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17/12/2011

Retour en Thaïlande enfin sauvée des eaux

La Libre, Momento, Escapade, voyage, Thaïlande, inondationsOn ne présente plus l’ancien royaume de Siam aux amateurs de plages de sable blanc de Phuket, de shopping à Bangkok ou de trekking dans le Triangle d’or. Pourtant, cette destination touristique parmi les premières au monde peut encore surprendre et séduire ceux qui recherchent un peu d’authenticité.

Découverte: Yves Cavalier


ON NE PEUT NIER QUE Bangkok, mégalopole de 8 à 12 millions d’habitants selon que le comptage soit officiel ou effectif, exerce une fascination toute spécifique auprès du “frang”, ainsi qu’on appelle en Thaïlande le visiteur à la peau claire. Ville de contraste comme beaucoup de cités géantes, le dénuement plus que la pauvreté côtoie le luxe, l’extravagance et l’étalage de richesse aujourd’hui plus souvent importée de Chine que d’Occident. Mais ceux qui auraient découvert la capitale thaïlandaise, il y a quinze ou vingt ans de cela, seront frappés par l’irréversible mutation qui s’est emparée de la cité.

Des infrastructures de l’aéroport au métro aérien ou souterrain, en passant par l’explosion de centres commerciaux plus achalandés les uns que les autres, témoignent d’une véritable croissance économique à laquelle toute la population participe, même si elle n’en tire pas toujours le meilleur profit. Comme souvent, la rue traduit l’émergence d’une classe moyenne suffisamment aisée pour permettre aux moins nantis de trouver des débouchés via la débrouille des petits métiers. Les vendeurs de rue occupent le moindre espace de trottoir, proposant leurs multitudes de snacks odorants et colorés ou de produits plus ou moins utilitaires parmi lesquels la technologie informatique tient forcément une place incontournable puisque, ici, tout est Hi-Fi, tout est Wi-Fi…

Pourtant, Bangkok reste aussi cet espace de rencontre entre le pragmatisme économique et l’essence de la spiritualité. Les temples le plus souvent bouddhistes conservent, dans ce chaos immobilier, une impassible valeur morale dont on se demande si elle est forcément compatible avec la loi du business omniprésente. A moins qu’elle n’en soit justement une des explications.

A l’entrée de chaque building, de chaque centre commercial comme de chaque immeuble résidentiel, des autels sont là pour rappeler la dévotion à Bouddha et à ses préceptes qui rappellent en quelque sorte que chacun, par chacun de ses actes, est responsable de son destin et de ses vies futures. Cette sagesse, souvent hybridée avec l’hindouisme et ses représentations imagées, explique sans doute aussi à nos yeux d’Occidentaux comment, même dans ce qui ressemble encore à de la misère, cette symbiose de résignation et de spiritualité permet de vivre, de survivre dans l’espoir de jours meilleurs.

En ce début novembre 2011, alors que le Chao Phraya, la rivière venue du Nord, est sortie de son lit bien avant d’atteindre le golfe de Thaïlande, Bangkok porte encore les stigmates de la montée des eaux. Certes, dans cette ville immense, de très nombreux quartiers ont été préservés, mais des milliers de sacs de sable témoignent sinon de l’offensive des flots au moins de l’angoisse qu’elle a suscitée.

C’est lorsqu’on aborde les klongs, les canaux qui, du Chao Phraya, pénètrent dans le cœur de la ville ancienne, que l’on peut évaluer le désarroi qui a dû être celui des ces riverains logés dans des cahutes de bois renforcées de tôle ondulée et qui ont vu l’eau monter d’un à deux mètres parfois au-dessus du niveau habituel du fleuve.

Certes, l’eau a fini par reprendre le chemin de la mer, mais elle a laissé derrière elle les traces destructrices de son passage. Pourtant, certaines terrasses sont toujours fleuries et à d’autres, alors qu’on y accède encore les pieds dans l’eau, du linge de toutes les tailles est suspendu comme pour indiquer que le locataire des lieux est revenu prendre possession de son espace de vie.

Mais à l’heure qu’il est, sans doute, toutes les traces de ce drame ont été effacées par le flux de ce même fleuve qui a causé tant de malheurs et contre lequel toute colère serait vaine.


La Libre, Momento, Escapade, voyage, Thaïlande, inondationsA vélo dans les rizières d'Isan et à travers les villages de bois

Au départ de la capitale, en un peu moins d’une heure de vol, on est transporté vers le nord-est du pays pour atterrir à Udon Thani puis rejoindre Nong Khai.

Et là, le contraste est tout autre. Est-ce une Thaïlande plus authentique ? Celle de Bangkok l’est tout autant, mais celle de la région d’Isan, et de la province de Loei en particulier, a quelque chose de plus humain. Les villes ont une dimension que l’on peut appréhender. De grandes voies centrales forment de grands carrefours ornés de portiques dorés qui supportent les effigies du roi et de sa famille.

De part et d’autre de ces boulevards, des boutiques en tout genre et des ruelles qui se ramifient pour accueillir des logements simples, parfois rudimentaires mais jamais délabrés, même si la tôle ondulée peut évoquer les bidonvilles. Mais on est à mille lieues, et, bien souvent, de petits jardins coquets sont là pour rappeler qu’on peut se contenter de peu sans être malheureux.

Ici, le touriste est accepté comme un visiteur qui se respecte, mais dont on attend qu’il soit aussi respectueux des lieux et des gens qui l’accueillent. Le “farang” n’est pas sollicité par les marchands de chinoiseries, on ne lui réclame aucun bakchich pour une photo sur le vif, mais un échange de sourires est souvent la plus belle des récompenses réciproques. En visitant le jardin de Sala Keaw Ku, qui réunit 1 001 représentations spectaculaires de Bouddha, on est frappé de se retrouver pratiquement seuls, ou de ne croiser que quelques visiteurs thaïlandais… Il en va de même lorsque, dans la région de Huay Krating, on découvre le site rocheux baptisé Little Kunming pour rappeler sa frappante ressemblance, en modèle réduit, avec le grandiose site de la province de Yuannan en Chine.

Le nord-est de la Thaïlande est donc moins couru que le Triangle d’or, où la Birmanie (Myanmar), le Laos et la Thaïlande contrôlaient jadis la plaque tournante du trafic d’opium. Mais la province de Loei est celle de l’agriculture, des collines et de la vallée du Mékong, le fleuve qui, depuis sa source du Tibet, fait la frontière naturelle entre la république populaire du Laos et l’ancien royaume de Siam. Impressionnant d’imaginer, au pied du pont de l’amitié qui traverse le fleuve, que, sur l’autre rive, les bâtiments que l’on discerne sont ceux de Vientiane, la capitale du Laos…

Rien de tel pour l’apprécier et s’imprégner du paysage qu’une promenade en bateau sur le Mékong. Rien de tel que la découverte des maisons à pans de bois de teck du village de Chiang Khan pour savourer la sérénité des lieux. Rien de tel qu’une visite du marché matinal de Loei pour y découvrir le mode de vie et d’alimentation qui va des fruits les plus exotiques aux insectes les plus répulsifs… Et pour quelques kilomètres de plus, on pourra parcourir les campagnes de rizières à vélo, rencontrer les paysans affairés à la récolte du riz, et qui vous proposeront de partager sur la natte en feuille de bananier leur repas du midi. Certains d’entre eux risquent même de vous demander de garder la pose pour leur permettre de prendre en photo ces visiteurs à la peau claire, encore très rares dans la région.


Ph.: Altaf Qadri/AP et Y.C.

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