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19/11/2011

Au coeur du savoir-faire champenois

La Libre, Momento, Escapade, Champagne-Ardenne, savoir-faireAux portes de notre pays, la vaste et verte région de Champagne-Ardenne recèle nombre de trésors méconnus. Au-delà du célèbre vignoble champenois, il y a mille et une façons de découvrir une région où l’artisanat et les métiers d’art font partie intégrante du patrimoine.

Découverte: Bruno Boutsen


POUR BEAUCOUP D’ENTRE VOUS, quand on évoque la région de Champagne-Ardenne, c’est sans doute Reims, cité du sacre des rois de France, qui est célèbre, notamment, pour sa cathédrale, sa montagne et son vignoble, qui vous vient de suite à l’esprit. Pourtant, au-delà du célèbre – et très apprécié des Belges – vignoble champenois, la région française, située au nord-est de la France et bordée au Nord par notre pays, recèle bien d’autres trésors encore trop peu connus.

Ce que l’on sait peu, par exemple, c’est que la Champagne-Ardenne – laquelle s’étend sur plus de 25000 km²  et compte en son sein pas moins de quatre départements (l’Ardenne et son chef-lieu médiéval de Sedan, la Marne, cœur de la région, la Haute-Marne et, enfin, l’Aube) – est l’une des régions les moins peuplées et, par là même, les plus vertes de France. Ainsi, entre les reliefs du massif ardennais, tout au Nord, les coteaux de l’Est accueillant le vignoble champenois, et la plaine centrale de Champagne, appelée également “Champagne crayeuse”, cette région compte pas moins de 5 000 sentiers et autres itinéraires de promenades, offrant un grand nombre de possibilités aux randonneurs, qu’ils soient à pied, à cheval, à vélo ou bien encore en moto. Les forêts y occupent une place très importante, de même, d’ailleurs, que les rivières qui traversent généralement la région d’est en ouest, à savoir l’Aisne, la Marne et l’Aube. La région se situe d’ailleurs en amont de trois grands bassins que sont ceux de Seine-Normandie, de Rhin-Meuse et de Rhône-Méditerranée. La Seine y coule également, traversant, notamment, la très jolie ville de Troyes, autour de laquelle on retrouve trois des quatre “grands lacs de Seine” (lac d’Orient, lac du Temple, lac du Der-Chantecoq), soit des lacs artificiels dont le but est de protéger l’Ile-de-France et Paris des crues de leur fleuve.

Troyes, parlons-en ! En effet, à côté de Reims l’épouvantail, forte de sa position géographique sur l’axe Paris-Strasbourg et de ses quelque 200 000 habitants, et de Châlons-en-Champagne, située dans la Marne et centre administratif de la région, sa capitale historique qu’est Troyes mérite le détour. Deuxième ville la plus peuplée de Champagne-Ardenne et riche d’une Histoire qui la vit occuper une position centrale du XIIe au XVIe siècle en étant l’étape privilégiée des célèbres foires de Champagne (à cette époque, Troyes était la capitale du commerce et du négoce), cette ville, labellisée “Ville d’art et d’Histoire”, dispose d’un patrimoine architectural, notamment religieux, important. Troyes n’est-elle d’ailleurs pas surnommée “la ville aux dix églises ou aux cent clochers”… Parcourir – de préférence à pied – son centre-ville, en forme de bouchon de champagne, vous permettra d’admirer ses charmantes maisons à colombages datant du XVIe siècle, époque à laquelle l’industrie du textile se développa considérablement (jusque dans les années 60), et donc ses nombreuses églises. Ces dernières sont d’ailleurs pour l’essentiel embellies d’un ensemble exceptionnel de vitraux, la Champagne-Ardenne étant la région d’Europe la plus riche en vitraux anciens (15 000 m²), dont l’église Sainte-Madeleine et son jubé de pierre sculpté, quasi unique en son genre. Un passage au tout aussi unique Musée de l’outil et de la pensée ouvrière s’impose également. Sis dans l’hôtel particulier de Mauroy, en plein cœur de Troyes, cet espace muséal – acquis par la Ville dans les années 60 et confié depuis lors aux Compagnons du devoir, association ouvrière héritière des mouvements du compagnonnage – renferme dans près de 60 vitrines une collection de quelque 10 000 outils de façonnage à main datant des XVIIIe et XIXe siècles. Soit en quelque sorte une vitrine ouverte sur les métiers d’hier et d’aujourd’hui, que ce soient ceux du bois, du fer, du verre, du cuir ou de la pierre, et un hommage au génie de ces artisans.


