Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

27/08/2011

Le nouveau chai de “Cheval Blanc” à Saint-Emilion

la libre,momento,papilles,vins,chai,cheval blanc“Cheval Blanc” se dote d’un écrin de style épuré et axé vers le développement durable à la hauteur du prestige de son vin.

Visite: Baudouin Havaux


LA PITTORESQUE CITÉ HISTORIQUE de Saint-Emilion, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, jouit, depuis peu, du glamour des temps modernes. Depuis quelques mois, tous les touristes font systématiquement le détour par la route qui longe le château Cheval Blanc. Le nouveau chai est devenu une véritable attraction, d’un style très pur. Au cœur du vignoble, “Le chai sous la colline” apparaît comme un promontoire qui ondule dans le prolongement du château. On imagine un soulèvement du sol porté par de grandes voiles blanches. La toiture extraordinairement élégante – qui se confond dans le paysage – semble flotter parmi les rangs de vigne. De la part du domaine du Cheval Blanc, rien ne peut nous étonner, et lorsque le baron Frère et Bernard Arnault décident de construire un nouveau chai pour la propriété, ils ambitionnent de doter Cheval Blanc d’un nouvel écrin à la hauteur du prestige de son vin. Inutile de dire que le cahier des charges représentait un réel défi.

Avant notre visite, nous avions demandé à Kees van Leeuwen, professeur à la Faculté d’œnologie de Bordeaux et conseiller chez Cheval Blanc, quel concept se cachait derrière ce nouveau chai. Sa réponse a été extrêmement terre à terre. “La cave est tout d’abord fonctionnelle, avec plus d’espace et des cuves plus petites pour une meilleure sélection. Les gadgets technologiques ont été limités : il s’agit d’un “atelier de vinification” où l’homme conserve sa place et n’est pas remplacé par des machines. Nous avons opté pour des cuves en béton, car elles retiennent mieux la chaleur. Nous ne voulions cependant pas que le bâtiment ressemble, par exemple, à une laiterie. Nous avons donc fait appel à un architecte de renommée – Christian de Portzamparc – qui a coulé le tout dans un beau moule moderne.”

L’architecte Christian de Portzamparc doit sa renommée au bâtiment de la “Cité de la Musique” à Paris (1ère partie en 1990, la deuxième en 1995) et à l’ambassade de France à Berlin (1997). Mais il s’est fait connaître dans la maison LVMH de Bernard Arnault (copropriétaire avec le baron Albert Frère, comme on le sait, à Cheval Blanc) par son projet gagnant pour la tour LVMH à New York (1999). Il n’avait jamais construit de chai précédemment. Au contraire : il a fait un projet de développement durable avec un maximum de lumière naturelle, sans qu’elle ne réchauffe l’espace. Tout a été pensé pour trouver des solutions économiques aux dispositifs énergivores inhérents au processus de fermentation et d’élevage du vin. Ces chais sont l’un des rares à avoir obtenu la certification “Haute qualité environnementale” (HQE). Ont été particulièrement étudiés la nature des matériaux utilisés, la gestion de l’eau, l’énergie, la maîtrise hygrométrique, le confort acoustique, visuel et olfactif, ainsi que le bien-être des travailleurs. Le résultat : une consommation électrique très basse, avec une économie maximale d’air conditionné.

la libre,momento,papilles,vins,chai,cheval blancLe bâtiment a été complètement réalisé en béton, mais revêtu, à l’intérieur, d’un type de béton lissé que Christian de Portzamparc a fait développer spécialement pour Cheval Blanc. Comme le souligne Kees van Leeuwen, de nouvelles cuves en béton ont été mises au point, plus petites que les précédentes. Elles permettront d’encore mieux adapter le processus de vinification et la sélection des parcelles à la nature du vignoble, qui peut être décrite par une “mosaïque de terroirs”. A partir du chai, on jouit d’une vue sur les divers angles du vignoble, comme si le vin et les raisins devaient communiquer. L’appareillage pour le contrôle de la température est caché, de manière pratique, derrière des parois en pierre perméables à l’air. En ce qui concerne le toit, le principe, ancien mais toujours d’actualité, de Le Corbusier a été mis en pratique : rendre à la nature ce qu’on lui a pris. Il est donc couvert de gazon et de plantes, même la cage d’ascenseur est cachée sous les plantes grimpantes. Ces plantes ont une fonction supplémentaire d’isolation, au bénéfice de la facture d’électricité. Seule une bande de Bankiraï trahit qu’il s’agit ici d’un bâtiment. Le toit n’est pas plat, mais ressemble à un rêve de skateurs. En résumé, Cheval Blanc est prêt pour une nouvelle génération d’amateurs de vin.

Ph.: Gérard Uferas

Les commentaires sont fermés.