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12/11/2011

La lenteur d'un trait de plume

La Libre, Momento, Sorties, activités, littératureL’automne sonnant et trébuchant, les livres reçoivent leur bon de sortie.

Thibaut Roland


ENTRE LENTEUR ET LITTÉRATURE, les affinités électives étaient, à l’aube de l’écriture, d’ores et déjà dessinées. Les hommes et femmes de lettres n’ont pas attendu de voir le XIXe siècle sonner pour jeter avec Lamartine le “Ô temps, suspends ton vol” tant de fois ciré et répété sur les bancs d’école.

L’automne tirant doucement la couverture sur les virées au grand air, les livres reçoivent à leur tour un “bon de sortie”. Plus qu’un hasard de calendrier, la saison se prête au coin du feu, aux bouquins écornés, aux reprises et remises d’ouvrages sur le métier.

De là à s’enfermer chez soi, chaussons relevés et peignoir bien troussé, il reste un pas que beaucoup ne franchiront pas.

Car la littérature sait aussi s’exporter, casser sa stature et se démystifier. Nul besoin de ne goûter qu’aux madeleines de Proust, qu’à Virginia Woolf et ses tasses de thé pour pouvoir s’en distraire et s’en amuser. Comme l’utile se joint à l’agréable, les sorties pointues côtoient les choix plus abordables.

Dans la catégorie poids lourds (à moins que l’appellation poids “plume” ne se trouve plus appropriée, tant il est vrai que l’écriture lui pesait), on s’en voudrait de ne pas signaler l’exposition Maeterlinck au musée des Beaux-Arts à Gand.

Ceci étant, il n’est pas sûr qu’il y soit aisé d’y traîner chiens et enfants. Parfois abusivement qualifié d’écrivain symboliste, voire impressionniste, le prix Nobel (belge par identité imposée plus que par affinité) se retrouve ici renvoyé au peintre George Minne et à l’art visuel de son temps.

Et du temps, parlons-en. Après avoir sué sang et encre sur les manuscrits de “La légende des siècles”, Victor Hugo savait de quoi il en retournait. A l’occasion de “Année 2011, la Wallonie des grands écrivains”, le patriarche français s’est déjà vu tresser lauriers et haies d’honneurs aux quatre coins du pays. Il est vrai qu’autrefois exilé chez nous, Hugo n’avait pas pourfendu la jeune Belgique à la façon d’un Baudelaire devenu, à Bruxelles, aigri et allergique.

Le 20 novembre 2011, Victor Hugo affichera donc une nouvelle fois son génie et sa lisibilité. A Silly, le saint patron des lettres deviendra pour un temps celui des amateurs de bande dessinée. Tout scrupule historique effacé, voici, en effet, Hugo posté en tête de gondole d’un festival BD. Le principe de l’événement respire pourtant la simplicité : dessinateurs et scénaristes de toute planche tenteront de montrer que leurs bandes dessinées partagent avec l’œuvre de Hugo autre chose que des hasards et des incongruités.

Mis en bulles, Hugo n’en sera que plus facilement débouchonné. Car, au même titre qu’un Maeterlinck à la “main balbutiante” et au style alambiqué, l’œuvre hugolienne ne respire pas toujours l’évidence. La bande dessinée devrait permettre aux plus jeunes de l’apprivoiser.

Comme il fallait s’en douter, la littérature se réserve en d’autres lieux et d’autres tables aux initiés. Nul ne sait encore si l’œuvre du Belge, Jean-Claude Pirotte, passera la rambarde de la postérité, mais l’écrivain vainc, lentement mais sûrement, le silence épais qui, parfois, l’entourait.

Coiffé du prix Apollinaire (décerné le 4 novembre dernier), Jean-Claude Pirotte fait aujourd’hui l’objet d’une exposition à la Maison de la Culture de Namur. “Peintre du dimanche et écrivain du samedi”, l’écrivain a commencé par coudre le temps libre à la poésie. Aujourd’hui, sa charrette de livres semble à chacun suffisamment chargée pour que les exposants, les universitaires et les conférenciers en viennent à s’y intéresser. Livres alambiqués ? Ecriture à dent dure ? Pas si sûr. L’exposition tentera de le prouver.

Et si cette lenteur-là ne vous sied pas, il restera, à n’en guère douter, un folio jauni à éplucher chez soi.


Ph.: AFP

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