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28/01/2012

Ces petits mots magiques qui, parfois, se perdent...

La Libre, Momento, Bien-être, politesse, savoir-vivre, éducationDire “bonjour”, tout simplement, ne semble pas toujours aussi évident. Or, les bonnes manières sont indispensables à une vie harmonieuse en société; elles sont aussi des atouts précieux pour la réussite sociale et l’épanouissement personnel, selon une psychologue.

Langage codé: Laurence Dardenne


EST-CE DONC SI COMPLIQUÉ ? Si fatigant ? Si pénible ? Si douloureux, peut-être – qui sait – de dire, tout simplement, tout naturellement, tout poliment, “bonjour” ? On ne demande pas de grandes et goulues embrassades. D’amicales et démonstratives accolades. Même pas nécessairement une poignée de main, virile, moite ou molle – selon –, si le contact n’est pas souhaité. Juste un mot, de préférence accompagné d’un regard, ou d’un signe de la tête. Un retour à votre “bonjour” ou votre “au revoir”. Par pure courtoisie. Convivialité. Politesse. Une règle de base du savoir-vivre, pensions-nous.

Mais serions-nous vieux jeu ? Comment, en effet, interpréter cette marque qui, chez certains, a furieusement tendance à se perdre ? Un manque d’éducation ? De la grossièreté ? De l’indifférence ? De la distraction ? Ou alors, un signe voulu pour marquer la distance, voire l’inimitié ? Pour en avoir discuté à bâtons rompus, les uns s’en offusquent. D’autres n’y portent aucun intérêt. D’autres encore haussent les épaules et se gaussent, comme si cela importait. Avec quoi tu viens ?

Que cela émane d’un enfant : “Ça lui passera”, l’excuse-t-on, “il ou elle est timide”, ou alors “dans sa période d’opposition”, peut-on entendre de la part des parents. Soit. Ou alors : “Il ou elle apprendra; ça viendra…” Pas sûr. Car il en est encore chez qui, adulte, “ça n’est toujours pas venu”. Ce collègue asexué, par exemple, qui débarque à trois mètres de vous. Allume machinalement son ordinateur, déploie ses affaires sur le bureau, s’assied, en saluant bien vaguement l’un ou l’autre  au passage – au hasard ? –, mais brille toute la journée par son mutisme. Face à son écran pourtant, parfois, il lui arrive de sourire. Si! si! il peut ouvrir la bouche. Seriez-vous transparent ? On dira discret, et on préférera considérer que c’est une qualité…

Il n’empêche, la question nous turlupine. Et nous ne sommes visiblement pas les seuls. Christine Brunet, psycho-clinicienne, psychothérapeute, mère et grand-mère, et Aurore Aimelet, journaliste spécialisée en psychologie, mère de deux jeunes enfants, en ont carrément fait non pas un plat, mais tout un ouvrage. Il s’intitule tout bonnement : “Dis bonjour à la dame !”  (*). Et forcément, il a attiré notre attention. Car, pour nous, bonjour, merci, au revoir, s’il vous plaît… ces quelques mots – magiques – que l’on est censé intégrer au plus jeune âge – ne sont pas anodins.

La quatrième de couverture annonce la couleur et répond déjà à nos interrogations : “Aujourd’hui, un enfant ‘bien élevé’ n’est pas enfermé dans le carcan des manières à l’ancienne : c’est un enfant épanoui, à l’aise avec les autres, mais qui n’est pas pour autant sans gêne. A l’inverse, un enfant ‘mal élevé’ est avant tout mal dans sa peau. Par ailleurs, trop d’adolescents ou de jeunes adultes se retrouvent confrontés à des échecs, faute de maîtriser les codes nécessaires à une bonne intégration sociale.”

Et dès les premières phrases de l’introduction, le ton est également donné : “Avis à la population : les bonnes manières sont de retour ! Mise en quarantaine après l’ouragan post-soixante-huitard pour cause de ringardisme, la politesse reprend du galon. Dans les écoles de courtoisie, des experts en savoir-vivre coachent désormais les néophytes : cours de maintien, de tenue à table, art de vivre et de recevoir, leçons de communication, voire d’orthographe… L’adulte est invité – cordialement, il va de soi – à repasser son code de conduite sociale.” A lire les auteurs, les vieux jeu ou les ringards ne seraient donc pas ceux que l’on croit !

