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17/12/2011

La RTBF donne de la voix

La Libre, Momento, Derrière l'écran, The Voice, RTBFCe mardi 20 septembre, “The Voice” – le nouveau télé-crochet – débarque sur la RTBF. Retour sur un phénomène mondial, d’origine hollandaise et dont les droits d’adaptation ont été vendus à une trentaine de pays. Soutenue par Endemol, la RTBF parviendra-t-elle à s’imposer ? La une, 20h20.

Dossier: Aurélie Moreau


EN ATTENDANT LE LANCEMENT BELGE francophone de The Voice sur La une, le monde de la télé tire des plans sur la comète. La RTBF en est convaincue : “The Voice” est“un télé-crochet soft”, “digne successeur de feu Pour la gloire”, “un programme de service public positif” destiné à dénicher les meilleurs talents vocaux du territoire. “The Voice” a une particularité de taille : le choix des “voix” se fait à l’aveugle, le jury ne découvrant la physionomie des personnes retenues qu’après leur prestation. Marchera ou marchera pas ? Toujours est-il que le concept de télé-réalité douce –  d’origine néerlandaise – rencontre un succès évident dans les pays où il a déjà été diffusé. Dès lors, les chaînes du monde entier s’en arrachent les droits d’adaptation.

Petit rappel. “The Voice of Holland” est diffusé pour la première fois sur RTL4 en 2010 et réunit alors une moyenne de 2,7 millions de téléspectateurs. D’après la RTBF, la chaîne a doublé son audience lors de la diffusion de l’émission, passant de 19 % de pdm à 39 % de pdm. Plus récemment, le premier épisode de la seconde saison a attiré 3,3 millions de Néerlandais. Plus qu’encourageant, ces résultats persuadent ensuite l’américaine NBC d’adapter le format en avril 2011. “The Voice of America” propulse la chaîne en tête des audiences. Avec un jury composé de stars internationales (Christina Aguilera, Maroon 5, Cee Lo Green et Blake Shelton), la finale parvient à réunir 12,6 millions d’Américains. Convaincue que la seconde cuvée n’en sera que meilleure, la chaîne prolonge de plusieurs émissions la seconde saison prévue en février.

Les chaînes CTV (Canada), TV2 (Nouvelle-Zélande), Dubaï One (Emirats arabes unis), Go! (Australie), SABC3 (Afrique du Sud), Mnet (Corée du Sud) et 1+1 (Ukraine) ont également réalisé des records d’audience similaires au cours de l’année 2011. De nombreux pays d’Asie, d’Europe de l’Est et d’Amérique du Sud en ont également acquis les droits d’adaptation. Au cours du premier trimestre 2012, BBC et TF1 se lancent également dans l’aventure. Si le jury britannique a déjà été confirmé (Will I Am, Jessie J, Tom Jones et Danny O’Donoghue), le jury français fait l’objet de tous les pronostics. A côté de Sharleen Spiteri (du groupe Texas) et Florent Pagny, sont notamment pressentis Garou, Kool Shen (NTM), Céline Dion, Pascal Obispo, Mika ou encore Patrick Bruel. L’émission n’aurait d’ailleurs pas encore d’animateur.

Chez nous, c’est la RTBF qui a acquis les droits de l’émission auprès de la société néerlandaise de production “Talpa” de John De Mol (détentrice des droits du télé-crochet dont elle est la créatrice). Le contrat, signé le 28 juin dernier, prévoit également qu’Endemol (“Star Academy”, “Secret Story”, “Big Brother”) assure la production exécutive des 17 émissions au sein du Studio 40 de la RTBF, à la Média Rives de Liège. En échange, Endemol s’est engagée à recourir aux équipes et au matériel de la RTBF. “Ils vont faire tourner nos moyens pendant au moins six mois”, expliquait François Tron, directeur de la télévision. Un partenariat qui pourrait profiter à long terme à la RTBF puisque de futures collaborations sur des émissions et des fictions françaises “ne sont pas à exclure”. En dépit des réductions budgétaires de la RTBF (– 18 % en deux ans), “The Voice” reste le programme de variété le plus cher de l’histoire du service public, qui espère par ailleurs convaincre de nombreux annonceurs. En effet, le public cible de l’émission (18-49 ans) intéresserait particulièrement le secteur publicitaire, pour qui les produits Endemol sont souvent un gage de succès.

