Lamarche en ce temps-là. Ce petit génie entra à l’université à quatorze ans et en sortit diplômé en 1826. Parti vers le nouveau monde avec son frère, il y développa une technique de ponts suspendus tenus par des câbles énormes et des piliers majestueux. Ponts à circulation de trains et hippomobiles ou aqueducs firent sa réputation. Les deux plus célèbres furent celui jouxtant les chutes du Niagara et l’autre, toujours en place, celui de Brooklyn. Il mourut à New York en 1869 du tétanos; les travaux de ce dernier pont venaient de débuter; son fils et sa belle-fille achevèrent ce projet majeur. De nos jours, le nom de Roebling crée des ponts entre la petite cité et le monde extérieur. Ce n’est que justice.

Ceci dit, Mühlhausen ce n’est pas qu’un homme (il y eut également Thomas Müntzer, natif de Stolberg, dans le Harz), c’est un univers charmant, ceinturé de murailles de 3 000 m de long datant du XIIIe siècle et dont le chemin de ronde sert de promenade. C’est bucolique à mort. Les rares églises (onze seulement) pointent leurs flèches vers les nuages; plusieurs ne sont plus affectées au culte et l’une d’elle sert de bibliothèque communale. La géographie de cette petite cité, comme à Bruxelles, permet de profiter d’une ville basse et d’une ville haute. Deux places principales organisent l’espace intra-muros. On devine déjà la prospérité de la commune, offerte par la culture agricole et renforcée par le fait que la ville n’était point un site stratégique. Historiquement, les destructions y furent rares et localisées lors de la Guerre de Trente ans. Au cours de la dernière Guerre mondiale, la ville ne fut guère affectée. Le rattachement de la bourgade à la Hanse au XVe siècle (1430 pour être précis) allait accroître sa force économique. Du coup, les belles maisons pullulent, animées de décors renaissants ou baroques, sommées de toitures raides couvertes d’ardoises oranges, de portes et portails ouvragés qui signalent une antique prospérité. Repeintes dans des couleurs fraîches et délicates, les façades, parfois à colombages, donnent une atmosphère charmante aux espaces publics et aux rues étroites, piétonnes souvent et bien tenues. C’est la province pur jus à Mühlhausen, mais elle sent bon le calme et la sérénité. Parmi les bâtiments les plus significatifs, il y a l’hôtel de ville, dispersé en diverses maisons anciennes et richement orné en son sein. Puis il y a l’ancienne résidence du bailli de l’Ordre teutonique. C’est ici que naquit le célèbre architecte berlinois August Stüler en 1800. Juste en face se trouve l’église Sainte-Marie, deuxième plus grand édifice religieux de la Thuringe, après la cathédrale d’Erfurt. L’église Saint-Blaise et le Musée de la guerre des paysans achèveront de convaincre que la petite cité mérite une journée complète de visite.


la libre,momento,escapade,allemagne,thuringe,mühlhausenBalade dans les cimes
Dans la réserve naturelle de l’immense massif de Hainich (16 000 ha dont 13 000 ha de forêt), on trouve une activité passionnante. Là où, naguère encore, seuls les militaires de la Wehrmacht puis de la RDA avaient droit de cité, les autorités ont créé, en 1997, un site remarquable, classé, inviolable, sur près de 4 000 ha. Sauf à considérer qu’il fallait une carotte pour attirer les touristes et que poser des piliers de métal et de béton est une hérésie, il faut bien considérer que l’idée est géniale et terriblement ludique. On imagina donc une promenade parmi les oiseaux. Il s’agit tout simplement de gravir une tour haute comme celle qui se meurt en périphérie de Marche-en-Famenne et à partir de laquelle filent plusieurs bras formant un circuit long de plus d’un kilomètre. On se trouve à la cime des arbres ou presque. La promenade s’effectue en montant et descendant pour jouer avec les hauteurs, les vues, les vents, et profiter des arbres dans toute leur plénitude. Le moment est presque irréel. Le contact avec la nature est presque émouvant et c’est le point d’orgue de toute une série d’éléments formateurs qui permettent aux populations d’approcher la nature, de la comprendre et donc de la défendre.
Infos : http://www.nationalpark-hainich.de/erleben/baumkronenpfad...


Ph.: Office du tourisme de Mühlhausen

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