Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

17/09/2011

Tous coproducteurs

la libre,momento,autoportrait,malika hamza,slow food,karikolMalika Hamza est la présidente de Karikol, l’association belge qui fait partie de la communauté de 800 000 membres qui adhèrent à travers le monde à la philosophie Slow Food. Elle est également la responsable de l’événement “Goûter Bruxelles”.


MALIKA HAMZA EN 6 DATES

3 juillet 1967 : naissance à Chartres en France. J’ai grandi en Touraine et, bizarrement, en écrivant ces lignes, je réalise que, depuis, je ne suis pas encore retournée à Chartres.

20 mai 1987 : arrivée à Bruxelles après une année de voyage de Belfast à Istanbul. La gare du Midi embaume le chocolat. Cette ville est pleine de promesses.

10 mai 2000 : naissance de mon fils Ethan. Et la vie prend une autre dimension.

Juillet 2007 : création de Karikol, l’antenne bruxelloise de Slow Food. Cette nouvelle aventure a été pour moi l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes et d’initier une belle dynamique qui nous a amené vers des projets tels que Goûter Bruxelles.

15 septembre 2011 : sortie en librairie du “Guide Slow Food Bruxelles”, corédigé avec Sandrine Mossiat, aux éditions La Renaissance du Livre.

Du 19 au 25 septembre prochain : Goûter Bruxelles, la semaine du Goût en mode Slow Food.

 

UN EVENEMENT DE MA VIE

Avril 2004, après des années en temps que salariée, je décide de me lancer dans l’aventure de l’indépendance, à temps réduit dans un premier temps. Ce bout de chemin me conduit quatre ans plus tard à créer ma société. Le moteur de ce changement professionnel était le besoin, quasi vital, de me réapproprier le temps et les projets sur lesquels je serai amenée à travailler. Passé les premiers vertiges et les inquiétudes financières, force est de constater qu’être indépendante est le statut qui me convient le mieux. Je pense même, pour le vivre au quotidien, qu’il est plus aisé d’être femme entrepreneur et maman que salariée et maman. Ces différentes facettes de ma vie ne sont plus mises en opposition, et je parviens plus naturellement à combiner temps personnel et professionnel. Il ne se passe d’ailleurs pas un jour sans que je ne savoure le goût de la liberté.


UNE PHRASE

“Manger est un acte agricole”, dit le poète paysan américain Wendel Berry, et “produire est un acte gastronomique”, ajoute le sociologue et fondateur du mouvement Slow Food, Carlo Petrini.
Deux citations qui résument l’esprit de Slow Food : amener les consommateurs que nous sommes à prendre conscience que par nos choix alimentaires, nous influençons les systèmes de production, l’environnement et le sort des communautés rurales. De par ces choix, nous devenons donc coproducteurs des produits que nous consommons. Mais aussi prendre la mesure du lien fort qui existe entre production, alimentation, culture et goût. Et enfin, ne pas oublier de faire coïncider plaisir et responsabilité.


TROIS FILMS

“Rundscop” (Tête de bœuf), de Michael R. Roskam (2011)
Magnifiquement interprété et filmé, “Rundskop” va droit aux tripes. Une histoire campée dans le milieu de la mafia des hormones dans le Limbourg. La tragédie d’un destin cruellement gâché et l’incapacité d’une famille à rebondir sur cet événement douloureux. Un film entre terre grasse et âme d’enfant.

“De l’autre côté de la mer”, de Dominique Cabrera (1997)
L’histoire d’une rencontre entre un Français d’Algérie, qui arrive en France à l’occasion d’une opération de la cataracte, et de l’ophtalmologue qui l’opère, Algérien de France et qui ne connaît pas son pays d’origine. Interprété par deux acteurs magistraux, Claude Brasseur et Roschdy Zem, ce film décrit, de façon touchante, le fossé qu’il peut y avoir entre identité et nationalité, culture d’origine et sentiment d’appartenance.

