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21/01/2012

Casting cauchemardesque

La Libre, Momento, Autoportrait, Guy PionGuy Pion est un comédien belge, mais est aussi le directeur du Théâtre de l’Eveil à Mons, né en 1982 après le succès de sa première création “L’Eveil du Printemps”.


GUY PION EN 6 DATES

15 avril 1949 : naissance à Lessines (Hainaut).

3 septembre 1971 : mariage avec Chantal Lempereur, prémices à la naissance de deux enfants, David et Thomas.

2 février 1972 : début d’un stage de trois mois au collectif “La Commune” de Milan dirigé par Dario Fo.

19 octobre 1981 : création de “l’Eveil du Printemps” de Frank Wedekind qui annonce la naissance imminente du Théâtre de l’Eveil.

25 août 1995 : rencontre avec Carlo Boso et début d’une longue collaboration artistique doublée d’une solide amitié.

19 octobre 2007 : le Théâtre de l’Eveil fête dignement ses 25 ans d’existence en présence de nombreux de ses collaborateurs.


UN EVENEMENT DE MA VIE

Mai 1972. Encore fraîchement diplômé de l’Institut des Arts de Diffusion, je joue au Théâtre National le rôle de Covielle/Mamamouchi dans le “Bourgeois gentilhomme” de Molière. Je ne peux qu’avoir confiance en l’avenir et pourtant je vis avec une bien gênante épée de Damoclès au-dessus du crâne : le service militaire est toujours obligatoire en Belgique et, dès la fin des représentations du “Bourgeois”, je suis prié de me présenter au Petit-Château, muni de ma convocation de milice afin de remplir mes obligations civiques.
Mais, produit de la génération “peace and love”, j’étais assez naturellement peu enclin à accepter le rôle de troufion dans ce “nous ferons de toi un homme” produit par l’Etat et perdre une année de ma vie par la même occasion. J’ai donc, dans les mois qui précèdent, consacré une bonne partie de mon temps à me renseigner sur les diverses possibilités d’échapper à ce casting cauchemardesque.
Et c’est armé des précieux conseils glanés auprès de camarades croisés sur des plateaux de théâtre et de cinéma que je me présente, baluchon à la main, à la caserne du Petit-Château par un beau matin de mai.
Après quelques heures d’attente, puis d’interviews menées tambour battant au cours desquelles il m’est proposé, sans succès, de postuler à un grade de sous-officier et enfin de divers tests censés cerner mon quotient intellectuel, on me fait rejoindre un groupe d’une cinquantaine d’autres jeunes gars et on nous embarque à bord d’un autocar. Direction : l’hôpital militaire d’Anvers, plus particulièrement destiné aux soins psychologiques des patients qu’il accueille. Un hôpital psychiatrique tenu par des cohortes de médecins et de bonnes sœurs à cornettes.
J’y resterai deux semaines pour y tenir au mieux mon nouveau rôle : celui d’un gars taiseux, ne répondant à son nom qu’après quatre ou cinq appels, parcourant les couloirs de l’hôpital en quête d’une machine à café, avalant café court sur café court avant de se présenter aux électroencéphalogrammes et autres tests, s’abrutissant à lire jour et nuit et nuit et jour tout ce qui lui tombait sous la main.
Après quinze jours de résistance passive, je me retrouve à nouveau en compagnie d’une quinzaine de camarades de chambrée dans l’autocar qui reprend la route de Bruxelles.
Et là, un gradé, manifestement empli de compassion, me fait lecture de mon verdict : “réformé définitivement sous motifs suivants : dépressif et asocial”.
J’étais libre.


UNE PHRASE

“J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé.”
Voltaire

 

TROIS FILMS

“Le Kid” de Charles Chaplin
Un chef-d’œuvre réalisé par un maître ! Chaplin ne s’est pas contenté de faire du cinéma, il s’est permis d’avoir et surtout de donner à voir un point de vue sur une société déjà rongée par les démons du profit et d’y rendre sensible le spectateur. Chaplin, un artiste engagé comme on en manque.

“Méphisto” d’Istvan Szabo
Tiré du roman de Klaus Mann. Dans l’Allemagne des années 1930, un acteur ambitieux ne se soucie que très peu des problèmes politiques et ne vit que pour sa carrière artistique. Lorsque les nazis prennent le pouvoir, il saisit l’opportunité de jouer des pièces pour la propagande du parti et devient le comédien le plus populaire d’Allemagne... Une interrogation fondamentale sur la relation art/politique et la responsabilité des artistes dans leur prise de parole publique qui ne peut que m’interpeller.

“La meglio gioventu” de Marco Tullio Giordana
Le récit fleuve d’une génération – la mienne, même si elle est géographiquement éloignée de moi. Une génération caractérisée par ses révoltes, ses doutes, ses remises en questionnement, ses utopies et les déceptions qui en découlèrent au fil des décennies suivantes. Une génération dont je suis heureux et fier de faire partie.

 

TROIS LIEUX

Paris
Je ne m’en lasse jamais et nombreux sont les quartiers où j’aime prendre le temps de me perdre. J’ai eu l’occasion d’y séjourner de nombreuses fois et mes coups de cœur vont certainement vers les Grands Boulevards et le quartier du Louvre, avec une certaine prédilection pour les nombreux Passages – celui des Panoramas sur le Boulevard Montmartre ou encore la galerie Colbert à deux pas du Palais Royal.

Montréal
Une ville où il fait bon vivre. En commençant, par un froid matin d’hiver (entre -20 et -25°), par un brunch dominical sur Saint-Denis suivi d’une promenade revigorante à travers le Parc La Fontaine, une descente jusqu’au Saint-Laurent et le vieux Montréal, et pourquoi pas terminer dans une chaleureuse brasserie sur Sainte-Catherine Ouest ? Un merveilleux mélange de province française, de quiétude britannique et de folie new-yorkaise qui me ravit.

Bologne
En général, j’aime beaucoup m’imprégner des villes en automne, par temps de pluie…, bien calfeutré sous une terrasse chauffée et de préférence à l’heure de l’entre chien et loup. Les colonnades des rues de Bologne sont idéales pour me permettre de vivre ce précieux sentiment de bien-être.

 

TROIS PLATS

Risotto aux Saint-Jacques
La simplicité et la finesse de la cuisine de l’Italie du Nord qui, de Milan à Venise en passant par Vérone, Bologne, Vicenza, Padoue ou encore Parme et Florence, représente à mes yeux le summum de la dolce vita.

Curry de poulet
J’adore cuisiner et plus particulièrement les mets italiens et indiens. Un curry, c’est une véritable création destinée à surprendre et à découvrir. Le palais n’en peut plus de se réjouir des innombrables parfums délicats dont on le gâte et, à mon goût, le poulet, plus neutre que l’agneau ou le bœuf, lui convient davantage.

Sushis
Saveurs, fraîcheur, santé… en souvenir de Montréal où les sushi-shops d’une qualité inégalée ont fait la nique à la mal-bouffe des fast-foods nord-américains. Dommage qu’ils n’aient réussi à faire subir le même sort aux indénombrables graisseux pitta-shops bruxellois !


UNE DATE

Environ 1450
Invention de la presse à imprimer (Gutenberg).


Ph.: Christophe Bortels

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