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22/10/2011

Un cap, une énergie, un enthousiasme

la libre,momento,autoportrait,alexandre poussinAlexandre Poussin est écrivain voyageur. Il a réalisé un tour du monde à bicyclette et une traversée de l’Himalaya avec Sylvain Tesson. Avec son épouse Sonia, il a également traversé l’Afrique à pied, du Sud au Nord, le long de la vallée du Rift.


ALEXANDRE POUSSIN EN 6 DATES

28 avril 1970 : naissance à Uccle, clinique Sainte-Elisabeth. Promenades quotidiennes dans le bois de la Cambre en poussette dont les hêtres aux fûts interminables sont les tuteurs de ma prime enfance. Très tôt, j’ai été attiré par les canopées et j’ai porté le regard vers le ciel. Malheureusement (ou heureusement pour vous, c’est selon !), il n’y pas de droit du sol en Belgique, et donc, je ne suis pas Belge, né de parents français. Snif ! Snif ! J’aime tellement la Belgique !

7 juin 1977 : le nid des poussins se déplace vers le Québec, avec un changement d’accent à la clef. C’est vraiment là que je contracte le virus des grands espaces, de la nature sauvage, de la pêche à la truite. Dans la pêche, on retrouve tous les ingrédients de l’aventure : la nature, la quête, la patience, le silence, la solitude, la responsabilité, la stratégie, l’art et la nécessité du geste bien fait, la contemplation, la joie, le suspense, l’écoute, l’effort, l’instinct de survie, le mystère, l’épreuve du hasard, la valeur de la récompense, la fierté. J’y vis une enfance heureuse dans une famille aimante avec mes trois frères et sœur. J’y apprends que tout est possible.

13 février 1983 : de retour en France depuis deux ans, j’ai du mal à me faire à la petitesse de tout : les voitures, les maisons, les paysages. Ces Français me sont bien étrangers. Je fais feu de tout bois dans un pensionnat : on m’appelait le casse-cou, tant je grimpais partout et faisais des folies en salle de gymnastique. Je finis par me casser le cou, mais en jouant aux billes, ce pourrait être une histoire belge, par Toutatis !, le ciel m’est tombé sur la tête sous la forme d’un gros lard ! Verdict : un an d’hôpital, à un cheveu d’être tétraplégique, et un docteur belge scrogneugneu, qui ne s’appelait pas de Mesmaeker, mais de Meulenaere, de me dire : “Mon petit, vous ne marcherez sans doute plus jamais !” Peut-être qu’il me faisait marcher !

9 octobre 1993 : premier coup de pédales, diplôme de sciences-po en poche, pour faire le tour du monde à bicyclette avec mon camarade Sylvain Tesson. C’est l’envol, la mise en pratique de six ans de scoutisme, la volonté d’aller voir le monde avec mes propres yeux. Nous en rapportons un premier récit : “On a roulé sur la terre”, paru aux Editions Robert Laffont, car lui-même, rescapé d’un triple pontage, s’enthousiasme pour les récits tintinabulesques de deux aventuriers en herbe. Merci, Robert ! C’est le coup d’envoi d’une amitié indéfectible avec Sylvain, faite de 400 coups, de grimpes nocturnes de monuments parisiens, qui culmineront par la traversée de l’Himalaya, du Bhoutan au Tadjikistan en 6 mois et 5 000 km, avec la parution de notre second livre : “La marche dans le ciel”.

4 septembre 1999 : j’épouse Sonia Chassin qui, quelques mois plus tôt, avait répondu “oui” à la question : “Veux-tu changer ton “cha” pour mon “pou”?” C’était au sommet de la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris après une nuit d’ascension, certes illégale, mais tellement délicieuse. Depuis, nous filons le parfait amour, et nous avons multiplié les poussins par deux, grâce à la venue sur terre de Philaé, portée les trois derniers mois de notre marche de 14 000 km depuis le Cap de Bonne Espérance jusqu’au mont des Béatitudes, et d’Ulysse, ayant profité de notre anniversaire de sept ans de mariage lors d’un week-end à Rome pour pointer le bout de son nez.

7 décembre 2005 : nous sommes invités au palais de Laeken pour un dîner privé avec une lectrice passionnée d’“Africa Trek” : S.A.R  Paola de Belgique. Simplicité, gentillesse, sensibilité sont au rendez-vous de ce rêve éveillé. Nous avons découvert une femme portant sur ce continent un regard lucide et curieux. Elle-même se rend en Afrique chaque année et a un réel intérêt pour ses cultures. Un vrai coup de foudre !


UN EVENEMENT DE MA VIE

J'ai passé plus d'un an à écrire "Marche avant", 10 à 12 heures par jour, le derrière vissé sur une chaise à en avoir mal au dos, et c’est un exploit pour un marcheur au long cours !
C’est un livre très important pour moi, car il y est dépourvu de faux-semblants, qu’il se veut un vrai bilan personnel et un bilan du monde tel que je l’ai perçu à travers mes nombreux voyages.
Il reçoit un écho certes plus confidentiel qu’“Africa Trek”, car il n’est pas porté par une série télévisée comme c’était le cas de notre aventure africaine, mais je reçois un courrier de lecteurs très réconfortant : ils me disent qu’ils ont été encouragés dans leurs épreuves par sa lecture. Mission accomplie. Je crois que ce livre offre des clés et des raisons d’espérer à une jeunesse à la fois déboussolée et inquiète de la tournure du monde; un cap, une énergie, un enthousiasme : tout ce qu’il faut avant de se mettre en marche !