Si, en France, l’instruction civique et morale a été récemment rétablie dans les programmes scolaires, les deux psychologues en question reconnaissent que, dans la rue, où “grossièretés et mufleries fleurissent comme des primevères, cela ne saute pas toujours aux yeux”. Il ne suffit pas, en effet, d’afficher des campagnes pro-civilités dans les transports publics pour que les bonnes manières se rétablissent d’emblée. Peut-être même peut-on se demander si celles-ci n’ont pas parfois l’effet inverse de celui qui est escompté.

Intimement convaincues que le “vivre ensemble”, et même plus le “bien vivre ensemble”, est impératif, les auteurs invitent les parents à la réflexion quant à l’éducation qu’ils souhaitent donner à leur enfant. Elles leur livrent des repères concrets pour guider leur progéniture, leur apprendre à s’affirmer tout en tenant compte des autres.

(*) “Dis bonjour à la dame”, Christine Brunet, Aurore Aimelet, Albin Michel, Questions de parents, 13,50 €.


La Libre, Momento, Bien-être, politesse, savoir-vivre, éducationBonjour, au revoir, merci, pardon...

Au secours ! Il est mal élevé ! Trouvez-vous la politesse démodée ? Croyez-vous manquer de savoir ? Avez-vous peur de brimer vos enfants ? Remettez-vous l’éducation au lendemain ? Pensez-vous qu’il est trop tard ? Des questions, les auteurs en posent aux parents. Et des réponses, elles en apportent, forcément. Elles expliquent pourquoi le savoir-vivre est important. Elles livrent des repères pour grandir, un code qui favorise l’harmonie, un cadre pour une plus grande liberté. Elles expliquent comment leur apprendre le code de conduite, quelles règles transmettre, l’importance de la politesse.
Exemple : les petits mots d’échange.

Ce sont des ‘petits mots magiques’ qui font tant plaisir aux adultes… mais mettent un certain temps à devenir une habitude chez l’enfant : ‘bonjour’, ‘au revoir’, ‘s’il te (vous) plaît’, ‘merci’ et ‘pardon’ devraient être des automatismes. Ne rêvez pas : il ne prononcera pas du jour au lendemain ces formules de politesse. Il se peut même que vous deviez le rappeler à l’ordre pendant près d’une quinzaine d’années. Mais ne perdez pas courage : ça finira par rentrer !” Du moins peut-on l’espérer…

Car, “dès l’âge de 18 mois, l’enfant est en mesure de balbutier ces premiers mots. Parce qu’il vous aura entendu les dire et surtout les lui dire depuis sa naissance. Souvent, vous lui aurez lancé en souriant : ‘bonjour, ma chérie’, le matin; ‘au revoir, loulou’, en partant pour le bureau. […] Avant même qu’il ne sache parler, le bébé est bercé par des éléments du code, il est prêt à se les approprier.”

Et s’il brille par son mutisme ? “Ne vous formalisez pas, surtout les premiers temps. Ne grondez pas votre enfant, ne le réprimandez pas s’il n’a pas dit ‘bonjour’ à la boulangère. Et surtout pas alors que vous êtes encore devant les croissants.”

Oui mais, alors, quoi ? “Signifiez-lui plutôt que vous tenez à cette bonne habitude en disant ‘bonjour’ à sa place. Et abordez de nouveau la question dans la rue ou à la maison. Vous mentionnerez alors qu’il est important de dire ces ‘petits mots magiques’. La prochaine fois, s’il ne s’en souvient pas, vous les lui rappellerez. Un jour, il sera content de ne pas les avoir oubliés.”

Alors, pratiquement, comment faire ? “Expliquez seulement qu’il est d’usage de dire ‘bonjour’, ‘au revoir’, ‘merci’, ‘s’il te plaît’, ‘pardon’, parce que cela permet de marquer un temps particulier de la journée ou encore de signifier que l’on est content ou désolé. Mais inutile de justifier la bienséance plus avant ou de vous perdre dans des explications sur les explications profondes ou historiques de telle ou telle formule. N’hésitez pas à affirmer : ‘C’est comme ça, c’est la règle’.”

Et s’il n’est pas opportun de vous formaliser, “évitez tout autant de tomber dans le formatage. Mieux vaut un regard ou un sourire en guise de remerciement qu’un ‘merci, maman’ lancé à la va-vite, sur un ton dédaigneux, en regardant ses pieds ou le plafond.”


Illustration: Gaëlle Grisard

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