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28/01/2012

Hommage à l'homme que fut Lesage

La Libre, Momento, Tendances, Lesage, brodeurEn décembre dernier, François Lesage, le brodeur magicien de la couture française, s’éteignait après un quart de siècle de bons et divins services dans la mode.
Le talent est atemporel, comme l’est la broderie, travail d’orfèvre sur étoffe.

Portrait en pointillé: Aurore Vaucelle


LA PRESSE N’A PAS TARI D’ÉLOGES, il y a quelques semaines, lorsque s’est éteint François Lesage, brodeur de métier. Un brodeur qui part avec les honneurs, c’est presque incongru dans ce monde où le puissant people domine. Un brodeur, donc, mais pas n’importe lequel; celui-ci, Lesage, était associé depuis des décennies aux grandes maisons de couture françaises qui avaient le souci de sublimer la mode made in France et, par association d’idées, le talent de leurs teneurs d’aiguilles. Et enfin, de la sorte, l’on rend à César ce qui appartient à César. En novembre dernier, il avait reçu le titre de maître d’art au ministère de la Culture, un geste pour signifier que son “œuvre” – si éphémère soit-elle, puisque les modes vont et viennent – avait été marquée du sceau d’un succès bien mérité. Avec la disparition de Lesage en décembre dernier, les médias ont remis en avant le travail de l’artisan, celui qui est à la base même de l’art vestimentaire quand il se fait haute couture. Car cette dernière ne se réduirait qu’à une idée s’il n’y avait, à un moment clé, le maniement habile de l’aiguille et des matières précieuses, une technique précise et délicate, un art, dirait certains, que tenait Francois Lesage dans ses mains.

L’homme avait commencé tout bonnement en suivant le modèle de ses parents et de ses grands-parents. On brodait déjà chez les Lesage depuis Napoléon III, et le maniement du fil doré était devenu le savoir-faire familial passé de père en fil – le brodeur n’est pas machiste, l’aiguille lui va comme un gant. Lesage François reprend donc, à 20 ans, nous sommes en 1949, l’échoppe de son père. “Je ne me suis jamais posé la question de faire autre chose, je couche dans la chambre où je suis né”, confiait-il, à l’AFP, en 2010. Durant la guerre, il avait, depuis la zone libre, rejoint les Etats-Unis, où il avait habillé les plus grandes stars des studios du moment. Marlene Dietrich et Ava Gardner avaient été les premières à bénéficier de ses talents. De retour en Europe, à la tête de la familiale et talentueuse échoppe, il travaille aux cotés des maisons de couture réputées, apprend à connaître Saint Laurent quand il est encore jeune créatif chez Dior, et rencontre Karl Lagerfeld lorsqu’il fait ses classes dans les murs de la maison Jean Patou. Les couturiers ne vont cesser de faire appel à son talent d’enlumineur du vêtement, de Balenciaga à Saint Laurent, sans oublier Christian Lacroix qui, bien souvent, mit en scène des toilettes comme autant de tissages de fils d’or et d’argent, de perles de sequins de miroirs, en grand adorateur qu’il est du décorum vestimentaire.

Fortement attachée à la notion de savoir-faire à la française, la maison Chanel rachète, en 2002, les “Broderies Lesage” pour assurer la continuité des ateliers qui détiennent un talent rare et précieux pour ce petit monde de la couture. En 1992, François Lesage avait insisté pour ouvrir sa propre école de broderie d’art, craignant de voir disparaître un savoir-faire qui a pourtant un bel avenir dans les domaines de la couture et du luxe.

Christian Lacroix, qui a toujours très étroitement travaillé avec lui lors de la création de ses collections, conclut joliment à son propos lors de ses funérailles : “J’avais été marqué par les mots de Gagarine lors du premier vol spatial quand il disait qu’il avait vu des couleurs qui n’existent pas… Nous aussi avons vu des beautés qui n’existaient pas grâce à François Lesage.” Créateur d’étoffes magiques, le brodeur au geste humble, peu connu du grand public, a, sans qu’il le sache, contribué à moderniser la broderie qui n’est pas prête à se défiler. En haute couture comme en prêt-à-porter.


Ph.: MAXPPP

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