UNE PHRASE

Le courage croît en osant et la peur en hésitant.”
Publius Syrius


TROIS FILMS

“Indiana Jones”
Dans mon enfance, c’était “Indiana Jones” : l’appel de l’aventure, la quête mâtinée d’érudition, la bravoure, la droiture, l’humour, le côté boy-scout attardé : tout me plaît. Aujourd’hui, évidemment, les ficelles me semblent un peu grosses, mais bon ! Ces films ont compté pour moi.

“Out of Africa”
Evidemment. Nous l’avons un peu vécu avec Sonia, surtout l’attaque des lions, mais sans crash d’avion et sans ferme en feu ! Reste la passion pour ce continent et les peuples qui l’habitent. Et puis, l’amour, l’amour, l’amour, encore l’amour ! Au paradis, bien sûr, car comme le disait si bien Léopold Sédar Senghor : “Le Paradis ressemble à un matin d’Afrique.”

“Avatar”
Pardonnez-moi, mais ce film m’a bouleversé et je ne suis toujours pas sorti de cet univers fantastique. On a blâmé la simplicité du scénario, mais il ne met en scène que la simplicité de ce qui se passe tous les jours partout sur terre depuis la nuit des temps : le manque de finesse et de scrupule des puissances d’argent qui écrasent tout sur leur passage. Si c’était si simple, on aurait trouvé la solution et amélioré ces comportements… Ce film y contribue, je crois. J’aurais adoré être ambassadeur Na’vi pour essayer de plaider leur cause ! Jake Sully, ça aurait pu être moi (vous aussi ?), d’autant plus que j’ai échappé d’un cheveu au fauteuil roulant…


TROIS LIVRES

“Le monde perdu”, de Conan Doyle
J’ai lu ce livre tout petit. Il m’a fait aimer les récits d’aventures scientifiques. Bien sûr, ont suivi les livres de Roy Lewis : “Pourquoi j’ai mangé mon père”, la saga de J.M. Auel, “Les enfants de la terre”, et de nombreux livres allant de Pierre Teilhard de Chardin à Yves Coppens sur la paléoanthropologie et les origines de la vie. Ces questions m’ont toujours taraudé et me passionnent toujours.

“La terre sur deux roues”, d’Alain Guigny
Quand j’étais à sciences po, le livre le plus passionnant que j’ai lu n’était pas très académique : “La terre sur deux roues”, d’Alain Guigny, un inconnu et laconique Breton granitique qui avait fait le tour du monde à bicyclette en 1979. Je me suis dit qu’une fois mon diplôme en poche, je ferais comme lui et j’ai embarqué dans cette histoire folle mon camarade Sylvain Tesson. Cette histoire, “On a roulé sur la terre”, nous a lancés tous les deux sur les routes du monde et initié nos vies d’écrivains voyageurs. Un livre peut faire basculer un destin. C’est pour moi un immense bonheur de savoir qu’“Africa Trek” a suscité de très nombreuses vocations humanitaires en Afrique ou ailleurs. On est tous les fils spirituels de quelqu’un.

“Le plein, s’il vous plaît !”, d’Alain Grandjean et Pierre Jancovici
En 2006, j’ai lu ce bouquin qui m’a fait prendre conscience de la réalité prochaine du pic pétrolier et de la nécessité de changer nos orientations énergétiques. Ces deux polytechniciens n’ont pas de cheveux longs ni de chemise à fleurs, mais des démonstrations chiffrées et percutantes, des calculs et des formules chocs en guise d’uppercut. Il est grand temps de convertir l’outil pétrole en un système plus propre et plus vertueux. L’enjeu est de taille : notre survie !


TROIS LIEUX

Le Laos, le Ladakh, la Tanzanie
Ils m’ont tous trois apporté quiétude et sérénité. Douceur de peuples épargnés par les grands tourments, sagesses locales, nature vierge. Evidemment que l’on cherche le paradis sur terre quand on part ainsi l’arpenter en tous sens. Je l’ai trouvé dans le cœur de ces gens. En fait, on peut le trouver en tout homme. A condition de prendre le temps.

La ville du Cap
Ville de toutes les promesses et de la Bonne Espérance qui a vu notre départ pour trois ans de marche. Nous venons d’y passer un mois de bonheur à y donner des conférences et des présentations car “Africa Trek, tome II” est enfin sorti en Afrique du Sud. Nous y avons revu tant d’hôtes et d’amis, sommes retournés sur les traces de notre premier pas. C’était très émouvant. Les enjeux de ce pays me passionnent.

L’île d’Yeu
J’adore m’y retrouver pour les vacances. L’insularité et la bicyclette m’y insufflent un vrai parfum d’éloignement à nos portes, et de liberté. J’ai le bonheur d’y retrouver nos nombreux amis Belges que je nourris du fruit de mes sorties de pêche sous-marine !


UNE DATE

Le 11 septembre 2001
Le 11 septembre évidemment, même si cela me blesse de donner de l’importance à ces 12 salopards de pilotes. Nous avions échappé à la guerre froide, nous sommes entrés dans l’ère de la guerre larvée, sporadique, multiforme, incertaine. Les deux blocs, c’était plus intelligible ! Nous étions les gentils du monde libre, les cocos étaient les méchants… Aujourd’hui, la peste barbue se moque des frontières, elle est partout autour de nous et en nous. La preuve : je suis moi-même barbu !


Ph.: Alexis Haulot

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