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15/10/2011

Torrontes et abats!

la libre,momento,papilles,vins,torrontesAvec une personnalité marquée que l’on ne peut confondre avec aucun autre cépage, le torrontes est l’unique variété considérée comme autochtone en Argentine.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


LE CÉPAGE ARGENTIN TORRONTES produit un vin blanc qui s’illustre par son arôme envoûtant, à la fois fruité et floral. Sa consommation augmente en Argentine et dans la majorité des pays exportateurs au rythme de l’arrivée d’une nouvelle génération de jeunes consommateurs à la recherche de nouveaux vins. Avec cette personnalité marquée que l’on ne peut confondre avec aucun autre cépage, le torrontes est l’unique variété considérée comme autochtone en Argentine, cultivée dans toutes les régions de production depuis Salta jusqu’à la Patagonie. Injustement attribuée à une variété espagnole, son origine vient de la mutation du croisement d’un type de moscatel d’Alexandrie avec un cépage “créole” qui s’est développé en Amérique du Sud au temps des colonies. Jusqu’à il y a quelques années, ce cépage emblématique d’Argentine était vendu à bas prix, embouteillé en dame-jeanne, comme s’il était resté à l’ombre de son concurrent le malbec, l’autre cépage mythique. Il faut bien avouer qu’à l’époque, il était un peu amer et pommadé.

Les arômes complexes et fruités du torrontes rappellent à la mémoire les parfums de fraises combinées aux fruits à chair blanche, les fleurs comme la rose et le jasmin, les herbes tendres et épicées mêlées à d’autres fruits blancs. Les papilles détectent une fausse impression de douceur, parce que le torrontes est l’un des rares cépages qui évoquent le raisin frais, comme si l’on en buvait le jus extrait à la minute. Cette curieuse impression sucrée, malgré le fait qu’il s’agit d’un vin absolument sec, est sans doute un de ses atouts et explique son succès auprès des jeunes consommateurs qui ont l’impression de déguster quelque chose à la fois de connu et différent. Si c’est un vin dont on oublie difficilement le goût, il peut, par contre, se révéler différent en fonction des différentes régions de production. C’est à Salta, dans le nord de l’Argentine, sous un climat moins chaud, qu’il exprime le mieux la profondeur de ses arômes, mais surtout sa subtilité, son élégance, sa fraîcheur et sa longueur en bouche. Dans La Rioja et à San Juan, les arômes fruités présentent un caractère plus sauvage, et dans la région de Mendoza et en Patagonie, la personnalité du torrontes est plus discrète, plus légère, presque douce. Il faut souligner que ce cépage ne supporte pas la médiocrité, et que, dans des conditions climatiques excessivement chaudes, on est confronté à des arômes exubérants et vulgaires qui rendent le vin pâteux. Sans compromis, les principales grandes caves d’Argentine – traditionnellement installées à Mendoza (Terrazas, Alta Vista, Luigi Bosca et Trapiche) – ont privilégié les régions du nord-ouest de l’Argentine, Salta et La Rioja, pour leur plantation de torrontes, et n’hésitent pas à parcourir les 1 000 km qui les séparent pour embouteiller leur vin à Mendoza.

D’un point de vue gastronomique, les mariages – qui, à première vue, paraissent un peu extravagants – se révèlent très judicieux. Sommeliers et chefs de cuisine y découvriront un nouveau terrain de jeu pour y accorder leurs violons. Etant donné son caractère aromatique, on pense instinctivement aux cuisines orientales, spécialement chinoises, thaïlandaises ou indiennes, qui peuvent se révéler épicées ou non. Ou bien à un apéritif ou une fin de repas sur une tarte aux fruits. Mais pour trouver les meilleurs accords, il faut pousser la porte des churrascarias à Buenos Aires et partager la table des natifs. En entrée, avant le plat principal, invariablement composé d’un morceau de viande à la parrilla, ils grignotent des “embutidos”, les abats grillés à la braise comme le boudin, les rognons, les saucisses piquantes, les foies, etc., dont les saveurs grasses, fumées et épicées se marient à merveille avec un verre de “Torrontes”. C’est promis, la prochaine fois qu’on mange en face des abattoirs d’Anderlecht, on demande une bouteille de “Torrontes” !


Ph.: B.Havaux

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