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21/01/2012

El cóndor pasa

La libre, Momento, Escapade, BolivieUn air de flûte de pan reste en suspens et les paysages défilent : montagne, salar, forêt amazonienne… Enclavée en pleine Amérique latine, la Bolivie jouit de merveilleuses richesses touristiques mais subit aussi la pauvreté notoire de sa population. Un paradoxe teinté pourtant par la chaleur humaine des descendants de ces ethnies amérindiennes.

Découverte: Fanny Leroy


“GRINGO !” Les dissemblances physiques ne peuvent en effet pas se cacher. Petits, à la peau souvent burinée, les Boliviens cachent toujours des sourires timides mais sincères, entourés de cheveux noirs de jais, noués en tresse pour les femmes et surmontés d’un chapeau boule traditionnel. Authentiques, ils le sont. Fidèles à leur patrie, encore plus. Unique pays latino-américain à ne pas profiter d’un accès à la mer, la Bolivie continue à nourrir ses combats passés et actuels. En nommant Evo Morales au poste de président en 2006, tous les compatriotes ont notamment signé leur volonté de faire reconnaître les quelque trente-sept cultures amérindiennes composant leur territoire. Quechua, aymara…, des cultures ancestrales qui résonnent vivement par leurs langues toujours vivantes mais aussi par leurs vestiges, éparpillés aux quatre coins du pays.

Avec son voisin le Pérou, la Bolivie partage notamment le lac Titicaca, soit l’un des plus grands lacs d’Amérique latine. Pour s’en approcher, on visite la ville de Copacabana, surtout connue comme étant le port d’embarquement pour les îles du soleil et de la lune. Sur ces péninsules larges de quelques milliers d’habitants, la modernité est oubliée. Pas de voiture ni de commerce de masse, seulement des sentiers et de l’artisanat. Entièrement préservée, l’Isla del Sol est même considérée comme sacrée. Selon les Indiens des Andes, il s’agit en effet du berceau du premier Inca qui aurait surgi des eaux. Longtemps peuplée uniquement d’un temple, l’île regorge aujourd’hui de ruines Incas passionnantes comme la Roca Sagrada (la roche sacrée) ou la Chincana (le labyrinthe).

La libre, Momento, Escapade, BolivieNon loin de là et de la capitale La Paz, dort aussi la cité du Soleil de Tiwanaku, vestige d’une civilisation pré-Inca née sur la rive sud du lac Titicaca. Sur ce site cérémoniel, le temple de Kalasasaya côtoie la célèbre porte du soleil, considérée par certaines recherches comme un repère astronomique ou un observatoire. La pyramide à sept degrés d’Akapana a, elle, souvent été interprétée comme une figuration des montagnes de la Cordillère des Andes, la plus grande chaîne de montagnes au monde.

Pour les passionnés, des trekkings de rêve sont d’ailleurs à réaliser au cœur de ces montagnes. Emmenés par un guide autochtone, des randonnées à couper le souffle attendent les amoureux de la marche. Entraînés par une mise en jambes préalable conseillée, les plus téméraires peuvent même émailler leur parcours par l’ascension de l’un ou l’autre glacier, dont celle du Huayna Potosi, haut de quelque 6 088 mètres.

Des altitudes qui font tourner la tête ou plutôt la rendent douloureuse. Atterrir à La Paz, située à près de 3 660 mètres, n’est d’ailleurs pas une sinécure. Une adaptation physique est indispensable et les Boliviens proposent toujours de l’adoucir par quelques infusions de feuilles de coca, une plante qu’ils préfèrent en général chiquer. Energisante, coupe-faim, réductrice de pression sanguine, la coca est aujourd’hui appelée la “cocaïne du pauvre”. Si les conquérants espagnols avaient tenté de l’éradiquer, la qualifiant de “satanique”, ils l’ont très vite réhabilitée au vu de son action sur la rentabilité des travailleurs.

Dans la mine de Potosi, notamment, les travailleurs d’aujourd’hui en font encore grand usage. Une manière aussi de soulager un labeur ardu et peu sécurisé qui a comptabilisé des millions de morts depuis 1545, date du début de l’exploitation de cette mine d’argent et d’étain. Désormais déclarée épuisée – mais toujours sollicitée par les Boliviens eux-mêmes –, la mine de Potosi a largement contribué à la grandeur passée de la royauté espagnole. Les habitants de la ville minière aiment d’ailleurs à dire qu’un pont d’argent – mais aussi d’ossements de mineurs – pourrait être construit entre la Bolivie et l’Europe, tant sa production fut importante.

Les colliers et bijoux d’argent, issus aujourd’hui de sources alentour, sont donc nombreux sur les marchés traditionnels comme celui de La Paz. Ces coquetteries côtoient d’ailleurs des tissus chamarrés de type andin, des charangos, instruments boliviens inspirés de la guitare, des statuettes Incas ou encore des fœtus de lamas séchés, porte-bonheur que les Aymaras ont coutume d’enterrer sous toute nouvelle maison pour éloigner les mauvais esprits.

La libre, Momento, Escapade, BolivieCes souvenirs, en poils de lama ou non, on les trouve partout en Bolivie, comme à Uyuni, ville touristique au départ de laquelle les 4x4 débutent leur virée féerique dans les salars. Les autres alternatives pour explorer ces terres de sel existent en effet peu, les tours opérateurs ayant la main mise sur l’offre touristique de la région. Mais une fois accepté cet aspect du parcours, l’aventure de trois à cinq jours en devient inoubliable. A perte de vue, les étendues blanches et craquantes à la semelle éblouissent. Tout n’est que ciel bleu et sel blanc avant que les couleurs ne jaillissent d’autres paysages environnants. Habités par des flamants roses, les lacs alentours exhibent leurs nuances virant du mauve au rouge. Un plaisir pour les yeux, un paradis de beauté. Et les surprises ne s’arrêtent pas, entre les cactus de l’île Incahuasi, l’arbre de pierre sculpté par le vent, les sources d’eau volcanique sulfurée et le plongeon dans des sources chaudes naturelles…
Un périple qui se termine par un arrêt à proximité du volcan Licancabur, frontière naturelle entre le Chili et la Bolivie surplombant la magnifique Laguna Verde.

Entre tous ces points d’intérêt éparpillés sur le territoire, il convient d’emprunter les bus boliviens au confort approximatif. Au vu des distances à parcourir, on y dort, on y mange, on y rêve mais, surtout, on y patiente. Enfin, peut-être simplement que l’on prend le rythme latino-américain…


Ph.: Fanny Leroy

18:00 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, bolivie | |

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