Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

20/08/2011

La mine d’or des Canaries

la libre,momento,papilles,vins,îles canariesAlors que le phylloxéra a éradiqué en Europe une énorme quantité de matériel génétique d’une valeur inestimable, les îles Canaries ont pu conserver une trentaine d’anciens cépages.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


LES ÎLES CANARIES NE SONT PAS qu’une destination de vacances très prisée des Belges en manque de soleil. Les sept grandes îles de l’archipel volcanique (La Palma, El Hierro, La Gomera, Grande Canarie, Lanzarote, Ténériffe et Fuerteventura) produisent toutes des vins assez particuliers à partir d’une trentaine de cépages préphylloxériques. Les îles Canaries constituent une véritable mine d’or de matériel génétique viticole toujours intact depuis des centaines d’années. Grâce aux initiatives de plusieurs pionniers de l’œnologie et de la viticulture, ces cépages autochtones ont été réhabilités pour la production de vins aux sensations olfactives et gustatives semblables à aucune autre.

L’histoire débuta il y a 20 millions d’années, quand une collision tellurique massive des plaques continentales d’Afrique et d’Eurasie provoqua une déchirure du manteau terrestre. Ce carambolage causa des explosions de lave dans l’océan Atlantique, et des milliards de tonnes de magma furent ainsi projetées et formèrent des îles en se refroidissant. Cependant, l’histoire qui rend ces îles si particulières du point de vue viticole est plus récente. Les vignes cultivées sur ces petits bouts de terre au milieu de l’immensité de l’océan Atlantique, agrippées aux sols noircis par les cendres sur des coteaux balayés par les alizés, évoquent la viticulture pratiquée dans l’Antiquité du temps d’Alexandre le Grand. De nombreux documents attestent que des milliers de litres de vin étaient chargés sur les navires faisant escale aux Canaries avant de hisser les voiles pour le Nouveau Monde. Les habitants des îles comprirent vite quel était le potentiel vinicole de ces terres situées à mi-chemin entre les deux continents, et les Canaries devinrent ainsi une escale incontournable avant les dures traversées de l’Atlantique pendant lesquelles le vin restait buvable bien plus longtemps que l’eau qui avait tendance à verdir et à se gâter par temps chaud.

La réputation des vins baptisés par les négociants anglais “Canary” s’intensifia sur les deux rives de l’océan, à tel point que Shakespeare l’évoqua plusieurs fois dans ses pièces et que Thomas Jefferson suggéra, à la signature de la déclaration d’Indépendance, de porter un toast avec un vin qui serait originaire des Canaries. A son apogée, au XVIe siècle, Santa Cruz de la Palma était le troisième port le plus important de l’Empire espagnol, après Anvers et Séville. Plus récemment encore, qui aurait pu prédire que la découverte de l’Amérique par les Espagnols et l’importation du puceron porteur du phylloxéra allaient entraîner la destruction presque complète des vignobles du Vieux continent, et, par voie de conséquence, la suprématie de la viticulture de l’archipel restée miraculeusement à l’abri de l’infection ? Actuellement, alors que le phylloxéra a éradiqué en Europe une énorme quantité de matériel génétique d’une valeur inestimable, il est important de préserver et de valoriser tous ces anciens cépages qui pourront sans doute être à l’origine de merveilleux vins pour les générations à venir.

A Lanzarote – qui fut plus récemment secouée par des éruptions volcaniques –, une grande partie des terres cultivables sont recouvertes de lave et de cendres, et pour survivre, les agriculteurs ont creusé dans les cendres pour atteindre la couche superficielle du sol afin d’y planter des vignes capables de trouver de l’eau pour se développer. Pour éviter l’envasement des cônes ainsi formés, ils ont construit de petits murets brise-vent en pierre dressés du côté nord-est exposé aux alizés. A l’époque des vendanges, la vision des chameaux importés il y a plusieurs siècles – qui aident à transporter le raisin vers les chais – est assez pittoresque et ne fait que renforcer le côté surréaliste de ce paysage lunaire. La Palma, la plus verdoyante des îles, dont la beauté a été louée par Madonna dans sa chanson “La Isla Bonita”, est très escarpée, et les parcelles de vignobles, de taille assez réduite, sont accrochées aux flancs des parois qui entourent l’île à une altitude de 400 à 1 200 mètres. La Gomera est occupée par les forêts millénaires du parc national Gorajonay. Le pourtour du parc, qui occupe le centre de cette île ronde, et les versants escarpés des vallées sont tapissés de vignobles cultivés en terrasse. Longtemps abandonnés, ces vignobles sont actuellement remis en production. Ténériffe, la plus grande des îles, compte cinq D.O. : Tacoronte-Acentejo, Valle de la Orotava, Ycoden-Daute-Isora, Abona et Valle de Güimar. L’île de El Hierro, qui signifie “fer” en espagnol, en référence à l’élément dont les oxydes teintent de rouge cette île volcanique, est couverte d’une couche supérieure de sol à haute teneur en cendres et en minerais ferrugineux. Elle abrite deux cépages-vedettes, le vijariego et le baboso. Tous deux ont des clones rouges et blancs, mais c’est le rouge qui a le plus de succès. Le vijariego negro donne des vins fruités, avec des notes de mûres et de myrtilles enveloppées de légères pointes épicées, tandis que le baboso est un vin plus structuré, plus charpenté et plus concentré avec, toujours, une note minérale. Il est généralement élevé en fûts de chêne.

Ph.: Reporters / Photononstop

Les commentaires sont fermés.