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03/12/2011

Rencontre avec un Master of Wine

La Libre, Momento, Papilles, Vins, master of wine, Ballesteros PedroAprès une formation de trois ans, Pedro Ballesteros est devenu l’un des 299 Masters of Wine du monde. Retour, avec lui, sur ce titre prestigieux.

Baudouin Havaux


CTUELLEMENT, SEULEMENT TROIS Masters of Wine résident en Belgique, Jan De Clercq, Fiona Morrison et Pedro Ballesteros, le dernier diplômé qui a reçu l’année passée son titre de Master of Wine. Ce titre est attribué par l’Institut of Masters of Wine, qui siège dans un confortable hôtel de maître à Londres, où il a été créé en 1953 à l’initiative des commerçants de vin anglais. Ceux-ci souhaitaient développer l’éducation et la formation des professionnels qui travaillaient dans le commerce du vin, mais également certifier leurs connaissances et leurs talents. Actuellement, cette institution indépendante de la corporation des négociants en vin du Royaume-Uni ne dispense plus sa formation uniquement aux marchands de vin, mais à tous les professionnels du secteur comme les sommeliers, journalistes, consultants, producteurs, etc. Quoique deux tiers des diplômés soient des sujets de sa gracieuse majesté la Reine d’Angleterre, l’Institut of M.W. s’est largement ouvert à l’international, notamment en créant des sièges en Australie et en Californie, et à ce jour, les 220 candidats inscrits proviennent des quatre coins du monde. A la date d’aujourd’hui, ce titre – envié et reconnu comme le plus prestigieux au niveau professionnel – n’est porté que par 299 diplômés autorisés à faire suivre leur nom de ces deux lettres magiques M.W.

Originaire d’Espagne, Pedro Ballesteros, à la fois ingénieur agronome et œnologue, travaille comme expert en énergie à la Commission européenne, il collabore à “Vinomagazine” et vit avec sa famille à Bruxelles depuis 1993. “Momento” l’a rencontré pour en savoir un peu plus sur ce prestigieux titre de Master of Wine.

Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre et poursuivre ce programme de M.W. ?
Comme agronome et œnologue, j’ai toujours été passionné par le vin. Malgré une maîtrise en œnologie, j’ai souhaité continuer mes études. Dans un premier temps, j’ai passé le Wine&Spirit Education Trust, l’obtention de ce diplôme est le cheminement classique pour entamer le Master of Wine. C’était une décision personnelle motivée par mon amour du vin.

Quelles sont les épreuves à passer pour obtenir ce titre ?
En principe, la formation dure minimum 3 ans, mais rares sont les candidats qui arrivent à boucler le cycle en 3 ans. Avant d’intégrer la formation, il faut répondre à plusieurs conditions : il faut justifier une expérience professionnelle, prouver sa motivation, réussir une épreuve écrite et, finalement, être parrainé par un Master of Wine. J’ai été parrainé par un Néerlandais, Frank Smulders. Je suis actuellement “mentor” pour deux candidats belges, Filip Verheyden et Dirk Samyn. La première année, j’ai suivi une journée de cours par mois à Londres et un séminaire d’une semaine en Autriche. J’ai dû faire plusieurs présentations durant l’année et passer un examen théorique et pratique qui constituait en une dégustation de 12 vins à l’aveugle. La seconde année, la plus difficile, il faut participer à un séminaire soit en Californie, soit à Bordeaux, soit en Australie. L’année se termine par le grand examen qui se déroule sur 4 jours. Les 3 premières matinées sont consacrées aux épreuves écrites de 12 vins du monde à l’aveugle, et les après-midi aux tests théoriques portant sur la viticulture, la vinification et le business. La quatrième journée étant consacrée à des épreuves théoriques portant sur des sujets socio-économiques. La troisième année, j’ai présenté une thèse sur “Les motivations et le fil conducteur des négociations de la nouvelle politique agricole commune en matière de vin en Europe”.

Quelle a été l’épreuve la plus dure ?
Sans conteste, l’examen de la seconde année, car il porte sur une matière immense qui comprend les aspects viticoles, vinicoles, commerciaux, politiques, socio-économiques des vins du monde entier. Les 36 dégustations à l’aveugle étaient également éprouvantes. En effet, l’objectif n’est pas tant de découvrir l’origine du vin, le nom du producteur ou le millésime, ce qui n’a pas d’intérêt et qui, de plus, est pratiquement impossible face à l’offre pratiquement infinie des vins du monde entier. La fameuse scène dans la comédie “L’aile ou la cuisse” est une caricature de dégustation. Il est impossible pour un dégustateur de reconnaître avec autant de précision le contenu des bouteilles, à moins d’être uniquement spécialisé dans une région très précise et ne rien connaître du reste du monde. Ce que l’on exige des Masters of Wine, c’est de développer une méthode de raisonnement qui permet de décrire les vins, de développer une logique de dégustation qui permet de percevoir leur typicité, leur caractère, et, finalement, de placer ces vins dans un environnement marchant en fonction de l’aspiration et de la satisfaction du consommateur. La finalité étant de développer un cheminement intellectuel.

Quelques conseils pour les futurs candidats ?
Ne pas entreprendre ce cycle si vous n’êtes pas fanatique du vin, et ne le faire que par plaisir et pour son épanouissement personnel, sans se focaliser sur l’obtention du papier. Disposer d’assez de temps pour étudier plusieurs heures par jour. Il faut aussi avoir des ressources financières suffisantes, car en plus des 3 000 € de minerval annuel, il faut consacrer un budget aux déplacements.

Comment concevez-vous le vin ?
Le vin est la seule boisson “aspirationnelle”. Comparé à toutes les autres boissons, bières, spiritueux, etc., le vin est une boisson complexe, difficile à comprendre pour un amateur. Ne comprennent le vin que les gens qui développent une curiosité intellectuelle. Malheureusement, beaucoup de consommateurs qui n’ont pas cette curiosité ne jouissent pas de toutes les dimensions du vin et sont condamnés à boire des vins de qualités standardisées qui entrent en concurrence directe avec les autres boissons.

Quelles sont les bouteilles que vous allez ouvrir pour le repas de Noël ?
Deux bouteilles de champagne : Vignes d’Antan de chez Taplant et une cuvée Selosse. Je poursuivrai avec une bouteille de Rioja, soit Cirsion ou bien La Nieta. Ensuite, pour me rappeler mes souvenirs du voyage que je viens de faire au Chili, une bouteille de Carignan de chez De Martino. Sur le dessert, un Vin Santo, soit de Toscane, soit de l’île de Santorin.

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