“Le Concert”, de Radu Mihaileanu (2009)
Ce film raconte la grandeur, la décadence, la cruauté stupide des dictatures, l’inventivité et la débrouillardise dans les moments difficiles, la fidélité à ses idéaux, la capacité de se relever, même quand les autres n’y croient plus, la force du pardon… Avec une pointe de folie typiquement slave. Bref, que du bonheur.


TROIS LIEUX

La maison de famille de mon compagnon, tout près de Gand
Une maison bordée d’un immense potager et d’un verger. Nous y passons deux semaines chaque été, et mon grand plaisir est de partir, bottes aux pieds, à la cueillette des ingrédients du déjeuner et du dîner. Le potager est parsemé de fleurs, surtout des dahlias de toutes couleurs et formes, et est dédié à la biodiversité. Il me rappelle le potager de mes grands-parents en Touraine, et j’aime m’y retrouver.

L’abbaye de la Cambre
Un endroit hors du temps où il fait bon s’arrêter et lire le journal. J’aime le caractère historique et la cohérence du site, le sentiment d’espace, le fait qu’il soit à l’abri, et le calme, bien qu’il soit en contrebas d’une artère importante. Un lieu plein de charme.

Les bords de Loire où j’ai grandi
Mes grands-parents avaient une maison face à la Loire à côté de Tours. J’ai passé des heures à observer le fleuve, à le voir grossir en hiver, au point de déborder et presque disparaître en été. Durant les grosses chaleurs, des bancs de sable apparaissaient en son milieu sur lesquels des arbres finissaient par pousser. Je trouvais ça magique. Les gens du coin racontaient des histoires affreuses de sables mouvants et de tourbillons dans lesquels se perdaient des baigneurs chaque été. De quoi me dissuader de m’en approcher trop près. Il n’empêche que pendant des années, la proximité de la Loire m’a manquée, et que je me sens d’emblée toujours à la maison dans les villes traversées par un fleuve.


TROIS PLATS

Le couscous, of course
Un plat malheureusement largement malmené aujourd’hui. Je me souviens de la fébrilité de ma grand-mère lorsqu’elle disposait sur la table les ustensiles nécessaires à sa préparation : des essuies de cuisine, la grande bassine destinée à la graine et la vieille couscoussière cabossée. La graine enrobée de beurre était passée trois fois à la vapeur afin qu’elle soit “aussi légère que la brise”. Il n’y a pas d’autre plat qui me ramène plus à l’enfance que cette graine, minuscule, parfumée, aérienne, à la fois noble et réconfortante associée à un riche bouillon.

Le bouillon de poule
Parlant de bouillon, le second plat que j’évoquerai est un bon bouillon de poule bien corsé. L’alicament familial par excellence, mais aussi la soupe réconfortante. Lorsque je suis allée en Chine, j’étais en phase avec les us et coutumes locales, puisque les Chinois plongent au moins une fois par jour le nez dans un bol de bouillon parfumé, agrémenté de nouilles, de légumes, de viande ou de poisson. Du réconfort liquide qui ne tient ses promesses que lorsqu’il est préparé maison.

La tarte au maton de Grammont
Cette délicieuse tourte feuilletée est farcie d’une préparation à base de lait caillé (le maton), obtenu par cuisson de lait entier et de lait battu, auquel on ajoute des œufs et du sucre. Je l’ai découverte à l’occasion d’une mission d’inventorisation du patrimoine culinaire de Flandre orientale. La tarte au maton – qui remonte au Moyen Age – bénéficie depuis 2006 de l’appellation “produit européen du terroir”. Respect pour le plat qui a traversé les siècles sans prendre une ride.


UNE DATE

9 novembre 1989
La chute du mur de Berlin.
Je me souviens m’être arrêtée, d’abord éberluée et ensuite émue, devant le journal télévisé. La nuit même, je partais en voiture avec trois amis vers Berlin pour participer symboliquement à la destruction du Mur. C’était la fin de la guerre froide. Et donc le début d’une autre guerre diplomatique, de l’avènement d’un autre ennemi politique. Mais burin et marteau en main, nous étions simplement émus de briser le Mur de la honte.


Ph.: Ch. Bortels

Les commentaires sont fermés.