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28/01/2012

Un "HuffPo" français "offensif"

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Huffington Post, Anne SinclairLe lancement, lundi dernier, de la version française du portail d’info “Huffington Post” marquait le retour d’Anne Sinclair au journalisme. A la tête de la direction éditoriale, elle laisse néanmoins “toute latitude” à la petite rédaction de Paul Ackermann, qui détaille la ligne du site, entre info et divertissement.

Caroline Gourdin, correspondante à Paris


RAYONNANTE, DÉTERMINÉE, Anne Sinclair fait son grand retour dans le journalisme, placée à la tête de la direction éditoriale de la version française du “Huffington Post” par sa fondatrice, Arianna Huffington. “J’ai plaisir à retravailler. Cela faisait un moment que je n’étais plus très active, notamment par mon éloignement géographique, même si j’ai couvert les élections américaines de 2008 pour le “Journal du Dimanche” et pour le “Grand Journal” de mon ami Denisot sur Canal+. C’est tombé du ciel qu’Arianna vienne me chercher. Le “Huffington Post” me donne une chance, s’est-elle réjouie devant un parterre de plus de 200 journalistes, lors de la conférence de lancement du site Internet, lundi dernier. Mon rôle sera de donner des idées, des pistes, de faire partager mon expérience, d’impulser de l’énergie. Le Web, c’est un journalisme différent, mais on conserve les principes même du journalisme, qui sont le choix, la hiérarchie, la déontologie.”

Intéressée aux résultats de cette start-up, l’épouse de l’ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn a rapidement balayé la question d’un éventuel conflit d’intérêt : “Quand mon mari avait des responsabilités publiques, j’ai renoncé à “7/7” sur TF1 pour éviter tout conflit d’intérêt. Aujourd’hui, mon mari n’a pas de responsabilité publique, ce qui n’a échappé à personne, et nous traiterons tous les sujets comme n’importe quel journal d’information. D’ailleurs, je laisse les rênes de la rédaction à Paul Ackermann, qui aura toute latitude avec son équipe (7 journalistes salariés, NdlR). Je n’ai pas l’intention, hormis l’éditorial, d’occuper l’espace. Je l’ai déjà assez occupé à mon corps défendant !

Loin du modèle du site d’Edwy Plenel “Mediapart”, dont le caractère payant se doit d’être justifié par de l’exclusivité et de l’enquête, le “Huffington Post” version française est entièrement financé par la publicité et le sponsoring. Ce qui induit une ligne particulière, hybride, entre journalisme sérieux (davantage porté sur l’analyse que sur le reportage) et divertissement. “Nous mettrons en avant des sujets politiques, économiques ou de société sérieux, tout en donnant le moyen de rebondir sur des sujets plus divertissants ou insolites, parce qu’on sait que cela génère du trafic sur la Toile, reconnaît le rédacteur en chef Paul Ackermann. Nous ne sommes pas plus haut de gamme que “Le Parisien” mais davantage que ne l’était le très people Post.fr.” Le “Huffington Post” français offre d’ailleurs “une porte de sortie par le haut au Post.fr”, comme l’explique Louis Dreyfus, le président du directoire du groupe “Le Monde”, actionnaire à hauteur de 51 % du “HuffPo” français (voir LLB du 24/1).

Cette version française a vocation à s’ancrer totalement dans la culture journalistique d’un pays qui ne possède pas de tabloïd à l’anglo-saxonne. “Quand le “Bild” a voulu lancer un tabloïd chez nous, cela n’a pas pu se faire. “France Soir” a fermé, et Le Post.fr (dont quelques journalistes se retrouvent au “HuffPost”) perdait beaucoup d’argent (entre 800 000 et 1 million d’euros par an), rappelle Paul Ackermann, qui a développé la plateforme communautaire de “20 minutes”, participé au lancement du “Bondy Blog” et dirigé l’édition du Figaro.fr. Ce dernier affirme cependant que le ton de ce nouveau site sera“offensif”. Sans être un journal partisan, nous émettrons des opinions, défendrons des valeurs, un point de vue. Le gros titre en “Une” avec un angle d’attaque fait partie de la maquette du “Huffington Post”, largement pompée par d’autres sites.”

Reproduisant le modèle américain, le “HuffPo” français se nourrira “de contributions extérieures à haute valeur ajoutée”: outre les carnets de campagne de la députée européenne UMP Rachida Dati et du député PS Julien Dray, on pourra lire les tribunes du philosophe Ali Baddou, du sculpteur Daniel Buren, du médecin René Frydman et de beaucoup d’autres, plus ou moins connus. Le site est aussi et surtout un portail proposant un agrégat d’informations, avec des liens très clairs vers “le meilleur du Web”. “Nous traiterons aussi de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, intimement liés à l’info dans cet outil”, ajoute Paul Ackermann.


Ph.: Lionel Bonaventure / AFP

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