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17/09/2011

Verdoyante Haute-Marne

la libre,momento,escapade,haute-marneCe département sous-peuplé est truffé de bois et de forêts, de jolis villages et de châteaux. Il y a moins de golfeurs que de chasseurs d’images ou de gibier qui abondent dans les massifs sombres.

Philippe Farcy


C’ÉTAIT EN AVRIL DERNIER, QUAND l’été qui avait avancé son horloge baignait de sa chaleur les matins d’un méconnaissable printemps. En quatre heures de route depuis Namur, il s’agissait de rallier les terres chères au général de Gaulle, à Voltaire, à Diderot, à Simone de Beauvoir qui venait souvent à Châteauvillain dans la ravissante gentilhommière de sa grand-mère du côté maternel, dont la famille provenait de Verdun. La Haute-Marne n’a guère de réputation particulière, vue de chez nous, et, si on la connaît, c’est pour la traverser et filer sur les quatre bandes vers des cieux cléments et des paysages plus pittoresques. Accolé à la Champagne, le département en tire quelques flux de voyageurs qui, comme souvent, se fixent sur deux ou trois lieux incontournables à l’instar de Colombey. Il est vrai que le mémorial et la demeure du général et de tante Yvonne sont immanquables.

Et il y en a bien sûr par ici, car, comme ailleurs, la région a connu ses moments d’Histoire dont quelques bâtisses reflètent l’existence. Comme la Lorraine toute proche, la Haute-Marne a vu naître des artistes intéressants. Si les Lorrains sont plus gâtés, c’est qu’ils avaient une maison princière, avec les ducs de Lorraine, capable de soutenir les jeunes artistes. Georges de la Tour, Claude Lorrain, Sébastien Leclerc, Jacques Callot, entre autres, profitèrent, parmi d’autres créateurs, architectes ou sculpteurs, d’une manne nobiliaire importante. Ce fut moins le cas du côté de Chalons, mais à Langres, où les évêques avaient un peu de moyens, on s’enorgueillit encore d’avoir vu naître l’un des peintres français les plus attachants et, chromatiquement, l’un des plus curieux de son temps, à savoir Jean Tassel (1608-1667). Il fut influencé par les foyers de Paris, Florence et Fontainebleau. Il était issu d’une dynastie de maîtres de qualité qui restèrent fidèles à leur ville. Langres était également la ville de naissance de Denis Diderot (1713-1784). La promenade qui nous était proposée ne concernait toutefois pas les illustres personnages qui fréquentèrent les douces vallées de ce pays immense qui ressemble un peu aux plateaux ardennais entre Bastogne et Virton. Il s’agissait de passer trois jours à dénicher des demeures historiques et des villages oubliés où dorment des trésors.

Passons sur Arc-en-Barrois où le château des années 1840, construit par une sœur du roi Louis-Philippe, n’est plus qu’une ombre que l’on va diviser bientôt en appartements. Il appartint au comte de Paris, comme une quinzaine d’autres châteaux. Notons, toutefois, que le parc sert aujourd’hui de golf pour la totalité de la région, mais il n’offre que neuf trous. Un peu plus loin, vers l’ouest, se trouve la charmante petite ville de Châteauvillain. Celle-ci est située à 15 km de l’abbaye de Clairvaux, qui reste une prison, alors que sa sœur d’Auberive le fut, elle aussi, après avoir été une caserne, suivie par une colonie agricole, pour être finalement reprise par des personnes privées qui en ont fait un centre d’art contemporain. Châteauvillain donc, qui n’a plus de château qu’une tour quand le reste fut rasé pour créer la rue principale de la cité en 1804. L’église abritait le mausolée de Nicolas de L’Hopital (1581-1644), duc de Vitry et sire de ce lieu, après les Beaujeu, Sully, Choiseul. Les débris sont dans la tour subsistante, mais les priants sont conservés au château de Versailles. La cité est toujours entourée de ses murs médiévaux. Quelques jardins en terrasses donnent de l’agrément à la flânerie.

En se dirigeant vers Colombey, on croise alors la route de Dinteville, belle demeure classique où il n’y a guère de choses à voir au-dedans. Mais le site – longtemps occupé par les Dinteville (liens avec Commarin, Chacenay, Vanlay et Polisy, entre autres) – est remarquablement tenu par les marquis de la Ville-Baugé, héritiers de Lebrun. La croix de Lorraine est alors le repère d’une nuit pour mieux atteindre le château de Cirey-sur-Blaise que les Salignac-Fénelon, héritiers des comtes de Siminane, conservent avec soin. Il faut dire qu’ils doivent gérer un endroit historique depuis que la marquise Emilie du Châtelet y reçut, pendant près de quinze ans, un Voltaire vivifiant, follement épris, mais banni de Paris. Le château est passionnant à visiter, même si, comme à Dinteville, il lui manque une moitié. Le petit (mini) théâtre utilisé par Voltaire vaut le détour, de même que la chapelle qui remonte à 1850.

Non loin de là, à Cirey, il se dit que le jardin d’Aline Bienfait est à l’égal du patronyme de la propriétaire, peintre et sculpteur. C’est dans ce pays aussi que se trouve l’extraordinaire château de Joinville, connu sous le nom de “Grand jardin”. Les princes d’Orléans (encore eux) en furent détenteurs bien tard, par héritage des ducs de Guise. Le château exprime les idées de la Renaissance avec un raffinement qui vaut une merveille romaine ou florentine tout en donnant à cette petite cité perdue des airs somptueux d’un bord de Loire. Nous sommes là vers 1540-1545, sous Claude de Lorraine, premier duc de Guise, et après le passage des troupes de Charles-Quint qui firent de la cité l’égal martyre de Liège, en 1468, sous les feux bourguignons. Le château a failli disparaître lors de la Révolution française, et un massacre horrible y fut perpétré contre les gens du prince de Joinville. Il y eut près de cinquante morts. Les jardins renaissants firent place à un parc à la sauce anglaise. Depuis près de trente ans, le Conseil général fit l’acquisition de ce domaine majeur. Le château est devenu un espace culturel, et les jardins, que l’on compare avec facilité avec Villandry, allient les effets savants de la Renaissance et quelques perspectives qui illusionnent sur la dimension du site. Tout ceci n’est qu’un minuscule reflet de trésors trop peu fréquentés par les étrangers, et s’il est une église à ne pas rater, ce sera celle de Vignory.


Ph.: Ph. Facry

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