La Libre, Momento, Escapade, Champagne-Ardenne, savoir-faireLe savoir-faire champenois, réputé, se décline et s’exporte

La thématique de l’artisanat et des métiers d’art constitue donc, avec celle ayant trait aux grands hommes (Charles de Gaulle, bien sûr, mais aussi Voltaire, Renoir, Diderot..), une porte d’entrée tout à fait intéressante pour les visiteurs de cette belle région qu’est la Champagne-Ardenne, terre de savoir-faire. Un savoir-faire qui a d’ailleurs dépassé ses frontières… C’est notamment le cas du verre, précédemment évoqué, et plus particulièrement du cristal. A cet égard, une visite de la Cristallerie royale de Champagne, située à Bayel, à quelques encablures de Troyes, vaut également le détour. On façonnait déjà le verre à Bayel en l’an 1300, mais c’est le maître verrier vénitien Jean-Baptiste Mazzolay qui fonde, au XVIIe siècle, la Manufacture royale en cristaux de Bayel, devenue par après la Cristallerie royale de Champagne. L’activité ne s’y est pas éteinte depuis sa création, mais les maîtres verriers, qui y perpétuent le travail du cristal à la main et que l’on peut d’ailleurs voir à l’œuvre au travers d’une visite guidée, y sont de moins en moins nombreux. Ce qui rend la visite encore plus intense… D’une “entreprise du patrimoine vivant” à une autre, il n’y a qu’un pas, et de Bayel à Orges et son Moulin de la fleuristerie, aussi… A l’origine, ce moulin et sa vieille roue à aubes servaient à produire de la farine et de l’huile, puis ils sont devenus forges au XIXe siècle. Au début du XXe siècle, cependant, les établissements Briançon s’établissent à Orges pour y fabriquer des fleurs artificielles dont on orne alors les chapeaux, les vêtements, les tentures. Aujourd’hui, grâce à un entrepreneur passionné et à sa femme dévouée, s’y perpétue un savoir-faire unique en France au service des créateurs de haute couture et de décoration. Le moulin est, en effet, le dernier centre de production de pistils, pétales, feuilles et fruits artificiels destinés, notamment, à la haute couture (Chanel), aux ateliers de décoration et même aux pâtissiers (Lenôtre).

Enfin, last but not least, tant les savoir-faire champenois sont nombreux (citons encore l’art de la poterie qui peut être appréhendé à Soulaines ou celui de la coutellerie dont la capitale est Nogent-sur-Marne), une remontée de la vallée de la Blaise, via Colombey-les-Deux-Eglises où le “grand Charles” est partout, vous mènera à Dommartin-le-Franc. Là même où vient d’être inauguré un parcours d’interprétation unique en son genre, à savoir le “Metallurgic Park”. Il dévoile sur quatre sites, dont celui de Dommartin-le-Franc constitue le plus fameux, les secrets de la métallurgie haut-marnaise, laquelle connut un âge d’or dès avant la Révolution industrielle. Il faut dire que les hommes du fer champenois bénéficiaient à l’époque d’un contexte et d’une diversité de matériaux (terre, bois, eau) essentiels à la fabrication du métal. Sous le titre “L’odyssée des hommes et du fer en Haute-Marne”, le “Metallurgic Park” retrace, au travers d’un parcours scénographique interactif et dynamique qui vous mène d’un haut fourneau à une halle à charbon, l’évolution de la métallurgie haut-marnaise dès le Moyen Age jusqu’à nos jours, évoquant notamment l’incroyable diffusion mondiale de la fonte d’art.


Ph.: Wim De Mont & M. Stracchi

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