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12/11/2011

Le temps retrouvé

La Libre, Momento, Dehors, jardin, tempsTributaire des saisons, des caprices de la météo et de bien d’autres impondérables, le jardinier moyen saisit rapidement qu’au jardin, l’essentiel n’est pas d’aller vite.

A chacun son rythme: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


IL LUI SUFFIT POUR S’EN CONVAINCRE de regarder autour de lui et de se laisser porter par l’immuable tempo des saisons. Arbres, fleurs, oiseaux et limaçons vont leur petit bonhomme de chemin. Pourquoi diable augmenter la cadence ? S’énerver pour gagner quelques heures, quelques jours ?

Pourquoi ne pas laisser le temps prendre son temps ? Qu’il devienne un refuge et ne menace plus sans cesse de manquer. C’est cela le cadeau qu’offre le jardin à ceux prêts à le recevoir. Le temps y a tout le temps. Face à l’agitation frénétique de la vie moderne, il nous permet de prendre du recul et d’envisager les choses tout autrement. Paradoxalement, alors que son existence est ponctuée de rythme et de périodes, un jardin absorbe le temps et le transcende. Il l’étire, le réinvente et le renouvelle. Les phénomènes naturels qui s’y déploient dépassent la durée restreinte de nos petites vies. Les corolles se fanent, les feuilles tombent, les maladies et le froid tuent, le jardin n’en a cure. Il meurt un peu à chaque instant pour mieux renaître. Et cela, le jardinier le sait, lui qui vous dira en souriant : “Vivement l’année prochaine pour admirer le spectacle une nouvelle fois.” Il se fiche comme d’une guigne d’avoir, pour ce faire, une année et quelques rides supplémentaires. Il se tient aux aguets, apprend à regarder et à espérer.

En effet, très vite, l’envie lui passe de s’enorgueillir de n’avoir pas une minute à lui. Seul compte l’émerveillement. Il regarde pousser ses végétaux. D’hyperactif, le voici devenu presque contemplatif. Il s’arrête pour le plaisir de l’instant silencieux. C’est-à-dire, aux yeux de certains, pour rien, et ce n’est plus une honte indicible. Plein d’énergie, il adopte pourtant le pas du montagnard qui le mènera plus loin, plus durablement. Il sait que la patience est la vertu cardinale du jardinier.

Les auteurs et chroniqueurs horticoles ont longtemps encouragé à abattre un maximum de travail au cours de l’automne, afin de mieux s’organiser avant l’hiver. Histoire ne pas être noyé au printemps. Sage conseil en soi. Après de nombreuses années passées à patauger dans les plates-bandes collantes, le jardinier lent et un peu paresseux sait qu’il préfère attendre début mars près du radiateur. Il se mettra alors à l’œuvre et aura gagné quelques mois de paix au coin du feu à jardiner avec ses catalogues. L’œil en fleurs, il rêve, car choses rêvées ne sont pas choses dues.

Les adeptes de l’organisation rétorqueront qu’au printemps, la poussée de la végétation est telle qu’on se retrouve alors avec une multitude de choses à faire en un minimum de temps. Pas faux. Si un peu de désinvolture ne vous fait pas peur, et que vous vous moquez bien de l’œil critique du voisinage, laissez votre jardin sens dessus dessous durant la mauvaise saison. La végétation morte protège les plantes et le sol. Lorsque viendra le moment de faire place nette, début mars, les brouettées lourdes et volumineuses de l’automne auront fondu et seront transformées en une paille sèche bien plus légère à manier. Il vous suffira d’empoigner les tiges des vivaces pour qu’elles cassent comme du verre, alors que vous auriez eu bien plus de difficultés à les couper au sécateur quelques mois auparavant. Différez les travaux qui n’ont aucun caractère d’urgence. Même la taille peut être ajournée puisqu’elle n’est souvent qu’esthétique. Cela vous évitera dans un moment de distraction d’enlever d’un coup de cisaille malencontreux quelques floraisons printanières. Un seul critère, l’envie. Rien ne presse. Bien entendu, cela ne veut en aucun cas insinuer qu’au printemps, il faudra bâcler le travail. Vous perdriez tout le bénéfice de votre réconfortante lenteur. Un massif, quel qu’il soit, a besoin de toute votre attention une fois dans l’année, faites donc les choses à votre rythme. La nature s’en accommodera.


La Libre, Momento, Dehors, jardin, tempsPatience et longueur de temps

Bon nombre d’entre nous rêvent parfois de gagner quelques années en plantant des végétaux de belles dimensions. Il est vrai que certains sujets très jeunes manquent de prestance et s’apparentent davantage à un manche à balai surmonté d’un plumet qu’à l’arbre de vos rêves, imposant et touffu. Difficile de deviner sa forme future et son envergure ou quoi que ce soit qui vaille la peine d’une si longue attente. Pourtant, les jeunes plantes reprennent dans l’ensemble mieux que les plantes âgées. Leurs chances de reprise sont beaucoup plus élevées.
Bien sûr, il faudra patienter avant d’obtenir l’effet souhaité. Les vertus de la lenteur et les récompenses qu’elle apporte, à qui sait respecter les rythmes de la nature, sont indéniables. Arbres et arbustes ont besoin de s’installer avant de donner le meilleur d’eux-mêmes. A l’inverse de nous, ils deviennent toujours plus beaux avec l’âge. Quelques années sont nécessaires pour transformer un jeune sujet en jeune premier. Et ceci influence directement le prix. Rien de plus logique en somme…


Ph.: MNC & MPV

17:30 Publié dans Dehors | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, dehors, jardin, temps | |

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