Le résultat est donc fort attendu, ce mardi sur La une . Durant l’enregistrement de la première phase de sélection, les quatre jurés belges (Quentin Mosimann, BJ Scott, Lio et le groupe Joshua) se sont ainsi livrés à un exercice délicat : créer un véritable show – afin de respecter le cahier des charges de la version originale – tout en considérant les missions de service public de la chaîne. A la RTBF on insiste donc sur l’héritage de “Pour la gloire”, dans une version interactive et moderne mobilisant la télé, la radio (Classic 21 et VivaCité) et Internet (particulièrement les réseaux sociaux). Et d’ajouter que “ce n’est pas une télé-réalité au sens péjoratif du terme”. “C’est positif, estime François Tron, il n’y a pas de casseroles. C’est du coaching et c’est conforme aux valeurs éthiques de nos chaînes. Le but est de révéler des talents belges et de les assister avec les coaches. Je ne vois donc pas en quoi cela entrerait en contradiction avec notre mission de service public.” Alors que le divertissement n’est plus un genre où la RTBF parvient à s’imposer, cela n’empêche pas la direction de nourrir de grandes ambitions pour “The Voice”. D’autant plus que le 25 novembre dernier, VTM diffusait pour la première fois le télé-crochet en Flandre. “Elle a écrasé la concurrence avec presque 800 000 téléspectateurs…”


La Libre, Momento, Derrière l'écran, The Voice, RTBFQUENTIN MOSIMANN: UN JURE BELGE

Vous venez de terminer le tournage de la première phase de sélection, ou en êtes-vous à présent ?
Pour l’instant, nous devons finalement tourner une dernière émission pour cette étape car, selon le règlement, nous devions chacun sélectionner une équipe de 14 candidats. Or, nous avons terminé la première phase de sélection avec 13 candidats, sauf Lio, qui en a 15. Du coup, on va réécouter les talents et les auditionner une seconde fois sur le plateau.

Et ensuite ?
Nous passons au “coaching” des candidats. Ça se passera pendant quatre à cinq jours. Le but, c’est de ne pas avoir trop d’influence sur eux non plus. J’essaye de cibler leurs goûts musicaux et de faire en sorte qu’ils se sentent bien. Ensuite, on les oriente et on choisit, au sein de nos équipes, deux personnes qui devront s’affronter lors de duels en deuxième phase de sélection. La production n’a engagé que moi mais je travaille actuellement avec ma propre équipe, qui sera également présente lors des coachings. Je propose par exemple un coaching mental qui passe par le sport. J’associe beaucoup la musique à la gestion du stress, de la pression et du comportement sur scène. J’aimerais aussi leur apprendre à gérer l’échec éventuel. Je voudrais qu’ils soient accompagnés psychologiquement pendant cette épreuve. C’est une chose que je n’ai pas eue à la “Star’Ac”. Or, c’est indispensable. On débutera le tournage du coaching, le 20 décembre en Belgique, si je ne me trompe pas…

Vous avez l’impression que la sélection à l’aveugle influence vos perceptions du candidat idéal ?
J’encourage souvent les gens à essayer parce que c’est vraiment déroutant. On peut toujours se voiler la face et prétendre que le physique et la prestance sur scène n’ont pas d’influence sur nos choix. Mais c’est complètement faux. Et puis, comme on ne voit rien, on écoute plus attentivement la moindre fausse note. On ne laisse vraiment rien passer. L’ouïe devient soudain le sens le plus sollicité. Et en même temps, c’est vraiment excitant car on ne sait jamais sur qui on va tomber. La concurrence entre les coaches pour être le premier à sélectionner le candidat est très excitante. On a souvent été très surpris par le visage du candidat. Je me rappelle ce ténor d’opéra. On s’attendait à quelqu’un d’imposant, de fort, de robuste, comme sa voix et, finalement, c’était complètement l’inverse. C’était très impressionnant.

“The Voice” : un télé-crochet ou une télé-réalité ?
Le côté télé-réalité, c’est ce côté un peu cruel, où jusqu’au dernier moment, le candidat attend que l’un d’entre nous se retourne. Et on le sent au fur et à mesure dans sa voix puisque c’est la seule chose à laquelle on se rattrape. Mais, c’est le seul aspect qui se rapporte de près ou de loin à de la télé-réalité. C’est ce côté “je buzze” le candidat. Tout le reste est basé sur la musique. Les fans de télé-réalité seront très déçus…

C’est la raison pour laquelle vous avez accepté de faire partie du jury ?
Oui, en partie. Au début, je l’avoue, j’avais refusé. Je me suis dit : “Allez, encore une télé-réalité débile où on nous invente un nouveau truc : des sièges qui se retournent.” Mais par respect, j’ai quand même rencontré l’équipe de production. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le concept car je n’avais encore jamais vu cette nouvelle émission et j’ai adhéré complètement. Je me suis rendu compte que c’était avant tout une émission musicale et pas une télé-réalité. Depuis dix ans, c’est la seule émission où on s’en fout de savoir que Brandon a mangé des œufs à midi ou qu’il sort avec Barbie. Ici, on veut juste écouter de la musique.


Ph.: ©Stéphane Laruelle Photography

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