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27/08/2011

Beyrouth, la rose des vents du Proche-Orient

la libre,momento,escapade,beyrouth,libanBeyrouth, marquée par une guerre civile et des conflits régionaux, est une ville en pleine reconstruction, remettant au goût du jour le dynamisme dont elle fit preuve à l’indépendance. Résolument tournée vers l’avenir, Beyrouth, capitale contrastée du Proche-Orient, aux portes de l’Europe, à la croisée des cultures et des religions, est un carrefour d’influences.

Découverte: Valentine Van Vyve


BEYROUTH EST L’EXACT REFLET du pays dont elle est la capitale. Elle concentre la richesse culturelle, religieuse et démographique du pays tout entier. Beyrouth, c’est le savoureux mélange du dynamisme d’un pays qui se reconstruit, de l’hospitalité chaude du Moyen et Proche-Orient, du confort occidental, de la douceur et de l’art de vivre méditerranéens. Pourtant, elle catalyse aussi en son sein les contradictions du pays des cèdres.

Si le Liban rassemble 40 % de chrétiens et 60 % de musulmans, chaque religion renfermant en son sein différents courants, la société libanaise semble néanmoins cloisonnée; les croyants issus des différents cultes (19 au total) se côtoient plus qu’ils ne cohabitent. La grande pauvreté et la richesse exaltée et exposée sans modération interpellent. Beyrouth, ville de plus d’un million d’âmes, est riche de sa diversité, mais pèche encore par manque d’harmonie.

Visiter Beyrouth, c’est se laisser aborder, porter et guider par ces Libanais heureux de partager les coins et recoins de leur capitale, l’Histoire de leur pays, la beauté de leur mixité.

Alors que les taxis usent et abusent de leur klaxon, espérant de la sorte attirer les badauds, rien de tel que de prendre le temps de s’imprégner de la capitale libanaise en s’y promenant, en arpentant ses larges avenues, en se glissant dans les étroites ruelles marchandes, en se posant sur un banc, en sirotant un café “arabi” à l’une de ses nombreuses terrasses. Autant de manières d’appréhender une ville, elle-même multiple et contrastée…

Il y a Beyrouth l’ancienne; ses maisons typiques hautes et colorées, aux balcons – terrasses – afin de palier le manque d’espaces verts, ses rues artisanales, ses restos branchés. Le quartier de Gemayze en est le plus illustre exemple, et fait figure de rescapé dans un paysage changeant. Il fait bon s’y balader, au gré des ruelles montantes et descendantes et de… sa forme physique.

Il y a Beyrouth l’aisée, symbole du nouveau Liban et chef-d’œuvre architectural, qu’incarne le centre-ville; détruit par quinze années de guerre civile (1975-1990), il en garde encore les séquelles. Depuis le début des années 2000, le centre névralgique d’une guerre dévastatrice a entamé sa mue; un large plan de reconstruction a permis à cette partie de la ville de retrouver, peu à peu, son éclat d’antan. Aujourd’hui, le nouveau et le luxueux se dressent aux côtés de l’ancien, du ravagé, de la mémoire matérielle de la guerre.

la libre,momento,escapade,beyrouth,libanBrillants de mille feux, nombre de bâtiments portent la griffe architecturale parisienne, réminiscence de la période coloniale. Les riches enseignes européennes ont pris possession des bâtiments aux façades jaunes et uniformes qui reflètent à merveille le chaud et éblouissant soleil d’été. La gigantesque mosquée Hariri, au toit voûté aussi bleu que le ciel, se dresse, imposante, au centre de ce qui fut le cœur des confrontations. Dans un contraste interpellant, la façade juxtaposée de l’ancien cinéma est, quant à elle, encore criblée d’impacts de balles.

Malgré tout, il fait bon vivre sur les hauteurs du centre-ville. Les nombreuses rues piétonnes permettent d’y flâner en toute quiétude, loin de l’agitation bruyante.

Ici, la langue de voltaire a pris le pas sur les autres : le “merci” (dites “meurssi”) est de rigueur lorsque l’on reçoit son american coffee. Lunettes de soleil sur le nez et sac sous le bras, le centre “m’as-tu-vu” de la capitale ne manque pas de fasciner l’œil rêveur des touristes qui se précipitent dans cette “enclave occidentale”, où l’Orient semble résolument proche.

Vers l’est, les rues commerçantes du centre-ville font place aux luxueux hôtels. Ces derniers poussent comme des champignons, signes du regain économique de la capitale et du public qu’elle entend attirer.

la libre,momento,escapade,beyrouth,libanA quelques pas de là, il y a Beyrouth la méditerranéenne. Le long de l’eau, pas de plage de sable fin, mais un amas de rochers accueille les baigneurs – exclusivement masculins – se rafraîchissant, alors que tape un soleil de plomb. Dès le soleil couchant, les badauds se réunissent en famille ou entre amis sur la Corniche et partagent un jus d’orange fraîchement pressé ou une galette de sésame épicée. Ils se rassemblent pour une balade ou un jeu de balle, le regard tourné vers les derniers pêcheurs et les tardifs baigneurs. On se délecte du spectacle offert par ces scènes de vie quotidienne, tant et si bien qu’il est difficile de poursuivre son chemin. Le must est alors de s’arrêter (au risque de se faire rapidement aborder !). De s’asseoir, comme les Beyrouthins, sur la rambarde. Et d’ouvrir grand les yeux !

Du phare, longeant la côte, on se redirige vers les hauteurs de la ville, vers le quartier de Hamra, ou Beyrouth la populaire, à majorité musulmane. On y retrouve les saveurs moyen-orientales. Le quartier est un mélange coloré de tradition régionale; son narguilé, ses marchands ambulants, ses petites cantines qui ne paient pas de mine, leurs plats traditionnels, falafels et autres shawarmas, que l’on déguste sur le pouce ou en terrasse, et d’influence occidentale : ses cafés et ses bars, sans oublier la forte emprunte de l’université américaine.

Il y a Beyrouth by night. La nuit tombée, les voitures embouchonnent les rues Gouraud, Hamra ou Monnot. Les jeunes de tous bords s’y retrouvent pour une bonne partie de la nuit. Les chichas se fument jusqu’au petit matin. Les Beyoncé et Rihanna s’échangent tour à tour les baffles avec Elissa, la chanteuse locale. Tout cela dans un éclectisme déconcertant.

Enfin, loin de l’effervescent renouveau, il y a Beyrouth l’instable. Celle qui est tapie dans l’ombre. Les tensions, issues des conflits armés, rythment encore la banlieue beyrouthine où vivent, chichement, familles libanaises et réfugiers palestiniens.

De Gemayze à Hamra, de la côte aux hauteurs du centre-ville, Beyrouth n’est pas une; elle devrait davantage être déclinée au pluriel. Ville inondée de courants, divers mais pas toujours assumés, tous se nourrissant cependant à la même source : celle de l’accueil chaleureux, de la gentillesse hors norme, du sourire à toute épreuve et de la serviabilité désarçonnante comme seconde nature.

Ces éléments font de ce savoureux mezze libanais une réussite et une pièce maîtresse pour qui veut y goûter.


Ph.: Valentine Van Vyve

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