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15/10/2011

Les tranchées du rire

la libre,momento,derrière l'écran,humour,rtl,rtbfDès le 20 octobre, s’ouvre le “Voo Rire” de Liège, festival crée par les Taloche, soutenus par la RTBF, et auquel va prochainement s’opposer le “Rire sur la ville”de François Pirette (soutenu par RTL), un autre festival prévu à Charleroi en 2012. Mais pourquoi l’humour est-il si important pour les chaînes télé ?

Analyse: Aurélie Moreau


DÈS LA NAISSANCE DE LA PRESSE, les journaux se sont disputés la plume – vendeuse – des caricaturistes. Faire de l’humour une arme de guerre médiatique n’est donc pas un phénomène nouveau mais reconnaissons que l’effet loupe de la télé a tendance à l’amplifier. Car, les enjeux, vous vous en doutez, sont majeurs. Découvrir la star montante qui battra les records d’audience, tel est définitivement le pari du groupe RTL et de la RTBF.

Un exemple pour assurer le consensus ? “Votez pour moi”, lancé dans la perspective des élections fédérales du 10 juin 2007 par duBus et Lamy sur Bel RTL. Le succès fut tel que le rendez-vous fut finalement transformé en séquence radio permanente et en séquence télé long format. “Panique au palais” (dérivé télé diffusé en décembre 2010 sur RTL-TVI) a littéralement battu des records d’audience avec 805 429 téléspectateurs, soit 40 % de pdm !

Au-delà des préoccupations d’audimat, le but – en radio en tout cas – est aussi de ravir la matinale du concurrent, une case horaire primordiale puisqu’elle concentre le plus grand nombre d’auditeurs de la journée. La Première l’a d’ailleurs bien compris en étoffant récemment les effectifs du “Café serré” de Thomas Gunzig avec Bert Kruismans et Laurence Bibot. Une bataille du rire que l’on observe depuis peu sur la tranche 16-18h (avec “On n’est pas rentré” sur La Première). Puisque la case horaire a récemment joui d’une modification du comportement des auditeurs, désormais plus nombreux à rentrer du boulot et donc à être à l’écoute de la radio.

La mise en bouche humoristique est dès lors une arme de séduction idéale pour attirer et conserver l’auditeur en vue de la tranche info du soir (l’info absorbant une grande majorité des investissements en production propre). Le vieil adage – “Femme qui rit, à moitié dans son lit” – conserve toute sa légitimité pour enfoncer la porte d’entrée des foyers. L’enjeu ? La fidélisation ! Et puis l’audience, comme on le sait se monnaie et se vend aux annonceurs. Car les recettes publicitaires sont vitales. In fine, en télé ou en radio, grâce au talent de ces visages médiatiques, véritables représentants du groupe (auquel le public associe désormais sa bonne humeur), la chaîne gagne en visibilité et renforce sa marque.

Si les humoristes sont mobilisés comme invités au service des autres programmes, télé ou radio; Internet – tranchée numérique du rire – demeure le terrain de campagne privilégié de la RTBF et de RTL (surtout) où le buzz alimente le feuilleton médiatique autour des sketchs des enfants prodiges. La bataille se joue sur Dailymotion et Youtube, à coups de capsules courtes, brèves mais terriblement efficaces que les nouvelles formes de combats – les “Lol” et les “MDR” – propagent à la vitesse de la lumière grâce à l’incroyable viralité des réseaux sociaux. A titre d’info, RTL retire 30 % de ses recettes publicitaires du “pre-roll” (message publicitaire vidéo qui apparaît pendant quelque secondes juste avant la visualisation du contenu d’une vidéo) et autres espaces pub sur le Web.

Mais les audiences, on s’en doute, ne sont que la partie visible de l’iceberg. Les humoristes sont aussi de véritables machines à générer du revenu. D’une part, la chaîne capte tous les spectacles pour la diffusion télé et Internet, dont elle s’assure évidemment une partie des droits dérivés et, par contrat, la tenue d’un minimum de représentations : quatre par an pour Mark Herman et deux pour Richard Ruben sur RTL-TVI. Les contrats liant l’artiste à la chaîne concernent évidemment la totalité des prestations télé, l’usage de leurs personnages et aussi… de leur visage ! Enfin, la chaîne s’approprie une partie des droits commerciaux sur la vente de DVD et de VOD. Le marché belge est limité, certes, mais peut-on en dire autant du marché français où se sont implantés de nombreux humoristes belges révélés par RTL et la RTBF, Virginie Hocq et François Damiens – dit l’Embrouille – en tête ? Elargis à l’audience française, la vente de DVD et autres produits dérivés ainsi que les droits de diffusion n’en sont que plus alléchants !

La RTBF et RTL se sont ainsi disputé François Pirette, François Damiens, Mark Herman et Richard Ruben, pour ne citer qu’eux. Dans cet univers schizophrène, force est de reconnaître que les humoristes sont souvent pris en otage dans un univers pétri de stratégies !


Ph.: Christophe Bortels

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