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26/11/2011

Nouveaux vignobles au pays des gauchos

La Libre, Momento, Papilles, Vins, Campanha, BrésilDe gaucho à vigneron, de la pampa à la vigne. La région de Campanha, à l’extrémité sud du Brésil, est le dernier Eldorado des planteurs de vignes.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux, à Campanha, Brésil


PARALLÈLEMENT À LA CROISSANCE économique du pays, la viticulture brésilienne vit une véritable révolution. Elle se traduit par l’émergence de nouvelles régions de production où, à coup de millions de dollars, les investisseurs plantent des milliers d’hectares de vignobles et érigent d’immenses caves. Après Serra Gaucha, la première et plus importante zone de production située autour de la ville de Bento Gonçalves, la vallée de Sao Francisco située dans le nord du Brésil où, sous un climat semi-aride, on produit plus de deux récoltes par an, et Santa Catarina à l’est des plages de Florianopolis, le dernier Eldorado des planteurs de vignes s’est déplacé à l’extrémité sud du pays, à la frontière de l’Uruguay, dans la région de Campanha.

Pour y accéder, il faut atterrir en Uruguay sur l’aéroport minimaliste mais néanmoins international de Rivera qui partage la frontière avec son homologue brésilien, la ville de Livramento. Ces deux villes, qui ne forment en fait qu’une seule unité urbaine, sont séparées par une simple rue, sans aucun repère qui puisse permettre de se rendre compte que l’on passe d’un pays à l’autre. Au-delà de cette ville consacrée au commerce et à la contrebande, ne s’offrent à la vue que de vastes étendues de pampa et de prairies balayées par des vents persistants, peuplées par des gauchos fièrement vissés à leur monture pour conduire leurs troupeaux de vaches ou de moutons.

Depuis une petite dizaine d’années, 1 500 hectares de vignes, qui représentent 15 % du total du vignoble brésilien, sont venus colorier ces paysages vallonnés d’une couleur verte plus intense, qui contraste avec le vert tendre des pâturages. Le climat continental est tranché entre des hivers rigoureux qui recouvrent la campagne de neige et des étés chauds garants d’une bonne maturité des raisins. La pluviosité abondante, qui est souvent à l’origine de maladies comme le mildiou ou l’oïdium, est contrecarrée par des vents réguliers qui, en séchant les feuilles et les fruits, évitent le développement de ces maladies. Le choix des cépages, dicté par la demande du marché, s’est orienté vers les variétés internationales comme le cabernet sauvignon, le merlot, le sauvignon ou le chardonnay, le pinot noir et, héritage de la colonisation portugaise, le touriga national. Les conditions climatiques particulières ont attiré principalement de nouveaux investisseurs intéressés par la production de mousseux qui jouissent déjà au Brésil d’une très bonne réputation.

“No Limit” est l’impression qui marque le visiteur. Pas de limite dans les moyens financiers consacrés aux projets, tant au niveau du vignoble, parfaitement planté et irrigué, que des installations de vinification qui ont adopté le matériel à la pointe de la technologie. Pas de limite non plus dans la dimension des projets menés, par exemple, par deux des caves les plus réputées du Brésil, Miolo et Salton, qui n’ont pas hésité à planter chacune 600 hectares de vignes.

Les autres projets, certes plus modestes dans leur phase initiale, atteignent entre 25 et 50 hectares, et sont principalement menés par d’importants propriétaires fonciers jusqu’ici spécialisés dans l’élevage ou la culture de riz ou de soja. Ceux-ci ont été attirés par le marché du vin brésilien appelé, selon les experts, à un très bel avenir. En effet, avec 190 millions d’habitants qui ne consomment que 2 litres par an, le Brésil est le principal marché d’Amérique latine. Si, jusqu’à un passé récent, boire du vin était réservé aux plus fortunés, un peu snobs et soucieux d’exposer leur bon goût, depuis 2005, l’évolution économique du pays a rendu possible l’accès au vin à une classe moyenne dont la consommation actuelle, estimée à 6 litres par an, devrait doubler d’ici 2013.

A ce jour, on compte une quinzaine de projets, dont la majorité n’a derrière elle que l’expérience de deux ou trois vendanges. Il est évidemment difficile de juger une région viticole avec si peu de recul, mais, globalement, on peut affirmer que les vins sont de bonne facture et que le niveau qualitatif est en progression constante.

On distingue trois types de producteurs :
– les caves traditionnelles déjà bien implantées dans d’autres régions viticoles du Brésil, comme Salton et Miolo, qui maîtrisent parfaitement le métier et qui ont décidé d’exploiter les conditions climatiques du sud du pays. Miolo en est le meilleur exemple. Considéré comme le leader après avoir révélé le potentiel qualitatif de la région, il oriente la production de sa nouvelle cave “Almaden” vers des vins de cépage accessibles, techniquement irréprochables;
– dans la foulée, séduits par les belles perspectives de développement de la consommation et par souci de diversification, de nombreux propriétaires de fazendas, éleveurs et producteurs agricoles déjà implantés dans la province, ont décidé d’investir dans la viniculture, malgré une expertise qu’il leur reste à acquérir pour aboutir à l’élaboration de vins fins;
– la dernière catégorie est constituée par de plus petits producteurs très motivés et aux moyens plus modestes, qui relèvent avec succès le défi du potentiel qualitatif de la région. C’est le cas d’Anthony Comerlatto qui, aux prises avec les 8 hectares de vignes de la cave Routhier  & Darricarrère, signe un cabernet sauvignon subtil, frais et parfaitement équilibré sous le nom de Provincia de Sao Pedro.


Ph.: B.H.

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